‹ Corneille: études sur le théâtre classiqueChapitre 3 sur 134 · VI AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

VI AVANT-PROPOS

spéciales d'histoire ou d'érudition auxquelles certaines pièces — pour ne pas dire toutes — peuvent donner lieu. On les a rencontrées, quelquefois, dans le développement même du plan que l'on s'était tracé : on ne les a jamais posées ni traitées pour elles-mêmes. Non pas qu'on les considère comme offrant en ellesmêmes peu d'intérêt : mais on les a regardées comme indifférentes, le plus souvent, à l'appréciation proprement dite d'une œuvre dramatique. Quand même la légende du Cid ne serait tout entière qu'une fiction, on ne contestera jamais à Corneille le droit qu'il avait de s^en servir, ou même, s'il l'eût fallu, de la créer. Ce qu'a été le Cid dans l'histoire véritable, la pièce de Corneille peut nous inspirer la curiosité de le savoir, mais le mieux est peut-être de l'oublier quand on se trouve, au théâtre, en présence de cette pièce. Et un tableau fidèle des mœurs espagnoles au xi e siècle peut présenter, même au point de vue littéraire, s'il est pîtrtoresque et animé, un très vif attrait, mais ce sera là un genre d'intérêt tout à fait indépendant de celui que nous offre le Cid de Corneille. — Quand il serait prouvé que le fait d'une conjuration de Cinna contre Auguste doit être rejeté par l'histoire, la tragédie de Corneille, si elle est bien faite comme pièce de théâtre, n'en serait aucunement diminuée dans sa valeur. — D'une manière générale, le poète dramatique étant libre de créer, s'il le veut, son sujet, qu'importe que le sujet choisi par lui réponde plus ou moins exactement à la réalité de l'histoire ? L'essentiel est qu'il ait su nous l'imposer par la beauté du drame qu'il en a tiré.

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