‹ Corneille et son temps: étude littéraireChapitre 3 sur 31 · PRÉFACE. T · texte numérisé non relu

PRÉFACE. T

bien peindre pour le faire admirer. Ils ressentaient, pour l'objet de leur travail, un amour pur de toute autre pensée, et un amour sérieux autant que pur, car en même temps qu'ils ne prétendaient point à régir les sociétés en écrivant, ils aspiraient à tout autre chose qu'à divertir les hommes; un amusement frivole et mondain était aussi loin de leur dessein qu'une propagande superbe ou détournée; modestes et fiers à la fois, ils ne demandaient aux Lettres, pour le public comme pour eux-mêmes, que des jouissances intellectuelles; mais ils portaient et ils provoquaient, dans ces jouissances, un sentiment profond et presque grave, se croyant appelés à élever les âmes en les charmant par le spectacle du beau, non à les distraire un moment de leur oisiveté ou de leur ennui.

Non-seulement c'est là le grand côté de la littérature du dix-septième siècle, mais c'est par là que le dix-septif me siècle a été un siècle essentiellement et supérieurement littéraire. Les Muses, pour parler le langage classique, sont des divinités jalouses; elles veulent régner et non servir, être adorées et non employées, et elles ne livrent tous leurs trésors qu'a ceux qui ne les recherchent que pour en jouir, non pour les dépenser à des usages étrangers. Ce fut aussi par là que le Journal des Débals devint, il y a

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