Tallemant, ireédit., t. V, p
3. M. de Soleinne possédait ce volume. V. le Catalogue de sa bibliothèque, t. 1, p. 223, n'^ 1047.
4. Remarques sur le Cid. Préface du commentateur. — Lettre à Dudos. dans le recueil de Lettres inédites données par M. de Cayrol , t. I, p. 323,
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que d'assez mauvais dans cette pièce de la Sœur valeureuse, pour laquelle il voulait la recommandation du grand poëte. Corneille le paya en sa monnaie. Les rimes qu'il aligna près de celles de Scudéry et de Mairet, conviés aussi sur ce frontispice, n'ont pas grande valeur, quoiqu'elles soient d'un assez fier mouvement, et peignent assez bien le type d'amazone, alors à la mode, que Mareschal avait voulu représenter.
Comme elles ne sont pas connues, et que tout ce qui vient de Corneille a droit de l'être, nous allons les donner ici :
Rendez-vous, amants et guerriers;
Craignez ses attraits et ses armes ;
Sa valeur, égale à ses charmes.
Unit les myrtes aux lauriers.
Miracle d'amour et de guerre,
Tu vas dompter toute la terre ; A l'éclat de tes yeux on voit de toutes parts Mille cœurs à l'envi voler sous ta puissahce , Et, s'il est un mortel rebelle à tes regards, Ton bras soudain le range à ton obéissance.
Telle contre le roy d'Arger [sic)
Courut autrefois Eradamante;
Telle fut cette pauvre amante
A la queste de son Roger ;
Telle, mais avec moins d'adresse,
Vénus s'arma contre la Grèce ; Telle, contre son fils, pour le roy des Latins, Camille dans le choc se jettoit animée; Et telle, du cerveau du maistre des destins. Son mary fit sortir Minerve tout armée.
L'Angevin Guérin de la Pinelière, pour qui Corneille, comme nous Talions voir , voulut bien faire aussi des vers, qui sont de même restés inconnus, n'était pas de ce caractère servile que Mareschal traînait partout, sans le relever par aucun talent. Poëte, La Pinelière avait un bien autre mérite;' homme, il avait plus de dignité. Sa fortune cependant ne
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lui permit pas la complète indépendance que recherchait son humeur. Force lui fut d'avoir des protecteurs, et d'être à quelqu'un , comme on disait. Il fut au jeune abbé de Lavardin, près de qui Costar l'avait placé, pour remplir un emploi moitié de secrétaire , moitié de professeur , qu'il avait refusé pour lui-même , et auquel La Pinelière convenait au mieux, a Sans estre fort sçayant, il aimoyt les livres et pouvoit enseigner les autres en estudiant.' » Ainsi parle de lui l'auteur anonyme d'une très -curieuse Vie de Costar^. (( Il avoit, dit encore ce biographe, quelque talent pour la poésie, et il avoit fait imprimer la Médée de Sénèque, qu'il avoit traduite en vers françois. » Ces dernières lignes contiennent une injustice et une erreur : La Pinelière avait un vrai talent de poëte, et la pièce où il le déploya n'est pas une Médée, mais un Hippolyte^ qu'il avait, non pas traduit, mais imité, par endroits, de la tragédie de Sénèque, et que Racine ne dédaigna d'imiter, à son tour, pour quelques-unes des plus belles parties de sa Phèdre. C'est dans les pages liminaires de cette tragédie à'Hippolyîe, imprimée en 1635, peu de temps avant la mort de son auteur ^, que nous allons retrouver Corneille, toujours complaisant à la muse des autres, toujours prêt à la patronner de la sienne et à lui prêter quelques rimes d'avant-garde pour qu'elle fasse plus dignement son entrée dans le monde. Comme tous les derniers que nous avons donnés , ces vers sont restés inconnus et l'on nous saura gré par conséquent de les faire connaître 5:
Phèdre, si ton chasseur avait autant de charmes Qu'en donne à son visage un si docte pinceau ,
1 . Elle a été donnée par M. P. Paris à la suite de son édition des Historiettes de Tallemant, v. t. IX, p. 62.
2. La Pinelière, tout jeune encore, mourut à Paris, pendant un voyage que l'abbé de Lavardin fit dans le Maine. Vie de Costar, p. 62.
3. Us n'ont été reproduits que dans la Bibliothèque dramatique de M. de Soleinne, supplément au t. I, p. 39. n^ 201.
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Ta passion fut juste et mérite des larmes
Pour plaindre le malheur qui le met au tombeau.
Et si tu parus lors avec autant de grâce
Qu'en ces vers éclatants qui te rendent le jour,
Estime qui voudra son courage de glace.
Sa froideur fut un crime et non pas ton amour.
Aussy, quoy qu'on ait dict du courroux de Thésée,
Sa mort n'est pas l'effect de son ressentiment ,
Mais les Dieux l'ont puny pour t'avoir méprisée
Et faict de son trespas un juste châtiment.
La Pinelière était de l'Anjou , comme nous l'avons dit , et l'un de ses regrets, exprimé en toute franchise dans la préface de sa pièces fut de n'être pas Normand. Depuis que Bertaut, Duperron, Malherbe, Scudéry, Saint-Amant, Benserade, Corneille, qui tous l'étaient, avaient acquis tant de gloire, c'était en effet presque venir au monde avec un brevet de poète que de naître en Normandie. L.a Pinelière , pour se dédommager, fit quelques voyages dans cette province où l'on respirait un si bon air poétique. C'est ainsi qu'il connut Corneille.
Le marquis du Bellay, qui avait de grands biens en Anjou 2, l'avait amené de cette province en Normandie, où il était plus grand seigneur encore. Il y était roi, oui, roi... d'Yvetot. Sa royauté ne consistait, il est vrai, qu'en certaines exemptions de redevances et de devoirs?, mais le marquis n'en était pas moins fier. Chez lui, en Anjou comme en Normandie , lui et sa femme le portaient trèshaut et jouaient très-impertinemment au roi et à la reine 4. Leur principale façon de régner était d'être impolis. Le marquis excellait, plus encore que sa femme, dans Fincivi-
1. V. VHippolyte, 163$, in-8, Avis au lecteur, et Fontenelle, Vie de Corneille, anc. édit., p. 33 j.