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Corneille Agrippa

Les sciences et les arts occultes ; leur origine. — Premières doctrines scientifiques. — La science et l'art sacrés. — L'art hermétique ; la cabale ; la magie.

Au commencement du xvi" siècle vivait un homme qui passait pour savant, très admiré par quelques disciples et par de nombreux amis, décrié et ardemment combattu par des ennemis passionnés, et au nom duquel". s'est finalement attachée pour le grand nombre, parmi ses contemporains et dans la postérité, la réputation d'une espèce de magicien ou de sorcier.- Cet hom'ïïje est Henri Corneille Agrippa. D'où viennent à son égard des sentiments et des opinions si contraires? A quelles causes faut-il les attribuer? Aux qualités et aux défauts de son esprit môme, ouvert et séduisant, mais inconsidéré, satyrique et hardi jusqu'à la licence ; à l'attitude prise par lui dans les querelles religieuses de son temps, et, en première ligne, à la nature de ses tra-

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vaux et de quelques uns de ses écrits consacrés à de mystérieuses industries, à des sciences et à des arts secrets dont il a rédigé en quelque sorte le code général sous le nom de philosophie occulte, à défaut de celui de magie qu'il avouait tout bas au commencement, et qu'il n'a osé qu'à la fin proclamer hautement. L'appareil scientifique dressé par Agrippa s'appuyait nécessairement sur un certain charlatanisme, favorisé par la crédulité générale qui régnait alors. Quant aux connaissances rapprochées ainsi, elles constituaient un corps de doctrines singulières, cultivées par des adeptes qui s'en communiquaient mystérieusement les secrets et qui, par cette espèce de mise en scène, en augmentaient grandement le prestige aux yeux du vulgaire. Avant d'aller plus loin, quelques explications préliminaires peuvent être utiles sur ce sujet.

Los sciences secrètes ont toujours eu, comme tout ce qui est mystérieux, le privilège de captiver l'attention. Le prestige qu'elles exercent est de tous les temps. Il est considérable aux époques principalement où règne l'ignorance. Tel il était au moyen âge; et il ne s'élevait guère de doutes alors sur la réalité des sciences et des arts occultes. Cette disposition favorable s'explique suffisamment pour le vulgaire par l'aveugle crédu-

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lité qui, à ce moment, dominait généralement les esprits. On se rend moins facilement compte de l'attitude prise dans ces circonstances par certains hommes d'intelligence supérieure et de véritable savoir, plus ou moins engagés dans ces étranges spéculations, par un Gerbert et un Albert le Grand, par un Roger Bacon et un Tritheim, par un Pic de la Mirandole, pour ne nommer que les plus connus. Est-il possible qu'il n'y ait eu qu'illusions ou coupables supercheries dans des doctrines acceptées et recommandées par de tels hommes? Tout serait-il vain dans les théories et dans les actes mystérieux qui sont le fondement et la matière de sciences et d'ares cultivés par eux? Il ne saurait en être ainsi. Qu'était-ce donc que ces sciences et ces arts occultes? En quoi consistaient-ils? D'où venaient-ils; et quelle était leur véritable portée ?

Les sciences et les arts occultes sont un mélange de vérité et d'erreur, de résultats positifs fournis par l'expérience et de données imaginaires enfantées par la spéculation ; éléments disparates dont l'étrange association s'est trouvée favorisée par le demi-jour dans lequel ont forcément vécu et se sont développés ces corps de doctrine, frappés de condamnation par une autorité qui les déclarait coupables sans démontrer, sans môme admettre leur inanité.

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Trop souvent exploités par le cliarlalanisme, les sciences et les arts occultes se sont prêtés fréquemment aussi au travail sérieux. Ils ont servi de refuge aux écoles hétérodoxes poursuivies par des écoles autorisées et intolérantes, non moins qu'elles souillées par l'erreur. Ils ont été, à une certaine époque et dans de certaines conditions, la carrière ouverte à la libre recherche dans toutes les directions. Ils ont été le champ d'évolution de la pensée affranchie. C'était le camp des proscrits; car la persécution, la révolte et la lutte ont existé dans le domaine scientifique comme dans le domaine religieux et dans le domaine social. Les écoles se sont combattues et se sont opprimées l'une l'autre, comme l'ont fait les églises et les castes.

Le désir de connaître , aiguillon naturel de l'activité des esprits, est aussi vieux que l'humanité. Toujours les hommes se sont appliqués à y satisfaire. Deux voies leur étaient ouvertes pour y parvenir ; deux procédés s'offraient à eux pour obtenir ce résultat : l'observation et le raisonnement. Ces deux procédés également utiles étaient faits pour concourir ensemble à l'œuvre d'information. Mais, au lieu de s'aider mutuellement et de se compléter, il leur est arrivé de se méconnaître, de vouloir se dominer, quelquefois même

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s'exclure l'un l'autre. De Là deux courants distincts et agissant parfois séparément au lieu de se confondre, dans le développement de la science ; un courant procédant de l'observation des faits et un courant déterminé par les conceptions de l'esprit. Le premier aboutit aux systèmes naturalistes avec une certaine tendance vers le matérialisme, le second aux systèmes idéalistes tout particulièrement imprégnés de spiritualisme. Les systèmes naturalistes émanant d'observations plus ou moins imparfaites paraissent avoir pris corps avant les autres et s'être développés d'abord dans l'Orient asiatique et en Egypte. C'est là que les Grecs vont chercher les doctrines scientifiques de leurs écoles les plus anciennes.

Nous ne connaissons ces premières manifestations de la sagesse humaine que d'une manière très incomplète et par des témoignages de seconde main. Le peu que nous en savons se résume dans les systèmes cosmogoniques des vieilles écoles de l'Ionie et de la grande Grèce. Les anciens philosophes qui se groupent dans ces écoles associent d'ailleurs largement aux résultats de l'observation les conceptions purement imaginaires, et se rapprochent ainsi des sages groupés dans les écoles idéalistes, où régnent à peu près exclusivement, au mépris de l'observntion, le raisonnement et les svstèmes.

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Tout ce que nous pouvons dire ici des premiers résultats conquis par l'observation, c'est que de bonne heure les anciens avaient reconnu quelques faits qui servaient de fondement à leurs doctrines scientifiques. Le témoignage en était consigné dans des propositions acceptées comme des axiomes. Rien, disait-on, ne se fait de rien. Certains éléments primordiaux, l'eau, le feu, la terre et l'air, se retrouvent dans tous les corps ; ceux-ci se modifient et se transforment incessamment ; ils se constituent et commencent ; ils se désorganisent et finissent ; le chaud et le froid, le sec et Thumide, le solide et le liquide sont des états qui se succèdent en eux. Ces corps se déplacent aussi ; ils changent continuellement de position et de forme sous l'action d'un agent mystérieux, la force, dont la nature et l'origine restent cachées pour l'homme. Celui-ci se trouve ainsi conduit à la conception du surnaturel dont il assigne le caractère à tout ce qui échappe <à sa compréhension,, dans un cadre immense où se meuvent les superstitions de tous les temps.

Ces données diverses, résultats d'observations imparfaites, et les conclusions précipitées qui en sont déduites enfantent, dès l'antiquité, des systèmes profondément pénétrés de panthéisme, suivant lesquels tout se tiendrait dans la nature. De là l'idée d'une étroite liaison entre le visible et Tinvisible, entre le terrestre et le céleste; celle de

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l'homogénéité de toug les corps dans leur essence, ou de l'unité. de la matière; conceptions associées à des notions mystiques d'âmes, de démons, de génies, enfantées par l'esprit oriental et graduellement répandues partout; ainsi qu'à des théories singulières sur la signification des nombres et des figures, sur la valeur de certains mots et sur celle des lettres, fondement des théories cabalistiques,

L'Egypte était devenue le foyer de ces doctrines inspiratrices d'une science secrète dont l'expression avouée était l'art sacré ; corps de doctrines conservé, non sans mystère, par les prêtres et consigné dans des écrits dont on attribuait l'origine au dieu Thoth, le révélateur divin, l'Hermès des Grecs alexandrins. Ces antiques croyances, foncièrement erronées, malgré quelques vérités qui s'y trouvaient mêlées, remarquables d'ailleurs par une hardiesse qui pouvait être féconde, se voient condamnées à vivre dans l'ombre partout où prévalent les doctrines idéalistes enfantées par le génie grec, portées par lui à un haut degré d'autorité, continuées ensuite non sans quelque mélange par les Alexandrins, prépondérantes enfin pendant le moyen âge, avec le christianisme éminemment favorable lui-même aux théories spiritualistes qu'elles inspirent et absolument con-

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traire en même temps aux tendances vers le panthéisme des doctrines naturalistes.

On voit comment s'est trouvée condamnée à vivre cachée la vieille science orientale des écoles naturalistes de l'Asie, de l'Egypte et de la Grèce. Cette vie cachée n'a pas peu contribué au genre de développement qu'ont pris les théories d'où sort l'art sacré, l'art hermétique, principe de l'alchimie et de l'astrologie, à laquelle s'associent la cabale, réduite graduellement à de pures combinaisons de mots et de lettres, et la magie comprenant la démonologie. Tels sont les éléments principaux des sciences occultes ; indigeste assemblage de notions positives et d'erreurs grossières ; dépôt des plus anciennes connaissances révélées par l'observation et des découvertes accumulées par les siècles, auxquelles se mêlent les conceptions les plus hasardées enfantées dans l'ombre par des esprits affranchis de toute discipline, sous l'influence d'un mysiicisme sans frein.

C'est là pourtant qu'associé à l'alliage le plus impur se trouvait en dépôt, dans l'attirail en quelque sorte des arts et des sciences occultes, le véritable procédé scientifique, l'observation. C'est là qu'il s'est conservé jusqu'au jour où la science moderne se dégageant de ses langes vient se saisir de cette arme puissante. C'est là que le trouvaient et que durent l'emprunter ceux qui auparavant se

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sentaient entraînés vers les études positives. Ainsi s'explique la propension de la plupart des grands esprits du moyen âge vers les sciences occultes. Quant aux accusations de magie qui les ont atteints presque tous, elles ont en partie pour cause la promiscuité à laquelle se trouvaient condamnées les diverses parties de ce corps de doctrines, enveloppées dans une même proscription et rivées ainsi à une chaîne commune que les temps modernes plus éclairés devaient seuls briser. Ce n'était pas d'ailleurs chose absolument gratuite ni tout à fait injuste que ces accusations de magie lancées au moyen âge contre les hommes voués à l'étude et à la pratique des sciences et des arts occultes. Ces hommes ne pouvaient pas encore distinguer et répudier en les cultivant l'alliage indigne qui devait en être rejeté. Asservis jusqu'à un certain point par les préjugés de leur temps, ils ne pouvaient pas renier absolument l'autorité de cette magie dont on ne devait anéantir définitivement le prestige usurpé qu'en proclamant sa complète inanité. Jusque-là beaucoup la condamnent, quelques uns s'en excusent, presqu'aucun ne nie sa réalité. Le moyen âge tout entier a cru à la magie, et de nos jours il est des hommes qui y croient encore, enchaînés, comme on l'était alors, à ces erreurs par certaines suspertitions que les temps modernes ont reçues et conservées de ceux qui les ont précédés.

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Ces considérations peuvent aider à comprendre ce que sont les sciences et les arts occultes, quel est leur esprit, quelle est leur origine. Elles per^ mettent d'entrevoir ce qu'est dans ses grands traits leur histoire. Il nous reste à examiner d'un peu plus près en elles-mêmes ces étranges spéculations, en les considérant dans leurs principales branches que nous avons indiquées tout à l'heure, l'art hermétique, la cabale et la magie.

L'art hermétique est ce que, vers le m" siècle de notre ère, les Grecs d'Alexandrie appelaient la science ou l'art sacré, la science d'Hermès ou de Thoth. Quoique cette dénomination n'apparaisse pour la première fois qu'à cette époque tardive dans les documents historiques, il y a lieu de croire qu'elle est plus ancienne. Plus ancienne aussi est certainement la chose à laquelle elle s'applique. Dans la science ou l'art sacré, il faut vraisemblablement reconnaître le corps même des antiques doctrines que les philosophes grecs, les Thaïes, les Démocrite, les Pythagore, allaient étudier en Egypte et jusque dans l'Orient asiatique.

L'art hermétique était une véritable encyclopédie de toutes les connaissances. Religion, politique, philosophie, sciences et arts, tout y était réuni. Il contenait une sorte de science de l'univers fondée sur l'observation de quelques faits natu-

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rels, et des doctrines de philosophie spéculative s'accordant avec eux. Mais l'insuffisance des observations devait nécessairement engendrer des croyances hasardées, et celles-ci ne pouvaient produire que des opinions erronées. De là certai-r nés idées singulières sur l'origine du monde ; sur l'essence des choses; sur la valeur des nombres, des lettres et des mots, sur celle des formes géo-r métriques ; sur le sens mystérieux attaché aux figures, à celles notamment qu'on donnait aux constellations, à celles des plantes et des animaux.

Dans sa partie positive, l'art hermétique comprenait, sous le voile de symbole set de cérémonies mystiques, le secret de certains procédés touchant la manière de traiter les métaux, et celui de certaines expériences sur leurs combinaisons. Les phénomènes observés dans la succession des divers états de la matière avaient, dès les temps reculés, fait concevoir l'idée de l'unité originaire de celle-ci, malgré la variété de ses états. De là procèdent, d'une part, des opinions sur la mobilité des éléments, sur la prétendue transmutation des métaux, sur la possibilité imaginaire de donner ou de rendre à volonté la vie à la matière inerte. De là viennent, d'autre part, des croyances sur l'unité d'origine de toutes choses, et, en raison de l'intime'union observée entre les causes et les ef-

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fets, des doctrines profondément imprégnées de panthéisme. Ces secrets gardés par les prêtres égyptiens étaient révélés aux seuls initiés et recommandés, sous des peines sévères, à leur absolue discrétion.

On rapportait, avons-nous dit, l'origine de ces connaissances à un dieu Thoth ou Hermès. Cependant, chez les Grecs et chez les peuples instruits par eux, la légende fit ensuite d'Hermès un personnage non plus divin, mais en quelque sorte héroïque ou plutôt sacerdotal, Hermès trismégiste ou trois fois grand, trois fois maître, auquel on attribua la composition d'ouvrages dont il n'est fait, du reste, mention que depuis l'ère chrétienne, et dont parlent Plutarque et Galien, Clément d'Alexandrie, Tertullien, Lactance, Jamblique, saint Augustin, saint Cyrille, etc. Ces ouvrages circulaient en grand nombre aux premier et second siècles de notre ère ; époque où l'on a fabriqué aussi de prétendus écrits d'Orphée, de Zoroastre, de Pythagore et d'autres encore. Comme ceux-ci, les livres d'Hermès sont incontestablement des compositions apocryphes. Ils ne doivent pas être absolument dédaignés cependant, car quelques-uns pourraient bien être dus à des initiés instruits de la science hermétique et fournir, à ce titre, un témoignage précieux de quelques-unes au moins des vieilles croyances conservées par elle; quoiqu'il dût S'y trou-

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ver nécessairement aussi de nombreux éléments appartenant à une autre origine, à la philosophie grecque alexandrine notamment, et, en tout cas, des doctrines étrangères à l'Egypte proprement dite.

Il y a, sans aucun doute, exagération dans l'énumération que fait Jamblique des livres d'Hermès, au nombre, dit-il, de 36,S2S volumes, suivant Manéthon, ou même de 20,000 seulement, suivant Séleucus ; à moins qu'on ne doive entendre ces nombres comme s'appliquant à la quantité, non des ouvrages eux-mêmes, mais des exemplaires que l'Egypte entière en possédait; ce qui serait encore considérable. Au commencement du m'' siècle, Clément d'Alexandrie mentionne, dans ses Str ornâtes, les livres d'Hermès trismégiste, et il en compte quarante-deux : huit sur le monde, l'astronomie, le soleil, la lune, la terre et les planètes; trois sur l'Egypte, le Nil et les lieux consacrés; quatorze sur la religion et le culte, la nature des dieux et celle de l'âme; onze sur la police sociale, les devoirs des rois, les lois, la judicature, les impôts, les mesures et l'art d'écrire ; six sur le corps humain, la médecine et la chirurgie i.

1. On doit peut-èlre rapporter à cette dernière catégorie d'ouvrages un livre de pharmacologie égyptienne trouvé dans un papyrus et publié récemment par M. Gury Ebers. — Bas hermetiscke buch ilber die arseneimitlel der alten Aegypler. l vol. in-fol. Leipzig, 1875.

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Les ouvrages attribués à Hermès trismégiste avaient été, dit-on, traduits en grec par Manéthon, sur l'ordre de Ptolémée Philadelphe. Quelques traités grecs ayant ce prétendu caractère furent, à leur tour, traduits par les Arabes ; d'autres avaient été traduits en latin. Très peu de chose, en définitive, est venu de tout cela jusqu'à nous. Ainsi, nous possédons quelques fragments d'un ouvrage grec de science hermétique, conservés par Stobée dans ses recueils et des définitions, en grec également, d'Asclépius adressées au roi Ammon sur différents sujets. Dieu, l'homme, la matière, les astres, etc., avec deux morceaux d'un caractère analogue, à la suite de ces définitions; un traité dans la môme langue le Pimandc?', TOtiJ-avr/jp, dialogue sur la sagesse et la puissance de Dieu , retrouvé au xv" siècle et traduit alors en latin par Marsile Ficin ; une version faite au ii*^ siècle en latin par Apulée, d'un traité dit VAsclépius, sur la nature des dieux. Ces ouvrages sont purement philosophiques et ne contiennent rien des secrètes pratiques de l'art sacré ; mais ils peuvent fournir, indirectement au moins, des indications sur lés théories métaphysiques associées à celles-ci. Quelques autres écrits hermétiques, soit en grec ou en latin, soit en arabe, traitent de l'astrologie et de l'alchimie, ou bien concernent les poisons, les pierres précieuses, la pierre phiiosophale, l'art de faire de l'or.

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Il est impossible de dire quelle part revient à lu science elle-même de la vieille Egypte dans les notions, les idées et les théories que renferment ces divers ouvrages d'époque relativement récente. Ils contiennent au moins le témoignage de ce que, pour une part, on attribuait à la science hermétique dans les premiers siècles de notre ère et pendant le moyen âge. Pour ce qui est de l'antique science elle-même, bien des causes avaient dû concourir à l'altérer et à la faire, en partie au moins, oublier. Après avoir été cultivée et gardée précieusement par les prêtres égyptiens qui en tenaient les secrets, disaient quelques-uns, des mages ou sages de l'Orient et qui les avaient communiqués aux philosophes grecs, elle avait été proscrite en Egypte même par les Romains. Dioclétien, suivant Orose, en avait fait brûler les livres vers la fin du m" siècle, et l'invasion arabe avait achevé de détruire ce qui pouvait en rester, au v^^ Les Grecs cependant en conservaient les traditions. Ils en avaient- de bonne heure connu les mystérieuses doctrines. Les Alexandrins avaient recueilli et des philosophes grecs et des prêtres égyptiens cet héritage. Plotin et Porphyre au m° siècle, Jamblique au iv", Proclus au v", paraissent avoir été initiés aux secrets de la science hermétique. Les Byzantins d'Europe et d'Asie continuent à les cultiver. Synèse, évôque de Ptolé-

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maïs, et Philippe, protosyncelle de Constantinople au siècle, Photius au ix% Psellus au xn'', Blemmydas, patriarche de Constantinople et Theotonicus au xni% passent pour les avoir connus. Le moyen âge a produit sur l'art sacré un grand nombre d'ouvrages conservés aujourd'hui en manuscrit dans nos bibliothèques.

Chez les Romains, la science hermétique avait été peu en honneur; mais les Arabes s'y adonnent avec ardeur, à l'époque de civilisation et de culture intellectuelle qui suit chez eux celle des conquêtes. Les Arabes sont bien placés et arrivent à un moment favorable pour être les héritiers scientifiques des Orientaux, des Egyptiens et des Grecs. C'est par eux, en grande partie, que cet héritage passe aux peuples de l'Occident. Les Juifs partagent avec les Arabes le rôle d'intermédiaires pour la transmission des connaissances scientifiques de l'antiquité aux modernes. Geber écrit vers le ix" siècle sur la science et l'art hermétiques, Rhazès au x% Avicenne un siècle plus tard. D'autres encore après eux composent des ouvrages du même genre. Quelques doctrines métaphysiques, des théories mathématiques, des systèmes d'astrologie, des procédés d'alchimie, des recettes de médecine forment les éléments de ce corps de science transporté par des voies diverses de l'Orient dans les contrées de l'Occident.

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Ces débris de la science et de l'art sacrés ou hermétiques sont accueillis avec méfiance sur ce théâtre nouveau, et finalement proscrits par l'Egfise, jalouse d'être seule dispensatrice des doctrines philosophiques et scientifiques. Une cause suffisante de discrédit pour cette science antique résidait dans ses tendances vers le panthéisme, et dans le matérialisme apparent qui semblait inspirer ses méthodes d'observation et d'investigation ; procédés essentiellement contraires aux théories spiritualistes et aux principes idéalistes qui, d'accord avec l'esprit du christianisme, régnaient alors dans les écoles. Le clergé fournit cependant de nombreux adeptes à la science hermétique. Leurs noms se lisent, mêlés à beaucoup d'autres, sur la liste de ceux qui, du x<= siècle au xvi% se transmettent, chez les peuples de l'Occident, le dépôt des doctrines mystérieuses léguées aux modernes par ' l'antiquité. On trouve notamment sur cette liste, pour ne citer que les plus illustres, après le pape Silvestre II mort en 1003, Alain de Lille, évêque d'Auxerre au xii° siècle, Albert le Grand, Roger Bacon, Thomas d'Aquin au xm% Arnauld de Villeneuve, Raimond Lulle, Duns Scot, Jean Dastin, Pierre le Bon, Richard l'Anglais, Guillaume de Paris, Jean de Roque taillade, Nicolas Flamel au xiv% Bernard de Trévise, Marsile Ficin au xv", Tritheim. Agrippa, Paracelse, Cardan, Porta au xvl^

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Les hommes que nous venons de nommer sont presque tous des alchimistes ; quelques-uns sont des astrologues. L'art hermétique s'était en effet, avec le temps, à peu près résumé dans l'alchimie et l'astrologie : l'alchimie dont le double objet, le but pratique, était la santé et la richesse, la confection des médicaments, delà panacée, de l'élixir universel et la transmutation des métaux, avec la recherche de la pierre philosophale pour faire de l'or; l'astrologie, qui allait se rattacher par la divination à la magie et côtoyait à la fois la médecine et la politique, avec un prestige malgré tout persistant, auquel le xvi" siècle n'a pias échappé.

L'alchimie conserve et cultive ^ au moyen âge, les doctrines essentielles de l'antiquité sur l'unité originaire de la matière et sur les affinités qui unissent entre eux tous les corps. Cependant ' quelques alchimistes travaillent sur des principes nouveaux. Abandonnant les voies anciennes et les méthodes spécialement expérimentales, ils se conforment aux théories idéalistes et se rangent ù l'esprit spéculatif de leur temps. Les procédés scientifiques sont soumis par eux à une philosophie qui consiste à descendre de l'absolu, de la cause supérieure, aux conséquences qui en découlent, ainsi que le prescrit la méthode scolastiquc. Ils s'inspirent du principe qui établit la subordination de l'ordre matériel par rapport à l'ordre spirituel.

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Leurs rocetles instituent des procédés mystiques, des opérations mystérieuses qui se rapprochent des pratiques de la magie démonologique. A côté de cette alchimie idéaliste, science chimérique plus qu'aucune autre, contre laquelle surtout se tournent les condamnations et les proscriptions, l'alchimie spécialement pratique se concentre de plus en plus dans les recherches directes sur la matière. Les ouvrages qu'elle enfante sont des descriptions d'expériences accomplies dans les laboratoires, des recueils de recettes employées dans les arts et l'industrie, dans l'art de guérir principalement. Voilà ce qu'est l'alchimie au xvi° siècle. Encore un pas et la pharmacopée s'en détache. La chimie moderne, un peu plus tard, va s'en dégager.

. A côté de l'art hermétique, la cabale fournitaussi aux sciences et aux arts occultes une branche importante. Certains procédés du symbolisme cabalistique ne sont pas étrangers à la science hermétique ; mais c'est à une science distincte qu'ils appartiennent surtout. La cabale ne dépend nullement de l'art hermétique ; elle est essentiellement juive par son origine et par ses plus anciens développements. Son nom vient d'un mot qui, en liébreu, signifie tradition. Elle consiste en un corps de doctrines longtemps mystérieuses et

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secrètes. C'est par là qu'elle rentre dans le cadre des sciences occultes que nous avons en vue.

Les Hébreux ne semblent pas avoir eu primitivement d'enseignement, en dehors de la loi contenue dans les livres saints. La philosophie proprement dite avec ses développement métaphysiques et théologiques n'apparaît chez eux que tardivement. Les docteurs qui en font l'objet de leurs études et qui la professent ne remontent pas beaucoup plus haut que le commencement de notre ère. La science née ainsi se développe plus tard dans les écoles des rabbins formées après la chute de la nationalité juive. Elle a son expression dans le Talmud dont les rédactions volumineuses appartiennent aux siècles postérieurs à Jésus- Christ. En même temps, une doctrine restée secrète et livrée aux initiés seulement s'était formulée dans les traditions de la cabale, fixées plus tard et recueillies en des livres nombreux dont quelques-uns nous ont laissé leur titre, mais qui sont, pour la plupart^ perdus pour nous.

On possède cependant deux de ces deux livres, le Sepher Jetzirah, livre de la création, et leZohar, ou la lumière, qui nous permettent de nous faire une idée de l'ancienne cabale juive. On n'est pas d'accord sur l'époque précise à laquelle ont été écrits ces deux ouvrages qui paraissent représenter l'oeuvre de plusieurs générations. Le pre-

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mier est court et d'une constitution assez homogène ; le second est plus long et composé d'innombrables fragments de nature diverse. Le S.Jetzirah est, sous la forme d'un monologue placé dans la bouche d'Abraham, une exposition dogmatique de la Genèse universelle; il a dû être écrit entre l'année 100 avant Jésus-Christ et l'année 50 de notre ère. Le Zohar est un long commentaire composé de notes et de développements du caractère le plus varié, ajustés, sans beaucoup de précision, aux principaux passages du Pentateuque. Cette vaste compilation, qui est comme le code universel de la cabale, ne semble remonter qu'à la première partie du second siècle seulement après Jésus-Christ. Elle paraît s'être graduellement accrue jusque dans le courant du vi" siècle, peutêtre même avoir reçu des modifications successives jusqu'à sa divulgation parmi les peuples de l'Occident, vers la fin du xiii".

Les doctrines qui ressortent des textes cabalistiques du S. Jetzirah et du Zohar se présentent dans ces ouvrages avec une certaine confusion et demandent pour être comprises qu'on les soumette à une classification méthodique. M. Franck et M. Munk ont fait ce travail. Les idées reconnues et signalées par eux dans le dépouillement des textes cabalistiques se rangent sous trois chefs : métaphysique, dogmatique et symbolique.

XN[[ INTRODUCTION

Au point de vue métaphysique, on trouve dans kl cabale juive un système philosophique de la nature des choses, une explication de l'âme et de la matière, des vues sur l'origine de l'univers créé par une émanation de la divinité. Toutes choses, y est-il dit, sortent de l'essence même de Dieu. Tout est esprit, et la matière même n'est qu'une condensation de l'esprit. Dieu et le monde ne font qu'un. La pensée est la substance universelle ellemême. C'est là un panthéisme spirituahste très remarquable qui au dualisme biblique de l'esprit et de la matière, de Dieu et du monde, du créateur et de la créature, substitue l'unité absolue du principe et de la substance, de la cause et de l'effet, de la pensée et de l'existence même. De là l'idée d'un Dieu, substance unique et universelle, nature réelle de tout ce qui existe. Ce système essentiellement panthéiste, auquel sont associés quelques traits de métempsycose, s'écarte complètement de la doctrine mosaïque.

Au point de vue dogmatique, la cabale présente •un ensemble de doctrines mal digérées, dominées par le principe essentiel de l'émanation ; amas de notions assez confuses sur les esprits et leur hiérarchie, les âmes, les génies, les anges et les démons, distribués dans le cadre d'une mythologie tout imprégnée de goût oriental, telle que l'a également accueillie le mysticisme alexandrin, et im-

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pliquant l'idée d'un monde supérieur intellectuel et d'un monde inférieur purement matériel.

Au point de vue symbolique, la cabale renferme un système très singulier d'exégèse, qui, s'inspirant de l'esprit judaïque se donne pour objet d'établir et de maintenir, à tout prix et par les procédés môme le plus évidemment arbitraires, l'accord entre toute idée nouvelle et la lettre au moins de l'Ancien Testament. Dans ce système, la sainte écriture, la loi, est considérée comme cachant toujours sous son sens direct et positif un sens mystérieux plus élevé et plus important, qui est la loi véritable. Cette théorie assurait une grande indépendance de pensée aux cabalistes, sous le voile d'une soumission apparente à la loi écrite. Le système fondé sur ces principes visait à établir entre la lettre sacrée et les interprétations arbitraires qu'on en fournissait un lien au moins apparent, grâce à des procédés artificiels tout à fait caractéristiques. Ces procédés consistaient à donner une valeur réelle à de simples combinaisons de signes. On attachait, par exemple, des idées aux lettres mêmes qui constituaient les mots et aux nombres que pouvaient représenter ces lettres. Ce trait est commun à l'art hermétique, comme nous l'avons dit, et à la cabale; mais c'est h celle-ci qu'il appartient originairement.

Tantôt, en transposant les lettres d'un mot ou

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en les remplaçant par d'autres suivant certaines règles, on obtenait un mot nouveau dont le sens particulier servait à justifier le changement qu'on entendait apporter à la signification du mot primitif ainsi modifié. Ce procédé se nommait themoura, d'un mot hébreu qui signifie échange ou permutation. Tantôt, en vertu de la valeur numérique, attachée à chaque lettre, mode de notation usité chez les Hébreux aussi bien que chez les Grecs et chez les Latins, on obtenait, par la substitution d'une lettre à une autre opérée suivant certains principes, des nombres nouveaux et des combinaisons d'où l'on tirait, des inductions estimées aussi rigoureuses que des démonstrations mathématiques, touchant la valeur . relative des mots et des . idées correspondantes que mettaient en jeu ces combinaisons. Ce procédé se nommait gematria, dénomination formée, croit-on sur un radical grec plus ou moins voisin de celui de |A'/]TY]p, mère, source.de production. D'autres fois enfin, à l'aide d'une méthode plus grossière encore, on appliquait à un texte une signification nouvelle en réunissant, pour en faire un mot unique ayant cette signification voulue, les initiales de plusieurs mots, ou bien en considérant les diverses lettres d'un seul mot comme étant les initiales de plusieurs autres concourant à l'expression du sens nouveau qu'on voulait justifier.

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Ce procédé se nommait notarikon, du latin notare, désigner, exprimer.

De ces trois procédés, le premier, dont le nom est hébreu, paraît être le plus ancien. Les deux autres, dont les noms semblent venir du grec et du latin, sont relativement récents. Ils appartiennent à une époque où la cabale avait déjà passé des Juifs aux mains des Grecs, et où elle était adoptée par les peuples modernes. Ceux-ci s'attachèrent surtout à développer les méthodes de ce grossier symbolisme cabalistique, pour utiliser, dans leurs disputes philosophiques et religieuses, les procédés d'exégèse arbitraire qu'il leur offrait. Des diverses parties de la cabale, c'est de beaucoup celle qui a eu le plus d'adeptes au moyen âge, et partant le plus de durée.

On s'est demandé d'où venaient les doctrines cabalistiques, avec leur métaphysique à la fois spiritualiste et panthéiste, avec leurs dogmes étranges touchant la hiérarchie des esprits et des âmes , et leur mythologie d'anges et ' de démons, avec les procédés enfin de leur symbolisme factice et de leur exégèse arbitraire. Bien que les monuments littéraires dans lesquels on les voit se formuler pour la première fois ne semblent guère remonter au delà du premier siècle de notre ère, on est généralement porté à leur assigner une plus haute antiquité. Le nom seul

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