SCENE XVI
Les Mêmes, CAUCHOIS.
Cauchois.
Me voilà! me voilà! Ma fille! Ah ! Monsieur Pierre! Ah ! Madame ! combien vous devez être fière ! Moi! je suis bien heureux! vrai! mais bien désolé!
Mme Corneille.
Pourquoi ?
Cauchois.
Figurez-vous que je m'en suis allé Chercher ce beau marquis , gardien de la créance. Je voulais qu'il cessât de presser l'échéance ; Quoi qu'il m'en pût coûter, je l'aurais défrayé.
Mme Corneille.
Vraiment !
Cauchois.
Au double même, oui! J'aurais tout payé. Car c'est pitié, morbleu ! que, pour si maigre somme. On jette du tourment au cœur d^un si grand homme... Personne!
Est-ce vrai
Le marquis !
M""^ Corneille.
Le billet^
Il court.,.
Merlin.
C est moi qui l^ ai.
(Il le montre.)
U^^ Corneille.
Merlin.
Pour l'avoir, je l'ai presque étranglé!
Cauchois.
Merlin.
Mon neveu.
Cauchois.
Comment! c'était?...
Merlin.
Ce drôle!
Ah ! je l'ai quelque peu dérangé dans son rôle.
Après deux ou trois mots d'une explication Que je saurai reprendre avec affection.
Cette poigne, qui vaut des tenailles de forge , Vous le serra si bien, si dru, qu'il rendit gorge! Voilà...
•Il donne le billet à M"ie Corneille.)
M™^ Corneille.
Merci cent fois !
Merlin.
Bah! ça ne vaut pas tant.
Cauchois.
Si fait, Merlin ... si fait !
Merlin.
Vous êtes donc content ?
Cauc hois.
Certes ! De vous d'abord, et de moi-même ensuite , En demandant pourtant pardon de ma conduite ; Et de mon repentir, ma foi, je me sens fier : Il prouve qu'aujourd'hui je suis moins sot qu'hier. Ah ! dam, je savais mal ce que c'est que la gloire. Hors du luxe et du bruit, je n'y voulais pas croire;
Mais ce qui brille enfin perd pour moi de son prix ;
Je vois que sans l'argent on est grand. Je suis pris,
Convaincu cette fois y et tout de bon; en somme,
Bien heureux. Je comprends ce que c'est qu 'un grand homme,
Oui!... Je bénis les pleurs qu'il a su me tirer,
Et je sens qu'on vaut mieux quand on sait admirer.