CHAPELAIN - ROTROU — 8CARR0N
Poète et critique à la fois, poëte admiré de son temps, du moins jusqu'à l'impression de la Pucelle, critique réyéré de ses contemporains, même après sa mort, Chapelain est le fidèle représentant du goût d'un temps dont il fut Foracle, En cessant d'admirer ses Ters, on ne leur reprocha point d'avoir démenti ses •principes, et son autorité dans le monde lettré ne perdit rien à la défaveur où tombèrent ses vers. C'est donc là qu'il faut chercher ce que le XVII* siècle naissant savait et pensait sur l'art poétique 5 et comme juge de Corneille et prédécesseur de Boileau, Chapelain est digne d'attention.
Jean Chapelain naquit le 4 ou le 5 décembre 1595, d'un notaire de Paris. La profession de son père aurait
convenu à son caractère paisible et prudent, à son esprit doux, rangé et réglé ; mais a si son astre, en naissant,» ne Tavait pas «formé poëte,» du moins était-il prédestiné à faire des vers. La mère de Chapelain était fille de Michel Corbière, ami de Ronsard ; sa jeunesse avait été frappée et son imagination était encore occupée de la gloire du a prince des poêles; » elle ambitionna la même gloire pour un fils dont Tesprit flattait les espérances de son orgueil maternel; et si elle se contenta de souhaiter à son fils le sort de Ronsard, sans y comprendre son talent, ses vœux furent comblés au-delà de ce qu'elle osait désirer. Chapelain, «roi des auteurs * » tant qu1l a vécu, célèbre depuis sa mort comme le modèle des poètes illisibles, semble, en fils soumis, avoir pris à tâche d'accomplir la destinée que lui avait prescrite sa mère. Ses études furent conformes à la carrière pour laquelle on le préparait; il eut entre autres pour maître Nicolas Bourbon, célèbre poëte latin de ce temps, qui avait, pour les vers français, un tel mépris que, lorsqu'il en lisait, il lui semblait, disait-il, qu'il buvait de Teau, ce qui était pour lui la pire des injures.* Chargé ensuite de l'édu-
* Comme roi des auteurs qu'on Télève à Teropire.
(BOILEAU^ Sot, IX, V* 219.)
t Avec soD goût pour le bon vin et la bonne chère» Nicolas Bourbon était avare; outre son avarice, ii était tourmenté par de continuelles insomnies ; et de ces trois dispositions combinées résultait
cation des deux fils du marquis de La Trousse, Chapelain employa les dix-sept années que dura cette éducation à étudier la poétique, du moins ce qu'on. en savait alors. Une plaisanterie désagréable le confirma dans ses goûts purement littéraires. Le marquis de la Trousse, prévôt de l'hôtel, lui avait donné, soit avant, soit pendant l'éducation de ses enfants, une charge (Marcher de la prévôté : cette charge conférait' le droit, ou Tobligation de porter Tépée, et Tépée convenait peu au caractère de Chapelain; les gens de lettres, alors, ne se croyaient pas obligés à la bravoure, et, de tous les hommes de lettres, Chapelain était le
une infirmité singulière, c*est qu'une invitation à dîner, faite d^avance, lui causait une agitation qui Tempêchait de dormir, en sorte qu'il fallait avoir soin de ne renvoyer prier que le jour même.
(Menagiana, t. I, p. 315.) ' Une ancienne copie manuscrite du Chapelain décoiffé, parodie bien connue de la scène du Cid^ contient ces vers cités dans le Menagiana, et qu'on a changés depuis :
Tout beau I j'étois archer, la chose n'est pas feiote ; Mais J'étois un archer à la casaque peinte : Mon^uste-au-corps «le pouqire et mon bonnet fourré Sont encor les atours dont Je me suis paré ; Hoqueton diapré de mon maître La Trousse^ Je le sttivois à pied quand il marchoit en housse,