‹ Corneille et Gerson dans l'Imitation de Jésus-ChristChapitre 32 sur 107 · CONCLUSION DU PREMIER LIVRE · texte numérisé non relu

CONCLUSION DU PREMIER LIVRE

Ce livre qui nous fait passer, des vanités humaines à la mort, au jugement dernier , à ses suites terribles, sembloit devoir s'arrêter là ; mais l'auteur après avoir franchi , pour ainsi dire , le gouffre épouvantable , revient sur ses pas , .comme pour nous engager plus instamment à l'éviter;

Craignant sans doute aussi d'avoir jeté dans l'âme le découragement , il nous rappelle ce qui arriva un jour à un homme , à un grand coupable peut-être, qu'il ne nomme pas ( quidam anxius ) , et qui , effrayé de son avenir, rouloit , comme le dit Corneille ,

Rouloit cette inquiète et timide pensée :

Dieu ! si je savois , ( die&it-il en son cour ) • Que mon iniquité par mes pleurs effacée , De bien persévérer me laissât la vigueur !

Iku céfaste voix, de ksi seul entendre, A sa douleur seereUe aussitôt répondit, Et par ce doux oracle à l'instant lui rendit Le calme qui manquoit à son dme éperdue :

Eh bien , fais maintenant ce que ta voudrais faire ; Commence , continue , et ne perds point de. temps , Applique tous tes soins à «*' aimer, à me plaire, Et demeure assuré de ce que tu prétends.

Ainsi Dieu conforta cette dme désolée ; . Cette dme en crut ainsi la divine Bonté , Et soudain vit céder à la tranquiHté Les agitations qui V avaient ébranlée; Un parfait abandon au souverain vouloir Dans V avenir obscur ne chercha plus à voir Que les moyens déplaire à Fauteur de sa joie; Un bon commencement fit son ambition r Et son unique soin fut de prendre la voie Qui pût conduire l'ouvre à sa perfection.

Espère , espère en Dieu , fais du bien sur la terre, Tu recevras du ciel l'abondance des biens.

C'est par là que David t'enseigne les moyens De te rendre vainqueur tn cette rude guerre.

Fénélon tâche aussi ^ lorsqu'ici-has l'espoir nous abandonne , de le porter vers Notre Père qui est dans les deux. « On demandoit , dit-il ( Lettres Spirituel- » les) y à St. Âmbroise mourant s'il n'étoit pas peiné » par la crainte des jugements de Dieu. Il répondit : » Nous avons un bon Maître. C'est ce qu'il faut nous » répondre à nous-mêmes .... O Israël , que Dieu » est bon pour ceux qui ont le cœur droit ( Ps. 72 ) ! » Demandons-lui cette droiture de cœur qui lui plaît » tant , et qui le rend si compatissant à nos faiblesses. »

Fénélon , dans une autre lettre , dit d'un malheureux jeune homme , mort consumé par ses passions , et du salut de qui Ton désespéroit : « Dieu voit la boue dont il » nous a pétris , et a pitié de ses pauvres enfants .... si » peu qu'il agisse dans ee moment (à t heure suprême), » le premier mouvement d'un cœur accoutumé autrefois » à lui , est de recourir à sa miséricorde .... Il ne dit » à Madeleine que ce mot : Marie. Et elle ne lui ré- )> pondit que ce mot : Maure. C'était tout dire. II » appelle sa créature par son nom , et elle est revenue » à lui. »

L'évêque de Dijon, dont nous avons fait connoîtredes vers si admirables , et qui malheureusement ne se soutiendra pas toujours , a rendu encore avec bonheur la fin de ce chapitre , dont voici deux vers qui méritent d'être retenus :

Sois à ton devoir tout le jour fidèle , Pour toi la soirée en sera plus belle *.

Lafontaine avoit dit de la vieillesse du sage :

Approche-t-il du but , quitte-t-il ce séjour ,

Rien ne trouble. sa fin,, c'est h soir d'un beau jour.

* Gaudebis semper vespere, si diem expert dos frucluose*

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