‹ Corneille et son tempsChapitre 23 sur 63 · ERGASTE · texte numérisé non relu

ERGASTE

La loy de Mahomet, par une charge expresse,

Enjoint ces sentiments d’amour et de tendresse Que le sang justifie et semble autoriser;

Mais le temps les pourra démahométiser.

Ils appellent tubalch cette ardeur fraternelle ,

Ou boram, qui veut dire intime et mutuelle.

Cette impudence d’un valet fourbe est tout-à-fait dans le genre du Scapin de Molière. L’idée de la scène de

378 ROTROU (JEAN)

M. Jourdain se retrouve dans celle où Ergaste, ce valet dont on commence à découvrir les menteries, appelle, en témoignage de la vérité de tout ce qu’il a dit, un jeune homme qui, élevé à Constantinople, ne sait pas d’autre langue que le véritable turc.

Il n'entend pas la langue et ne peut te répondre ,

•dit Anselme. « Je lui parlerai turc », dit Ergaste, et il commence à débiterson prétendu turc; le jeune homme, qui n’y entend rien, exprime son embarras dans des réponses qu’Anselme n’entend pas davantage, mais qu’Ergaste ne manque pas de lui expliquer de la manière la plus satisfaisante. Une de ces réponses ne contient que deux seuls mots, vare-hece ; Ergaste prétend y trouver le sens d’une longue phrase, dont il a besoin pour terminer la conversation.

T’en a-t-il pu tant dire en si peu de propos ?

lui demande Anselme.

Oui, le langage turc dit beaucoup en deux mots,

répond Ergaste*. Le vare-hece est ici clairement le helmen de Molière*

I La Sœur, acte 111, scène V.

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