CHAPITRE I er
De la conversation intérieure.
Apprends à mépriiér les pompes inconstantes De ces douceurs flottantes Dont te dehors brille à tes yeux ;
Jpprends à recueillir ce qu'une sainte flamme
Dans un intérieur verse de précieux ,
Et soudain du plus haut des deux
Le royaume de Dieu descendra dans ton dme.
Car enfin ce royaume est une forte paix , Qui de tous les souhaits Bannit la vaine inquiétude ;
Une stable allégresse, et dont le Saint-Esprit
Répandant sut les bons l'heureuse certitude, L'impie et noire ingratitude
Jamais ne la reçut , jamais ne la comprit.
Jésus viendra chez toi lui-même la répandre , Si ton cœur pour l'attendre , Lui dispose un digne séjour :
La gloire qui lui plaît et la beauté qu'il aime ,
De l'éclat du dedans tirent leur plus beau jour; Et pour te donner son amour
Il ne veut rien de toi qui soit hors de toirmême.
a Dhce exteriora contemnere , et ad inUriora te dure, et videàit regnum Dei in te penire.
♦ 32 COftHBtLLK.
Lui-même il l'a promis: « Si quelqu'un veut m 9 aimer, Il doit se conformer, Dit-il , à ce que je commande ;
Alors mon Père et moi nous serons son appui ,
Nous le garantirons de quoi qu'il appréhende, Et pour sa sûreté plus grande ,
Nous viendrons jusqu'à lui , pour demeurer chez lui. »
Ouvre-lui tout ee oœur, etqyoi qu'op te propose, Tiens-en la porte close A tout autre objet qu'd sa.eroiœ %•
Lui seul pour te guérir a d'assurée remèdes ,
Lui seul pour fenrieMr abandonne à ton, choix Plue que4ous les trésors en rais ,
Et tu possèdes tout lorsque tu le possèdes.
Il pourvojraiuf^nétae d tes nécessités , Et ses hautes bontés Partout soulageront tes peines ;
Il te sera fidèle , et son divin pouvoir
T'en donnera partout dee preuves si soudaines » Que les assistances humaines
N'auront ni temps , ni Heu d'amuser ton espoir.
b Des peuples et dee grands la faveur est changeante , fit la plus obligeante En moins de rien passe avec eux :
Mais cette de Jésus ne connoit point de terme, Et s'attache aux élus par de si puissants nœuds,
.Que jusqu'au pjein effet des vieux , Jusqu'à la fin des maux , elle tient toujours ferme.
b Ho mi nés cito mutantur et deficiunt velociter. Christus autem manet in œternum, et astat usque in finira firmiter.
IMITATION DE J< C. MV. II, CH. l' r . 133
Souviènè-toîdone toujours, quané un ami U sert Le plus è èmur ouvert * ÇHte souvent son zèl* est stérile :
Fais peu* do fondement sur son plus haut crédit ,-
Et dans le même instant qu'il fest le plus utile i Crois -le. mortel , eroiê le fragile ,
Et t'attriste encvr moins lorsqu'il te contredit.
Tel aujourd'hui t'ambrasse et soutient ta querelle,
Dont l'esprit infidèle
Dès demain voudra t'opprimer ; Et tel autre aujourd'hui contre toi s'intéresse,- Que pour toi dès demain tu verras s'animer ;
Tant pour tarir et pour aimer ^ Au gré du moindre vent tourne notre faiblesse*.
Ne t'assure qu'eh lKeti> mets, en lui ton amour, Jusqu'à ton dernier jour , Tout ton espoir y touts ta crainte:
Il conduira ta langue y il réglera tes yeus r
Et de quelque malheur que tu. sentes l'atteinte} Jamais il ri* entendra ta plainte^
QWU fte fusse pour toi ce qu'il terra de mieux:
L'homme n'a point ici de cité permanente , Qè qu'il soit > quoiqu'il tente , Il n'est qu'Un malheureux passant ;
Et si dans les travaux de son pèlerinage
L'effort intérieur d'un cœur reconnoissani Né l'unit au bras toUt-puiisatit ,
Il s'y promet envain le calme après l'orage.
c Qui hodiè tecunt suni, cras conirariaH passant j eie convêno, sœpe ul aura vertuntur.
d Non habes hic mansntîem civitcUem ; ciubicumquefueri*;extmnsuses etperegrinus,*.
e Que regardes-tu donc , mortel , autour de toi (i), Camm$ m quelque emploi ' T'y /aitoff une pour profonde f Cestau ciel , c'e*f en Dîeu qu'il te faut habiter, Cest-lé, c'est en lui seul qu'un vrai repoe se fonde;
Et quoiqu' étale ici le monde , Ce n 9 e$t qu'avec dédain qu'ont f peut arrêter.
f Tout ce qu'Utte présente y passe comme une, ombre ,
Et toi même es du nombre
De ces fantômes passagers ; Tu passeras comme eux , et ta chute funeste Suivra l'attachement à ces objets libers ,
Si pour éviter ces dangers Tu ne romps acee toi comme avec tout le, teste.
De ce triste séjour où tout n'est que défaut (*) , • Jusqu'aux pieds du Très-Haut . Sache relever ta pensée:
Qu'à force de soupirs , de larmes et de vrnum , .
Jusqués à Jésus-Christ .ta prière poussée
Lui montre une ardeur empressée,
D'où sans cesse pour lui partent de nouveaux feux*
Ces stances offrent un développement harmonieux 1 mais un peu diffus des mots de l'Evangile* « Le royaume de Dieu est au-dedans de vous. » Regnum Dei intra vos est. L'auteur de Y Imitation en tire de nom-'
e Qùidhic circumspicis, quum iste non sit locus tuœ requietionis? In cœl'estibus débet esse habifatio tua ; et siçut in transite, çuncta terrena sunt aspicienda.
î Transeunt omnia, et tu cum eispariier. Vide, ut nom inhcereas, ne capiaris et pereas.
IMITATION DB J. C. L1V. II, CH. I w . 135
breuses conséquences, entr'autres que, pour se rapprocher de Dieu , il ne faut pas trop s'attacher < aux choses extérieures.
(1) Feu M. Gence, l'homme le plus exact que j'aie connu , me racontoit dernièrement à ce propos que , dans un voyage qu'il fit en Italie , il s'étoit arrêté près de la ville de Yiterbe , dont lésâtes environnants Penchant toient. Assis sur une côte , d'où il portoit ses regards autour de lui : « Que je serois heureux , se disoit— il en lui-même , de pouvoir ici me fixer ! » En exprimant ce vœu , il tire de sa poche son livre favori ,. V Imitation, l'ouvre , et tombe sur ce verset :
Quid hic circumspicts , quum iste non Ht locus tuœ requietionis ? a Que regardes-tu do,nc autour de toi ? ce n'est point ici que tu dois t'arréter. »
Frappé de cet avertissement, notre voyageur entend le son lugubre et solennel d'une cloche , se lève , et s'acheminant vers la ville , le premier spectacle qui s'offre à ses yeux, c'est celui, d'un convoi funèbre. Plus vivement frappé , le chrétien voyageur accompagne son frère à son dernier azile , et là , continue le verset : a C'est ici qu'il se faut reposer, mais dans le sein de Dieu. » In cœlestibus débet êsse habitatio tua , *tc.
(2) Défaut signifie ici tout ce qui nous manque ou nous échappe : quod déficit.
Le chapitre II e sur V humilité n'offrant rien dans les traductions en vers , passons au IIP, où nous allons trouver un caractère tracé de main de maître.
136 ÙÛANWLLE.
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