‹ Corneille et Gerson dans l'Imitation de Jésus-ChristChapitre 53 sur 107 · CHAPITRÉ X · texte numérisé non relu

CHAPITRÉ X

Qu*tl est doux de servir Dieu et de mépriser le

J'oserai donc eneor m'ètever jusqu'à toi\ Mon silence n'est plus un respect légitime >

Je ne puis me taire sans crime»

Je dois bénir mon Dieu , mon Seigneur et mot% Roi, J'irai jusqu'à ton trôné assiéger tes oreilles Du récit amoureux de tes hautes merveilles , J'en ferai retentir toute l'éternité > Et je veux qu'à jamais mes cantiques enseignent Quelles sont tes douceurs que ta bénignité

Ne montre qu'à ceux qui te craignent.

Mais que sera ces douceurs au prix de ces -trésors Qu'à totote heure tes mains prodiguent et réservent

Pour ceux qui ? aiment et te servent , Et qui du cœur entier te donnent les efforts* Ah! ces ravissements sans borne et sans exemple S'augmentent d'autant plus , que plus on te contemple , Nous n'avons rien en nous qui les puisse exprimer : Le cœur les goûte bien , et l'âme ies admire, Tout Vhomme les sent croître à force de? 'aimer ,

Mais la bouche ne les peut dire (4).

il m Mmmi

a NuncUerwn loquar, Domine, et non silebo; dicam in auribus Dei mei, Do mi ni mei, et Régis mei, qui est in excelso. O quant magna muJLtitudo dulcedinis tua; Domine, quam abscondisti timeniibus te!

b Sed quid es amantibus te! Quid toto eorde tibi servientïbus ! Vere, ineffabilis dulcedo cônlemplabionis tuœ> quam largiris amantibus te!

23A COftflJSILLB*

Tu ne te lasses point , Seigneur, de cet amour, Et j'en porte sur moi des marques infaillibles ,

Tes bontés incompréhensibles Bu néant où j'étois m'ont daigné mettre au jour : J'ai couru loin detoi vagabond et sans guide ; Pour un fragile bien j y ai quitté le solide , Et tu m'as rappelé de cet égarement ; Tu fais plus 9 pour f aimer tu m'ordonnes de vivre , Et joins d la douceur de ce commandement

La clarté qui montre à le suivre.

Que fais-je donc , Seigneur, alors que je te sers! J'apprends cette leçon de toute la nature ; .

L'hommage de la créature - N'est qUr'un tribut commun que te doit l'univers. La terre qui nous porte et qui nous sert de mère, I/air que nous respirons, le ciel qui nous éclaire. Ont ces ordres de toi qu'ils ne rompent. jamais. Et telle est ta bonté, tout pécheurs que nous sommes, Que par toi l'ange suit l'ordre où tu le soumets

Pour le ministère des hommes.

c C'est peu pour toi que l'air, et la terre et les deux Versent sur nous les dons de ta munificence :

Ces dons, annonçaient ta puissance ; Mais , dtun amour dwin effet prodigieux f Tu quittes, Roi des rois, ton sacré diadème, Tu descends jusqu'à nous de ton trône suprême,

c Ecce cœlum et terra, quœ in ministêrfum hominis creasti, prœslo sunt ..Et hoc pur um est... Transpendit hœc omnia , quod tu ipse homini seruire dignatus es, et te ipsum daturumeipromisisti.

Quid dabo tibi pro omnibus istis miltibus bonis! Xftlnam possem tibi servire cunctis diebus vitœ meœ! Utinam vel urro die dignum servitium exhibere sufficerem / Vert tu es dignité omni servitio, omni honore, et laude œterna.

Tu te revêts pour nous de nos infirmités ; Et nous fortifiant par ta sainte présence , Tu nous fais triompher de nos fragilités , Et te promets pour récompense.

Pour tant et tant de biens, que nepuis-je à mon tour Te servir dignement tout le temps de ma vie !

O que j'aurois Vdme ravie De le pouvoir 3 Seigneur, seulement un seul jour! Te servir à demi, c'est te faire une injure ,*. Et comme tes bontés n'ont jamais de mesure, R ne faut point de borne aux devoirs qu'on te rend* A toi toute louange , à toi gloire éternelle , A toi, Seigneur, est dû ce que, peut déplus grand

Le zèle d'une dme fidèle.

N'es-tu pas, 6 mon Dieu, mon Seigneur Souverain; Et moi ton serviteur, pauvre , lâche, fragile (2),

Dont tout Veffort est inutile , À moins d'avoir l'appui de ta divine main $ Je dois pourtant , je dois de toute ma puissance, Te louer, te servir, te rendre obéissance , Sans m'en lasser jamais , sans prendre autre souci: Viens donc à mon secours, bonté toute céleste,

Tu vois que je le veux ei le souhaite ainsi ; Farta faveur supplée au reste.

La pompe des honneurs dans son plus haut éclat N'a rien de comparable à cette servitude >

A cette glorieuse étude , Qui nous apprend de tout à faire peu d'état.

Mépriser tout pour toi, pour ce noble esclavage , Qui sous tes volontés enchaîne le courage , C'est se mettre au dessus des princes et des rois, Et l'ineffable excès des grâces que tu donnes A qui peut s'affermir dans cet illustre choix,

Faut mieux que toutes les couronnes.

Far des attraits éteins et toujours renaissants , Ton Scnnt Esprit se plato à consoler les âmes,

Dont Us pars* et saintes flammes Dédaignent pour f aimer tous les plaisirs des sens : Ces âmes qui pour toi prennent l'étroite voie , Qui n'ont point d'autre but, qui n'ont point d'autre joie, Y goûtent de l'esprit V entière liberté ; Leur retraite en vrais biens se voit toujours féconde , Et trouée un plein repos dans la digne fierté'

Qui leur fait négliger le monde.

à Miraculeux effet! bonheur prodigieux,

Qu'ainsi la liberté naisse de la contrainte (5) !

doux liens, ô douce étreinte !

O favorable poids du joug religieux !

Sainte captivité , qu'on te doit de louanges ! Tu rends dès icir-bas l'homme pareil aux anges, Tu le rends agréable aux yeux de son auteur, Tu le rends formidable à ces troupes rebelles , A ces noirs escadrons de l'ange séducteur,

Et louable à tous les fidèles.

O fers délicieux , st toujours à chérir,

Que de douceurs en vous sous un peu de vudesse!

O du Ciel infaillible adresse > Que tu rends ses trésors aisés à conquérir !

O jeûne , pauvreté > discipline , cttices , Amosireuses rigueurs, et triomphants supplices;

d O grata et jucunda Dei servitus, qua homo efficitur veraciter liber et sanctus. O sacer status religiosi famulatus ! qui hominem angeïis reddit œqualem, Deo placitam, dœmonibus terribilem, et cunctis fidelibus commendabilem l O ampledendum et semper optandum strvhium ! quo summum premeretur bonum, ctgaudium acquiritur sine fine mansurum.

IMITATION D* JV C. UV. HI, GH. X. 237

cloître, 6 saints travaux^, qu'il faut tout souhaiter : Vous qui donnez à l'âme uns joie assurée y Et qui Vasservissant , lui faites mériter Un Um d'étemelte durée.

Tout sort ici d'une âme pleine, et pressée du besoin de s'épancher : nous n'y ferons donc point un reproche au poète françois de s'étendre bien plus que Fauteur latin : chaque écrivain et chaque langue ont leur génie. Nous avons toutefois supprimé quelques strophes.

(1) Mais la bouche ne Us peut dire.

Nous ne saurions ntn plus assez exprimer notre admiration pour de semblables vers , où les ravissements et l'amour ne pouvant plus croître , retopabent en monosyllabes si simples , si touchants.

(2) Au Keu de fragile , on lit dans toutes les éditions le mot imhé cille, qui , dans le sens de foible , ne se dit plus.

(5) Son pouvoir malheureux ne sert qu'à le gêner, Et pour le rendre libre , fi le faut enchaîner,

a dit Boileau, de Hionmè esclave de ses passions.

238 COKNJULLS.

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