Corneille
On l'a dit avec beaucoup de justesse : « La grande critique littéraire est encore à fonder. » Ce qui a manqué pour cela , ce n'est pas le talent, mais la doctrine. Pour faire de la bonne et saine critique, pour apprécier ce qui est beau et vrai , ou juger ce qui n'est ni beau ni vrai , il faut avoir conservé sans altération les principes du vrai et du beau. Or, ces notions fondamentales ont subi , même en des intelligences d'élite , de trèsgraves atteintes.
Nos académies avaient pour mission d'entretenir, s'il est permis de s'exprimer ainsi , la religion du beau ; mais elles n'ont pas su se préserver elles-mêmes de tristes défaillances. Nos littérateurs les plus renommés, les Laharpe, les Villemain , les Sainte-Beuve, les Nisard ont suivi les règles d'une critique incomplète ou fausse. L'enseignement des écoles de l'Etat s'est trop souvent inspiré de l'esprit rationaliste , voltairieii
(1) Cette introduction, du R. P. Marquigny, a paru dans les Etudes' religieuses de la Compagnie de Jésus j sous ce titre : Un essai de Critique idéale et catholique.
OU païen. Nulle part il ne se rencontrait un corps de doctrines et de docteurs pour la création d'une puissante école littéraire.
Les universités catholiques , nous en avons l'espoir, réussiront à restaurer le culte du beau et à réformer les lettres en les enseignant. Il n'était que temps de réagir : l'invasion du scepticisme et du matérialisme dans la littérature aurait achevé de ruiner nos traditions, de dépraver le goût et d'avilir la langue française.
Un professeur de Lille a donné, dans des leçons neuves et hardies, le signal d'une rupture avec la vieille critique universitaire. En une douzaine de cours , où la franchise éclate et où déborde la foi , M. Auguste Charaux redresse avec vigueur les jugements erronés et timides ; puis , sur la base solide des principes catholiques , il établit un système de critique , d'après lequel sont étudiées les œuvres et la vie de Corneille. Les lecteurs des Études nous sauront gré peut-être de servir d'écho à l'ardente parole du professeur de l'université lilloise.
Selon M. Charaux , il existe trois formes de la critique littéraire en ce siècle. La critique de Laharpe est celle des détails, souvent injuste , toujours insuffisante. 11 y a un goût élevé qui juge l'ensemble , les propor-