CHAPITRE XI
Quil faut examiner soigneusemeut les désirs du cœur^ et prendre peine à les modérer*
a Je vois qu'à me servir enfin tu te disposée , Mais n'en espère pas grand fruit, A inoins que je f apprenne encor beaucoup de choses Dont tu n'es pas encore assez instruit.
Seigneur, que veux-tu m'apprendreî Je suis prêt à f écouter; Joins à la grâce d'entendre La force d'exécuter.
Toutes tes volontés doivent être soumises
Purement d mon bon plaisir, Jusqu'à ne souhaiter en toutes entreprises Que les succès que je voudrai choisir.
Tu ne dois point V aimer, tune dois point te plaire
Dans tes propres contentements; Tu dois n'être jaloux que de me satisfaire , . Et d'obéir à mes commandements.
a FM, oportel te adhuc multa addiscere, quœ necdum bene iidieisti.
Quce sunt hœc t Domine?
Vt desiderium tuum portas totaliter sçcundum beneplacitum meum, et tu ipsius amator non sis M sed mem voluntaiis cupidus emulator.
Quel que soie le désir qui Réchauffe et te pique,
Considère ce qui t'en plaît :.
Et voie si sa chaleur à ma gloire s'applique , Ou s'il t'émeut par ton propre intérêt.
Lorsque ee n'est qu'à moi que ce désir se donne , Qu'il n'a pour but que mon honneur, Quelque effet qui te suive, et quoique j'en ordonne, Ta fermeté tient tout à grand bonheur.
Mais lorsque l'amour-propre y garde enoor sa place,
Quoique secret et déguisé , C'est là ee qui te gêne et ce qui t'embarrasse, C'est ce qui pèse à ton cœur divisé.
Défends-toi donc , mon fils , de la première amorce
D'un désir mal prémédité ; N'y prends aucun appui , n'y donne aucune force , Qu'après m'avoir pleinement consulté.
Ce qui t'en plaît d'abord peut bien-tôt te déplaire,
Et te réduire au repentir ; Et tu rougiras lors de ce qu'aura pu faire Cette chaleur trop prompte à consentir.
Tout ee qui par oit bon n'est pas toujours à suivre ,
Ni son contraire à rejeter ; L'ardeur impétueuse d mille erreurs te Hvre, Et trop-eourir, c'est te précipiter.
ta bride est souvent bonne , et même il en faut une
À la plus sainte affection ; Son trop d'empressement la jkut rendre importune ; Et te pousser dans la distraction .