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IMITATION DE J. G. LIV. III , CH. 1 er . 183
De quoi te serviront toutes les créatures , , Si tu perds une fois l'appui du Créateur 9 Défais-toi , défais-toi de toute autre habitude ; d ne plaire qu'à Dieu mets toute ton étude, Porte-lui tous tes voeux avec fidélité ; Tu trouveras ainsi la véritable foie j Tu trouveras ainsi la voie Qui seule peut conduire à la félicité.
Du chemin de la croix , où aboutit le second livre , et des croix de ce monde qui sont insupportables si nous ne les portons en vue de Dieu , l'auteur s'élève à cet amour divin où , pour le suivre , hélas ! il faudrait les deux ailes , dont il nous parloit tout-à-l'heure :
La pureté de cceur et la simplicité.
Nous les trouvons du moins, ces élans d'amour, dans * l'admirable ouvrage, inspiré par Dieu même à St. François de Sales , car le génie seul ne lui eût point suffi à monter si haut. Si, pour entrer dans l'esprit de Y Imitation , nous nous appuyons souvent de ses écrits , nous ne croyons pas devoir nous en excuser.
Dans son Traité de t amour de Dieu , que nous allons citer, le saint évêqûe de Genève coinpare les contemplatifs irreligieux à ces oiseaux de nuit qui ont plus de vue que de vol, et qui portent plus haut leurs regards que leurs ailes. Chez lui tout s'élève à la fois, et la vue et le vol, dans le sein du Très-Haut.
Pour nous , que n'avons-nous du moins le sort de ces oiseaux dont il parle plus loin ! « lesquels , dit-il ,
184 C01NBILLE.
Aristote nomme Apodes, parce qu'ayant les jambes extrêmement courtes .et les pieds sans force , ils ne s'en servent non plus que s'ils n'en avoient point (ce sont nos martinets). Que si une fois ils prennent terre , ils y demeurent pris , sans que jamais d'eiut-mêmes ils puissent reprendre vol , sinonque ( à moinsque) quelque vent propice à leur impuissance , jettant ses bouffées sur la face de la terre , les vienne saisir et enlever : alors , à employant leurs ailes , ils correspondent à ce premier élan , à ce secours d'enhaut, le même vent continue, et de plus en plus les poussant , les sauve
« Nous ressemblons aux apodes : s'il nous advient de quitter l'air du saint amour divin pour prendre terre et nous attacher aux créatures , ce que nous faisons toutes les fois que nous offensons Dieu , noçs mourons voirement , mais, non pas d'une mort si entière , qu'il ne nous reste un peu de mouvement , et avec cela des jambes et des pieds , c'est-à-dire quelques menues affections qui nous peuvent faire faire quelques essais d'amour ; mais cela pourtant est si foïble que nous ne pouvons plus de nous-mêmes desprendre nos cœurs du péché , ni nous relancer au vol de la sacré dilection .... Mais la sainte inspiration , venant avec une douce violence dans nos cœurs , les saisit , les émeut, et, les relevant, les transporte au divin amour.
« Voyez le pauvre prince des apôtres tout engour dans son péché , en la triste nuit de la passion de so maitre ; il ne pensoit plus à se repentir; comme un chétk £ apode aterré (mis à terre) , il ne se fut oncques relevé T si le coq, comme instrument de la divine Providence ,
IMITATION DE J. C. LIV. III, CH. i". 185
n'eût frappé de son chant à ses oreilles , à même que le doux Rédempteur jettant un regard salutaire , comme une sagette (une flèche) , transperça ce cœur de pierre, qui rendit par après tant d'eaux , à guise de l'ancienne pierre , lorsqu'elle fut frappée par Moïse au désert. »
Il nous faudroit citer ici de nombreuses pages de ce saint et profond interprète des Ecritures , pour expliquer ce que veut dire Corneille de ces petite miracles , par lesquels Dieu souvent nous ramène à lui : ici , c'est le souvenir d'une faute , réveillé par le chant du coq ; d'autres fois par des sons connus, par un objet muet , par un je ne sais quoi , que notre ignorance nomme hasard , et qui nous vient du ciel , comme la rencontre faite par M. Gence, que nous avons citée, ou comme la cloche des Chartreux qui vint réveiller dans un mauvais lieu les deux libertins dont parle St. François de Sales (Amour de Dieu, liv. vin, ch. x).
Quelquefois ce sera un simple regard, ou le souvenir d'un bienfait de Dieu, d'un malheur évité. Quelquefois une bonne action, un élan du cœur saura relever à nos yeux notre âme , la rouvrir à la grâce , lui rendre epfin des yeux pour voir, des oreilles pour entendre , et la vie pour aimer.
Un jeune homme éloigné de sa famille, et plus encore de la religion , apprend la mort de sa mère , revient dans la ville où il l'a perdue , et , presque malgré lui , se sent porté un soir à entrer dans une église où il se souvient d'avoir, longtemps auparavant , accompagné sa mère. Il l'aimoit, comme on aime une mère (cet amour là est plus qu'un pas vers Dieu) . L'idée qu'il ne la verra plus ,
qu'il l'aimera toujours , vient rouvrir la source de ses larmes ; pour s'en pénétrer, il s'assied dans Péglise. ... Il n'avoit pu cependant prier encore pour celle à laquelle il alloit devoir une seconde vie. Déjà même il s'étoit levé pour sortir, lorsqu'il aperçoit sur le prie-Dieu où soji orgueil n'a pu s'agenouiller, le nom de sa mère ! Aussitôt il y tombe , y reste anéanti. Chacun des caractères de ce nom vénéré se grave dans son âme , y grave le plus saint, le plus doux des devoirs, le sentiment delà reconnoissance envers l'Etre à qui nous devons tout.
Il se relève enfin , se relève chrétien : il avoit prié pour sa mère ; sa mère avoit prié pour lui.
Nous pourrions citer beaucoup d'autres épreuves , par lesquelles Dieu nous parle , et dont souvent , étourdis par le monde , nous laissons échapper les inspirerions.
Ecoutons du moins , écoutons encore les beaux vers de Corneille, comme les sons lointains d'une âme élevée et retentissante , que le doigt de Dieu a touchée :
Je prêterai l'oreille à cette voix secrette
Par qui le Tout-Puissant s'explique au fond du cœur;
Je la veux écouter, cette aimable interprète
De ce qu'à ses élus demande le Seigneur.
O qu'heureuse est une dme alors qu'elle l'écoute !
Qu'elle devient savante à marcher dans sa route !
Qu'elle amasse de force à l'entendre parler !
Et que dans ses malheurs son bonheur est extrême,
Quand de la bouche de Dieu même Sa misère reçoit de quoi se consoler /
N'interrompons point cette sublime inspiration :