‹ Corneille et Gerson dans l'Imitation de Jésus-ChristChapitre 65 sur 107 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

Qu'il ne faut point avoir de curiosité pour les actions

d' autrui.

a Bannit , mon fils , de ton esprit La curiosité vagabonde et stérile;

Son empressement inutile Peut étouffer les soins de ce qui t'est prescrit :

Si tu n'as qu'une chose à faire , Qu'ont tel et tel succès qui f importe en effet 9 Préfère au superflu ce qui t'est nécessaire , Et suis moi sans penser à ce qu'un autre fait.

Qu'un tel soit humble , qu'il soit vain, Qu'U \ parle, qu'il agisse en telle ou telle sorte,

Encore une fois , que t'importe ï A%-je mis sa conduite ou sa langue en ta mainf

As-tu quelque part en sa honte 9 Répondras-tu pour lui de son peu de vertu f Ou si c'est pour toi seul que tu dois rendre compte, Quels que soient ses défauts , de quoi t'embrouilles-tuf

b Souviens-toi que du haut des deux Je perce d'un regard l'un et Vautre hémisphère 3

a Fili, noli esse curiosus , nec vacuas gerere sollicitudines. Quid koe pél illud ad te ? tu me sequere Quid te implicas ?

b Ego omnes cognosco, et eu ne ta quœ sub sole sunt video; etscio qualité r cum unoquoque sit, quid cogitet, quidvelit, et ad quem firieni tendàt ejus intentio. '

Mihi îgituromnia committenda sunt,tu vero serra te in bonapace, et dimitte agitante m agi tare, quantum voluerit.

IMITATION DE J. É. LIV. III, ÇH. XXm 29T

Et que le plue secret mystère.

N'a point d'obscurité qui le cache à mes yeux:

Rien n'échappe à ma connoissance , Je voie tout ce que font les méchants et les Saints , J'entends tout ce qu'on dit , je sais tout ce qu'on pense, Et jusqu'au fond des cœurs je lis tous les desseins.

Tu dois donc me remettre tout, Puisque tout sur la terre est présent à ma vue.

Que tout autre à son gré remue , Conserve en plein repos ton dme jusqu'au bout:

Quoi qu'il excite de tempête , Quelques lâches soucis qui puissent l>occuper, Tout ce qu'il fait et dit reviendra sur sa tête , M pour rusé qu'il soit , il ne me peut tromper.

c Ne eherche point l'éclat du nom, Ce qu'il a de brillant ne va jamais sans ombre :

Ne cherche en amis , ni le nombre , Ni les étroits liens d'une forte union :

Tout cela ne fait que distraire , Et ce peu qu'au dehors il jette de splendeur, Par la malignité d'un effort tout contraire, T'enfonce plus avant. le* ténèbres au cœur.

d Je t'entretiendrai volontiers , Je te veux bien instruire en ma savante école,

Jusqu'à l'expliquer ma parole , Jusqu'àt'enrévéler les secrets tout entiers;

Mais il faut que ta diligence ■ Sache bien observer les moments où je viens ,

c Non êit tibi curas de magni nominis umbra, non de multorum familiaritate , nec de privata hominum dilectione. Ista enim générant distractiones , et magnas in corde obscuritates.

à Libenier loquerer tibi perbum meum , et abscondila revelarem, si advcntum meum diligenter qbservares , et ostium cordis mihi aperiret.

Et qu'avec mes bontés ton cœur d'intelligence Ouvre soudain la porte d mes doux entretiens.

Ce chapitre contre la Curiosité vaine est remarquable : Gerson , en le composant , se souvint de son antipathie , naturelle dans un esprit ai occupé , contre les oisifs qui lui àvoient , pour leur part , fait quitter Paris où il étoit poursuivi , comme nous le verrons toutà-Pheure, de demandes indiscrètes. Aussi , avant Y Imitation de J.-C. , a-t-il composé une sorte de Traité Contra vanam Curiositatem y et souvent, dans ses lettres, il revient sur le 'même sujet: « Pourquoi vous «mbarrassez-vous ? » Quid te implicas ? dit-il au commencement de ce chapitre ; et cette phrase inachevée , il en complétée ainsi le sens dans une de ses lettres : « Pourquoi donc s'embarf asse-t-il de choses qui ne le regardent point ? » Cur se implicat talibus qucè ad jeipsum non pertinent ? (t. nr, p. 754, éd. Dupin.)

Voir aussi le dernier chap. du iv livre de Ylmit.

(1) De quoi t'embrouilles^tuS

La curiosité vagabonde et stérile , son empressement inutile et les soins dont elle s'embrouille peignent bien sa petitesse , que font ressortir encore ces beaux vers :

Souviens-toi que du haut des deux Je perce d'un regard Vun et Vautre hémisphère , etc.

Mais le reste est faiblement paraphrasé.

Ces derniers mots: Libenter loquerer tibi, si adventum meum diligenter observares 9 et ostium cordis

mihi aperires , ont inspiré à Févêque de Dijon quatre vers touchants que voici :

mon fils l que j'aurois de choses à t' apprendre Si toujours ton oreille étoit prête à m'entendre J Si je trouvois toujours , quand je frappe chez toi, La porte de ton cœur toute ouverte pour moi !

i" v..ii..i* . ,i : , ; i ,t '.,. , i r i . i.

m imi 1 ■»«*— «^ « I lmil.1» « ■> l i ■> I I 1 I ■ I ■ *» i»

Page 1