‹ Corneille AgrippaChapitre 19 sur 22 · Phil. de Vigneulles, dans Iluguenin, Les chroniques de la · texte numérisé non relu

Phil. de Vigneulles, dans Iluguenin, Les chroniques de la

ville de Metz, p. 733.

AGRIPPA A METZ

vivante de l'impression qu'elle avait dû laisser dans l'esprit du peuple de Metz. L'opinion d'Agrippa, dans cette singulière querelle, le rangeait suivant ses adversaires dans la classe des hérétiques, et en faisait un tenant des doctrines de Luther. A leurs yeux du reste, on le voit, il s'était avoué vaincu en désertant le combat et en quittant la ville avant le jour assigné pour cette rencontre. Rien n'est oublié par le chroniqueur, rien, pas même les étroites relations d'Agrippa avec son ami le curé de Sainte- Croix, grand clerc comme lui, mais comme lui en hostilité avec les frères prêcheurs du couvent de Metz, et comme lui véhémentement soupçonné de tenir pour l'hérésie de Luther.

Ce curé de Sainte-Croix, que Philippe de Vigneulles appelle ici maître Jehan et ailleurs maître Jehan Rougier ou Rougière, est bien celui qui dans la correspondance d'Agrippa est nommé Joannes Rogerius Brennonius, et que le plus souvent, dans les lettres qu'il lui adresse, son ami appelle tout simplement mon cher Brennonius Philippe de Vigneulles qui avait pu voir souvent le curé de Sainte- Croix, dit que c'était un homme de belle prestance, grand et puissant, et qu'il avait la réputation d'être un savant. Il nous apprend aussi que sa science était suspecte, et qu'en 1523, l'hérésie naenaçant de faire à Metz des progrès dont Strasbourg donnait

1. On trouvera dans une noie do l'Appendice (n" XVI) quelques observations à ce sujet.

l'exemple, on usa de rigueur et on alla jusqu'à mettre en prison, à la Cour-l'évêque, plusieurs prêtres grands clercs, parmi lesquels, dit-il, « maistre Jehan Rougière alors curé de Sainte-Croix » '.

Nous avons conduit Agrippa jusqu'à la fin de son séjour à Metz, vers le commencement de février 1520. Nous connaissons les contrariétés qui avaient fini par lui rendre celte ville insupportable ; nous savons par ses lettres à Cantiuncula, que dès le mois de juin 1S19 il pensait à rompre la chaîne qui l'y retenait, c'est-à-dire à obtenir la résiliation des engagements qu'il y avait contractés (Ep. II, 33). Nous avons cité précédemment celle de ces lettres datée du jour de la conversion de saint Paul, 25 janvier 1520, par laquelle il annonce à son ami qu'il vient d'obtenir enfin ce congé ardemment souhaité et vivement sollicité.

— Me voilà libre, et je pars dans peu de jours, lui dit-il (Ep. II, 42).

Il part en effet sans tarder ; car dès le 12 février le curé de Sainte-Croix lui écrit de Metz, où il n'est déjà plus (Ep. II, 44), et huit jours après, le 12 des calendes de mars, 19 février 1520, il répond luimême de Cologne à celui-ci, qu'il est arrivé dans cette ville et qu'il j attend maintenant sa visite (Ep. II, 43).

Agrippa s'éloigne de Metz au plus fort de sa

1. Ph. de VigneuUes, dans Huguenin, Les chroniques de la ville de Met:-, p. 824.

AGRIPPA A METZ

querelle avec le prieur des Dominioains, affaire épineuse qui lui donnait tant d'ennuis et qui lui causait même de sérieuses inquiétudes; h la veille d'un débat public auquel il s'empressait ainsi .de se soustraire, et dont il laissait peser tout le poids sur son ami Brennonius (Ep. II, M). Nous n'avons plus à revenir sur ces particularités dont nous avons amplement parlé. Si nous les rappelons, c'est pour montrer qu'Agrippa pouvait à ce moment se trouver dans le même état d'irritation, dans les mêmes dispositions d'esprit par conséquent, que six mois auparavant, quand il lançait contre Metz la trop fameuse invective que nous avons rapportée en parlant de sa correspondance avec Cantiuncula. Metz dont il s'éloigne maintenant, est pour lui certainement encore la marâtre des bonnes lettres et de toute vertu. Nous avons dit ce qu'Agrippa entendait par ces paroles, qui dans sa bouche visent à la liberté des études hétérodoxes et aux hardiesses de conduite de ceux qui s'y livrent. Nous avons signalé aussi les circonstances qui expliquent ce mouvement de passion, et l'évidente exagération du langage oti il se manifeste.

Il faut ajouter que ces entraînements désordonnés étaient chez Agrippa des traits de caractère, et qu'on en trouve dans sa vie plus d'un exemple analogue. C'est par eux qu'on le voit de même emporté, lorsque à Fribourg en Suisse, où un emploi public le retient également malgré lui en 1524, il traite sans raison cette grave Cité, de ville sans culture intellec-

tuelle ' ; et plus lard lorsque, en 1331 dans les Pays- Bas, aux prises avec les théologiens censeurs de ses ouvrages, et en même temps avec ses créanciers, il s'en prend à la cour de Malines qui n'a pas pu ou n'a pas voulu le sauver des poursuites des uns et des condamnations des autres. Il renouvelle alors contre cette cour de César, comme il dit, sa vieille invective, et l'appelle aussi la marâtre des bonnes lettres et de toute vertu Ce sont les expressions mêmes dont il s'est servi contre la ville de Metz, onze ou douze ans auparavant. Dans ces nouvelles circonstances encore, ces paroles répondent avant tout à la passion de celui qui les profère. Elles ont dans ce cas la même signification avec le même vice d'exagération, que dans l'autre \

1. « Friburgum Helvetiorum, omnium scientiarum cultu de- « sertum ac dostitutum » (Ep. III, 56).

2. « Omnium bonarum Ilterarum atque virtutum noverca «c aula cœsarea » (Ep. YI, 20, 35, 36).

3. On trouvera quelques explications à ce sujet dans une note de l'Appendice (n» XV).

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