‹ Corneille et son temps: étude littéraireChapitre 23 sur 31 · EN 465 « ET · texte numérisé non relu

EN 465 « ET

Le savant M. Deville a découvert à Rouen , en 4 840 , un fait et un manuscrit pleins d*iutérét pour la vie de Corneille. Je reproduis ici sa découverte dans les termes mêmes dans lesquels il Ta racontée, en 4841, à l'Académie de Rouen :

« On sait que Pierre Corneille est né à Rouen, rue de la Pie, dans la maison paternelle , et que cette maison dépendait de la paroisse de Saint-Sauveur, dontl'g lise, qui occ upait une partie du Vieux-Marché , a complètement disparu. Ayant eu occasion d'examiner les anciens registres de cette paroisse, aux archives du département; où ils furent transportés à la révolution, j'ai été assez heureux pour acquérir la preuve que la famille de Pierre Corneille, et lui-même, n'avaient pas été étrangers à l'administration de cette paroisse, et que des témoignages, écrits de leur main, en subsistaient sur ces registres.... En suivant la trace de ce glorieux nom sur un de ces énormes volumes in-folio , revêtu encore de sa vieille couverture en veau, et qui renferme les comptes de la paroisse de Saint-Sauveur, à partir de l'année 4622 jusqu'à l'année 4653, inclusivement, quelle fut notre surprise et notre joie de reconnaître, au compte de 4654-4652, l'écriture de Corneille lui-même, remplissant trente-trois pages entières ! Tout était de sa main. C'était l'état des recettes et dépenses de la paroisse que Pierre Corneille présentait, comme trésorier en charge, à ses confrères. Le libellé de ce compte, écrit de sa main comme tout le reste, est ainsi conçu :

€ Compte et estât de la reoepte mise et despense que Pierre Corneille, escuyer, cy-devant avocat de Sa Majesté aux sièges généraux de la Table de Marbre du Palais k Rouen, trésorier en oharge de la paroisse de Saint*Sauveur dudit Ronen, a faite des rentes, revenus et déniera appartenants à ladicte Église, et ce pour Tannée commençant à Pasques 4 654, et finissant h pareil jour 4652, par luy présenté à Messieurs les curé et trésoriers de la dicte paroisse, à ce qu$ pour sa décharge il aoit procédé à Texamen dudict compte et clausion d'icelui. »

Suit le compte détaillé de la recette d'abord, puis de la dépense, par chapitres, en \ 82 articles, avec les sommes sorties en marge, le tout écrit avec beaucoup de netteté, et classé dans un ordre remarquable.... A la suite du compte rendu par Pierre Corneille, est inscrit au registre, sous la date du lundi 1«' avril 1652,, le quitus qui lui est délivré par le curé et les trésoriers de la paroisse; ce quitus est signé par ceux-ci et par Pierre Corneille lui-même.

« Ces trente-trois pages in-folio, écrites tout entières de la main de ce grand homme, sont, malgré le peu d'intérêt de la matière, un monument bien précieux pour la ville de Rouen. L'écriture de Corneille est de la plus excessive rareté. C'est la même année que Corneille écrivait, et peut-être avec la même plume qui avait tracé le compte de sa paroisse, son admirable tragédie de Nicomède. I! n'y a pas à douter qu'il ne l'ait composée à Rouen. »

« Le séjour prolongé de Corneille dans sa ville natale, contrairement à l'opinion géitcralement accréditée , se trouve confirmé par nos registres de^Saint-Sauveur. Sa signature y figure dans les années 1648, 1649, 1651 , 1652, et témoigne de sa présence à Rouen. Nous l'y retrouvons presque sans discontinuité jusqu'en 1662, époque où son dernier biographe, M. Taschereau, suppose avec raison qu'il quitta Rouen pour aller se fixer à Paris. A partir de 1662, son nom ne reparaît plus.... »

« A la suite du compte présenté par Corneille aux trésoriers de sa paroisse, ou lit dans le registre, sous la date du 1*' avril 1652, la note suivante :

— « ÏI a esté donné par le sieur Corneille, au trésor de la dicte église, un drap de veloux (velours) noir mortuaire pour lequel Mademoiselle sa mère a contribué de la somme de cent livres qu'elle a donnée au dict trésor, parce que le diçt siçur Corneille

aura la facullé de s'en servir pour eux et sa famille et domestiques, sans pour ce payer aucune chose. » —

« Ce don prouve que Corneille avait, à cette époque, Tintenlioa de vivre et de mourir k Rouen. Il en fut autrement. Le drap mortuaire de velours noir de Téglise de Saint-Sauveur ne couvrit pas les restes du grand poêle; 3aint-Roch,àParis, devait voir ses funérailles. »

{Note biographique sur Pierre Corneille, par M. A. Deville, dans le Précis des Iraoaux de l'Aoïdétni^ royale de Rouen pour F année 4840, p. 276 -283.)

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