‹ Corneille et la musiqueChapitre 1 sur 3 · TOME SECOND · texte numérisé non relu

TOME SECOND

Vingt suites d’orchestre à cinq parties formant 300 pages de musique in-4« raisin avec une adaptation pour le piano.

Les deux volumes : 25 francs.

L’ESTHÉTIQUE MUSICALE. — DE LULLI A RAMEAU, un volume in-4 # couronne, sous couverture, de 200 pages, avec Table bibliographique.

Prix : 5 francs.

ierre Corneille ne s'est pas signalé jusqu’à présent à l’attention des musicographes. Tout ce que nous savons de ce grand homme ne nous engage guère à le considérer comme un mélomane. Les portraits les plus flatteurs nous le représentent comme un normand assez sec, entêté de ses idées, mauvais lecteur de ses propres œuvres, au demeurant brave homme, d’une piété d’honnête marguillier, et tout à fait capable de rester étranger à cette sensibilité un peu inquiète qui s’accorde bien avec la musique. 11 semble que le trait essentiel de ce caractère soit une probité paisible et tenace également hostile aux entraînements du cœur et de l’oreille.

On ne peut nier cependant que l’auteur du Cid se soit trouvé mêlé au mouvement musical de son temps. Ses œuvres le prouvent. Et comment aurait-il pu échapper aux influences d’un art qui tenait une si grande place dans tous les divertissements de son époque? Entre 1630 et 1670 un artiste favori de Richelieu, bien vu de Louis XIII, honoré par Louis XIV, un poète officiel comme le fut et voulut l’être Corneille ne saurait se refuser à suivre tout au moins de loin une passion qui entraîne la cour et le roi lui-même. C’est l’époque des grands ballets, des tentatives de Luigi Rossi, de Cavalli, de Cambert. La musique et le drame, depuis si longtemps désunis, se cherchent à nouveau, et vont croire s’être retrouvés dans l’opéra de Lully. Cette apparition du lyrisme au théâtre préoccupe tous les esprits vers 1650. L’exemple de l’Italie, la politique de Mazarin, le goût du jeune roi, et, quelques années plus tard, le nationalisme qui s’impose à l’art français, tout concourt à poser le problème d’une musique dramatique. De quel œil Corneille vit-il cette évolution, comment en subit-il les effets, et comment voulut-il s’y associer ? Ce sont là des questions que notre histoire littéraire néglige ordinairement, et qui semblent se poser tout naturellement dans une revue comme celle-ci.

Corneille nous a laissé un choix de poésies légères (1), composées en maintes circonstances, et dont beaucoup sont tout à fait propres à être mises en chant. Quelques-

(l) Elles se trouvent rassemblées dans le tome X des Œuvres complètes (Paris, Hachette, 1862. V

unes portent le nom de chanson et appellent manifestement la musique ; deux de ces airs ont même conservé le nom de leur compositeur : l’air de Blondel et l’air de Lambert. Le premier de ces musiciens n’a guère laissé de trace dans l’histoire ; il était chantre de la chapelle du roi et a publié des Motets chez Ballard en 1671. Michel Lambert fut, au contraire, une des gloires du xvn e siècle. Chanteur à la mode, compositeur fécond, beau-père de Lully, Lambert a trouvé grâce devant Boileau lui-même, qui le cite avec admiration dans son Repas ridicule. C’était un excellent artiste, sacrifiant comme tous ses contemporains à la mode des « doubles », mais luttant cependant contre l’inutile virtuosité. Partisan d’une déclamation précise, où devait prévaloir le sens des paroles, il fut considéré comme un réformateur de génie. Il est avec son collègue Boesset le seul dont les œuvres survécurent à l’opéra de 1670.

De toutes les poésies fugitives de Corneille (1) nous n’avons retrouvé d’autre musique que cet air de Lambert, composé en l’honneur de la Reine Marie-Thérèse, dont le mariage venait d’être célébré (1660) (Voir p. 7).

Le thème est aimable et nous le retrouvons dans la musique de M. Fauré. L’ensemble est un peu terne et d’une émotion incertaine qui convient à cette poésie. Car le sentiment n'est ici ni profond ni tumultueux, mais simplement galant et bien tourné. Toutes ces petites pièces lyriques de Corneille s’approchent quelques fois de la gaillardise, jamais de l'extase. Dans l’esprit de Corneille l’air à chanter évoque, semble-t-il, l’idée d’une pointe aimable et spirituelle. Pour lui, ce qui appelle la musique c’est l’heureuse disposition d’un esprit qui se joue et qui reste assez maître de soi pour raffiner ses propres sentiments. Le tour du vers et de l’expression musicale, voilà le principal en ces sortes d’ouvrages ; l’émoi lui-même importe peu. D’ailleurs,

(1) Nous citerons ici le premier vers de chacune d'elles afin de faciliter des recherches qui seront sans doute plus heureuses que les nôtres :

Après l’œil de Mélite il n’est rien d’admirable Bel astre à qui je dois mon estre et ma beauté.

Caliste, lorsque je vous voie.

C’est trop faire languir de si justes désirs

Depuis qu’un malheureux adieu

D’un accueil si flatteur il vaut mieux que j'espère

Je pense, à vous voir tant d’attraits.

je suis blessé profondément.

Je vous estime, Iris, et crois pouvoir sans crime.

Mes soupirs vous ont dit plus de cent fois le jour.

Quand je vois en Philis ta beauté sans seconde.

Que vous sert de me charmer.

Qu’on te flatte, qu’on te baise.

Si je perds bien des maîtresses.

Toi qui près d’un beau visage,

Toi dont la course journalière.

Vos beaux yeux sur ma franchise.

Vous aimez que je me range.

En outre et pour éviter les dépouillements inutiles, voici les listes des œuvres musicales que nous avons parcourues :

Jean Boyer, //' livre de Chansons , 1642. — L. Mollier. Chansons , 1640. — G. Michel, Recueil de Chansons , 1636-1656. — Denis Mace, Recueil de Chansons , 1643. — Chancy, II* livre d’Airs . — Boesset (tous les airs de cours qui se trouvent à la Bibliothèque nationale). — Ballard, Airs de différents auteurs, 1658 à 1694. — Labarre, Airs, 1669. —Recueils manuscrits :

Bib. Nat. Vm7 4.761 à 4.888 id. 6.135

Rés. Vm7 231 et 583.

Arsenal. 3.043 et 3.235 à 3.258.

Un recueil manuscrit en notre possession qui contient 300 airs de différents auteurs (Cambefort, Chancy, Boesset, Lambert, Gantez, Moulinié, Chastelet, Camus, Lefèvre, La Roche, Grenouillet, Vincent, Gobert, Dupré, Baccilly, Dumont, Lemoine, Hurel).

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