SCÈNE XV
Les Mêmes, MERLIN.
Merlin (accourant).
Enfin plus d'embarras '
M^ie Corneille.
Que dit-il ?
Merlin.
Non, . . Pour lui, pour vous, ne craignez pas Désormais.,.
Mme Corneille.
On a mis tout à l'heure à la porte Des placards de saisie et de vente. . .
Merlin.
Qu'importe !
On les déchirera... Tout, dis-je, marche au mieux. Jamais il n'a paru plus grand à tous les yeux.
Pierre.
Mon père ?
Merlin, Oui.
Marie.
Mais le mien ?
Merlin.
// consent !... il vous dote I ! C'est incroyable! Bref, écoutez l'anecdote; Elle en vaut bien la peine. Or, sus donc, nous étions Partis pour le théâtre, et nos attentions Se préparaient , Dieu sait ! Nous voilà dans la salle, Déjà pleine : on se glisse , on bouscule, on s'installe ; On est mal, mais on croit qu'on est bien : ça suffit! On murmurait pourtant , quand le calme se fit. Un beau monsieur paraît^ qui par trois fois salue. C'est Molière ! Il nous fait., comme s'il Pavait lue, Sa harangue. Ah! quel homme, et comme il a le fil! Ah! quel esprit : « Monsieur le Prince, nous dit-il, (.( Doit venir tout à l'heure. Il nous demande en grâce (c Une œuvre de Corneille. On jouera donc Horace « Au lieu du Tonaxare. n Ah !tant mieux! très-bon choix! Bien! crie à l'unisson tout le monde. Une voix Domine : c'est la mienne! On est sur le qui-vive. Le cou tendu, pour voir Son Altesse. Elle arrive. Salue; on lui répond^ et l'on croit que c'est tout. Ah bien oui , palsangué ! nous n'étions pas au bout. Le public tout à coup se lève , se découvre ; Condé même est debout, chapeau bas , comme au Louvre Devant Sa Majesté. C'était beau! noble! oh ! oui.
Royal ! Aussi Cauchois me dit, tout ébloui : « Le Roi vient donc ? — Eh non ! non ! prêtez mieux Poreilky i( Compère, et, comme nous, criez : Vive Corneille ! « — Corneille! » Là-dessus, je braque son regard, Où Vadmiration brillait, vers un vieillard Qui s'assied dans son coin, Vair confus, l'œil humide. Brave homme ! noble esprit ! sa gloire l'intimide. Cauchois aussi pleurait, et moi donc!... tout de bon! Il trépignait, hurlait. Je le saisis au bond Et je lui dis : <.< Eh bien ! vous voyez qu'un poète <( C'est quelqu'un ?— Oui, morbleu !je vois qu'onlui fait fête (c Mieux qu'au grand Condé même. y) Et trépignant plus fort, H menace, il maudit quiconque ferait tort A son ami Corneille! Alors, moi, je lui crie : « Et Pierre cependant n'épouse pas Marie ! (( — // l'aura! » répond-il; puis il part comme un fou. Je veux le suivre. . . en vain. . . Il est je ne sais où.