SCENE xm
Les Mêmes, JULIE.
lamperrière, vivement. Eh bien, mon enfant, as-tu vu le Cardinal?
julie. Oui, mon père... et il m'a parlé!
lamperrière. Il t'a parlé !. . . Tu as été plus heureuse que moi, c'est bon signe !
julie. D'abord il m'a fait approcher...
mon cœur battait avec violence!... mais j'étais calme, attentive et résolue !
lamperrière, à Rotrou. Elle a tout mon caractère, monsieur ! . . . Ensuite ?
julie. Mademoiselle, m'a-t-il dit en me regardant avec des yeux terribles. . .
lamperrière. Ah ! je les connais !
julie. Quelles sont les personnes que votre père reçoit?
lamperrière, effrayé. Que je reçois?...
Voilà la pierre d'achoppement!... Et qu'as-tu répondu ?
julie. J'hésitais... je craignais de faire une réponse imprudente...
lamperrière. Bien!... Elle est pleine de tact!
julie, d'une voix grave. Songez que Dieu défend le mensonge !
lamperrière. A dit le Cardinal?
julie. Monseigneur, ma mère me l'avait appris avant vous !
lamperrière, avecjoie. Très-bien!... Elle est pleine d'esprit !
JULIE, changeant sa voix aux questions et aux réponses. Connaissez-vous un monsieur de Châlons? — Oui, monseigneur. — Votre père le voit souvent ? — Les dimanches, à nos réunions intimes. — De quoi parle-t-il? — Mais de poésie... de littérature espagnole.
lamperrière, vivement. Aïe!
julie. L'Espagne!... il aime beaucoup ce pays-là!... — Je le crois, monseigneur, car il en parle avec enthousiasme !
lamperrière. Aïe... aïe... aïe!
julie. Et votre père, que fait-il pendant ces entretiens ?— Monseigneur, le plus souvent, il dort !
lamperrière, enchanté. Très-bien!...
Oh! l'admirable réponse! Après, mon enfant, après ? Monseigneur t'a-t-il questionné sur nos autres amis?
julie. Je lui ai nommé tous ceux que nous recevons.