‹ Corneille et son temps: étude littéraireChapitre 16 sur 31 · PENDANT LA FRONDE · texte numérisé non relu

PENDANT LA FRONDE

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Document communiqué à l'Académie de Rouen, par M. Floquet^ dans là séance du 18 novembre 1836.

Comme je compulsais, il y a quelque temps, un registre du Parlement de Normandie, le nom de Corneille étant venu tout à coup frapper mes yeux, je me demandai s'il s'agissait du grand poète dont la gloire nous est si chère. Ce registre appartient à l'époque de la Fronde ; il est de l'année i 650 ; c'est sous la date du 4 9 février que se trouve cité le nom de Corneille. Depuis un mois, les princes de Condé et de Conti, et le duc de Longueville, leur beau-frère^ étaient prisonniers. La Reine-Mère, Louis XIV âgé de dodze ans, le cardinal Mazarin et toute la cour étaient venus à Rouen, d'où la duchesse dé Longueville s'était enfuie à leur approche, pour aller tenter à Dieppe une levée de boucliers qui ne lui réussit guère. Venue en Normandie pour déjouer les desseins de cette princesse intrépide et remuante, la cour ne pouvait oublier tout ce que le duc de Longueville et ses partisans avaient fait. Tannée précédente, à Rouen et dans la province, leurs menées, leur rébeHion, leurs levées d'hommes contre le roi enfermé et comme assiégé dans le château de Saint-Germain. Aussi, après avoir sévi contre le prince, elle n'épargna point ses créatures.

Sans parler ici du marquis de Beuvron et de son lieutenaQt La Fontaine-du-Pin, qui furent expulsés du Vieux-Palais , de M. de Montenay, conseiller au Parlement, allié aux Longueville, qui fut dépouillé de sa charge de capitaine des bourgeois, et pour me borner à ce qui fait l'objet de celte notice, la place de procureur-

syndic des États de Normandie était alors remplie par Baudry, l'un des avocats les plus doctes et les plus éloquents du Parlement de Rouen; il y avait dix-sept ans qu'il occupait cette charge, à la satisfaction de ses concitoyens dont il avait gagné la confiance par son zèle constant à défendre leurs intérêts ; mais, avocat du duc de Longueville, et fort attaché à sa personne, comme il s'était signalé à Rouen, en 4649, parmi ses partisans les plus exaltés, il devait avoir sa part des rigueurs de la cour. On vit donc, le 19 février, Saintot, ce maître des cérémonies si souvent nommé dans l'histoire, venir au palais avec des ordres du roi. Introduit dans la Grand'-Chambre, il salua le Parlement qui , le registre en fait foi, lui rendit son salut et le fit asseoir, plus obligeant, en cela, à l'égard de cet officier, que ce premier président du Parlement de Paris qui, impatienté un jour , dans un lit de justice, de le voir se démener et s'agiter, avait répondu à ses salutations profondes et réitérées, par ces paroles écrasantes : « Saintott la cour ne reçoit pas vos civilités, » Saintot présenta à Messieurs de la Grand'- Chambre une lettre de cachet qui lui avait été remise par le roi, et dont voici la teneur :

«• De par le Roy,

0 Nos amez et féaux, ayant, pour des considérations importantes « à notre service, destitué le sieur Bauldry de la charge de pro- « cureur des Estatz de Normandie, nous avons, en mesme temps, « commis à icelle le sieur de Corneille, pour l'exercer et en faire « les fonctions jusques à ce qu'aux premiers Estatz il y soit « pourveu. Sur quoy, nous vous avQns bien voulu faire celle « lettre, de l'advis de la Reyne régente, nostre très-honorée dame « et mère , pour vous en informer. Et n'estant la présente pour « un autre subjet, nous ne vous la ferons plus longue.

« Donné à Rouen, le dix-septième jour de febvrier 1650.

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