ERGASTE
La loy de Mahomet, par une charge expresse, Enjoint ces sentiments d'amour et de tendresse Que le sang justifie et semble autoriser ; Mais le temps les pourra démahomcliscr.
Ils appellent titbalch cette ardeur fraternelle, Ou boram, qui veut dire intime et mutuelle.
Celte impudence d'un valet fourbe est tout-à-fait dans le genre du Scapin de Molière* L'idée de la scène de
KL Jourdain se retrouve dans celle où Ergaste^ ce valet dont on commence à découvrir les menteries, appelle^ en témoignage de la vérité de tout ce qu'il a dit^ un jeune homme qui, élevé à Constantlnople, ne sait pas d'autre langue que le véritable turc.
Il D*entend pa& la langue et ne peut te répondre ,
dit Anselme, a Je lui parlerai turc », dit Ergaste, et il commence à débiter son prétendu turc; le jeune homme, qui n'y entend rien, exprime son embarras dans des réponses qu'Anselme n'entend pas davantage, mais qu'Ergaste ne manque pas de lui expliquer de la manière la plus satisfaisante. Une de ces. réponses ne contient que deux seuls mots, vare-hece; Ergaste prétend y trouver le sens d'une longue phrase, dont il a besoin pour terminer la conversation.
T'en a-t-il pu tant dire en si peu de propos ?
lui demande Anselme.
Oui, le langage turc dit beaucoup en deux mots,
répond Ergaste*. Le vare-hece est ici clairement le belmm de Molière»
* La Sœur, acte HI, scène Y.
* CliANTE.
Bel-merié
COYIELLE.
Il a dit que vous alliez vite avec lui vous préparer pour la cérémonie, afin de yviv ensuite vôtre fille, et de conclure le mariage.
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L'auteur de lu Sfétromanie pourraîl aussi devoir quelque chose à la scène où la femme d'Anselme, revenue de Constantînople, et înstniHe, avant d'avoir TU son mari, de Tamour de son fits, promet de le favoriser, en feJgnant de reconnaître pour sa fille celle que Lélîe a fait passer pour sa sœur. En effet, lorsqu'on lui présente cette jeune personne, ses transports ont une telle vérité que Lélie et son valet, surpris du talent avec lequel elle exécute son rôle, lui font à peu près les mêmes compliments que Francaleu à Baliveau, dans la Méiromanie :
Je n'en fais point le fin , j'en prendrois des leçons ',
dit Ergaste, et Constance ne fait cesser leur admiration
If. JOURDAIN.
Tant de choses en deux mots ?
GOYIELLG.
Oui, la langue turque est comme cela, elle dit beaucoup en peu de paroles. {Bourgeois Cent., sicie IV, scène YJ.)
* Acte IV, scône V.
Francaleu, transporté de même de Texpression de surprise qui s'est manifestée sur le visage de Baliveau, à la rencontre inattendue de son neveu, dit à Damis :
Monsieur l'homme accompli, qui du moins croyez Pélrc, Prenez, prenez leçon^ car roilà votre maître.
{Acte m, teène 17.)
Mais dans la Métr ornante ^ V effet, préparé d'avance par la connaissance qu'on a donnée au spectateur de la situation respective des personnages, est bien plus entier et bien plus comique.
qu'en leur apprenant que ses transports et son étonnement étaient véritables, et que sa fille, qu'elle croyait perdue, se retrouve en effet dans la femme de Lélie. L'auteur, on le pense bien, ne manque pas d'une nouvelle machine de roman pour remettre^ les choses en ordre, et éviter à Lélie le malheur d'un amour et d'un mariage incestueux. L'intrigue de cette pièce est aussi mauvaise que les détails en sont quelquefois plaisans; mais il est difficile de croire que ces détails appartiennent en propre à l'auteur de la Célimène, de la Céliane j de la Clorinde et de tant d'autres froids ouvrages.
Rolrou se montrait constamment plus heureux dans ses imitations que dans ses pièces originales. Il avait le bon esprit de chercher quelquefois chez les anciens des modèles, dont il sentait du moins le mérite s'il ne concevait pas encore tout le parti qu'en pouvaient tirer des génies supérieurs au sien. Je ne répondrais pas qu'il fût toujours remonté à ces modèles mêmes : il est difficile de croire à l'érudition classique d'un homme qui, ddins Iphigénie en Aulide, nous fait voir Ulysse et Achille s'appelant en duel * , et dont les autres ouvrages don-