I. V. le Plan de Gombourt, 1652, planche viii
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Champs. A l'endroit même où elle était ainsi arrêtée net, un beau moulin, ailes déployées, se dressait au sommet de la butte, tandis qu'un autre, son compère, faisait ses tournoyantes évolutions à deux pas de là, juste à l'endroit où peu de temps après fut percée la rue Ventadour. Corneille vint-il quelquefois rêver sur ces pentes ? c'est probable. Un des meuniers de l'endroit le prit-il en respectueuse amitié et se montra-t-il fier d'être le voisin du grand homme et d'avoir été son hôte .? pourquoi non. Enfin, Molière et lui, dans les temps qu'ils s'occupaient de la Psyché, leur oeuvre commune, vinrent-ils s'inspirer de compagnie sous les ombrages du tertre aux deux moulins ? c'est possible encore, puisque Psyché a dû être composée par eux pendant l'été de 1 670 et que la butte ne fut entamée par les démolisseurs qu'à la fin de cette année-là ' . On ne m'en voudra donc pas d'avoir hasardé ces inofïensives hypothèses dans ma petite comédie, et de les y avoir animées de mon mieux.
La butte ne fut d'abord rasée qu'à moitié, depuis la rue Sainte-Anne, dont cet aplanissement dégagea l'extrémité, jusqu'à la rue des Moulins, à laquelle il ouvrit aussi une issue du côté des Petits-Champs. C'est un ami de Molière et de Corneille, et l'un de leurs collaborateurs dans cette féerie lyrique de Psyché dont je viens de parler, c'est Lully qui acheta la plus grande partie de l'espace aplani. D'une part, 108 toises sur les rues Sainte-Anne et des Petits-Champs, puis, d'une autre, 72 sur la rue des Moulins : tel fut son lot. Comme chaque toise était du prix de 210 livres, il dut verser 36,802 livres 2 ; grosse somme pour le temps! Aussi
1. Les travaux d'aplanissement durèrent jusqu'en 1677. Paris démoli. p. 188. — C'est l'entrepreneur Villedo qui fut chargé de ce grand ouvrage. Il acquit une partie du terrain déblayé, et y fit percer une rue dont ia plupart des maisons lui appartenaient. Elle porte encore aujourd'hui son nom. V. nos Enigmes des rues de Pariis, p. 179-192.