‹ Corneille: études sur le théâtre classiqueChapitre 4 sur 134 · AVANT-PROPOS VII · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS VII

On n'est donc jamais remonté, dans ces études, au delà des sources, directes de Corneille. Voir comment le Cid a été imité d'une pièce de Guilhem de Castro, comment les tragédies d'Horace ou de Cinna sont sorties de quelques passages de Tite-Live ou de Sénèque, ce sont là des rapprochements qui ont en eux-mêmes un intérêt littéraire incontestable, puisqu'ils permettent de suivre, en quelque sorte, le travail d'invention du poète et la manière dont il a construit sa pièce ; mais quant à savoir ce qu'il y a de vérité historique bien authentique derrière le drame de Guilhem de Castro, la légende de Tite-Live ou le récit de Sénèque, la question n'a plus aucun rapport direct avec les piècesmêmes de Corneille, et elle peut, dès lors, être laissée de côté. Cette question même de l'invention propre du poète, on ne Fa jamais mise au premier rang : on l'a toujours regardée comme subordonnée à celle de la valeur même du drame, puisqu'après tout c'est la beauté seule de l'œuvre qui fait que l'on s'intéresse à l'effort de création accompli par le poète.

On a donc fait passer, avant tout, pour chaque pièce, l'étude de Yaction et des personnages, — en réservant, quand il y avait lieu, pour les discuter à part, certaines questions générales portant sur l'ensemble du drame et sur l'harmonie, parfois contestée (1), de ses divers éléments.

Du reste, dans ce cadre ainsi tracé, on ne s'est point imposé, partout, la rigueur uniforme d'un même

(1) Comme pour Cinna.

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plan. On n'a point étudié de la même manière Yaction pour toutes les pièces. On a chaque fois adopté l'ordre qui paraissait le plus favorable pour la discussion méthodique des ^questions particulières à chaque pièce, tout en permettant le mieux d'éviter certaines redites, — car il était naturel que l'on retrouvât certaines questions plus d'une fois à différents points de vue. C'est ainsi qu'une étude complète du dénouement n'aurait guère pu, en général, trouver place dans le chapitre sur l'action^ sans anticiper sur celui des personnages.

Dans cette étude des personnages, on s'est attaché souvent à suivre de près, à travers la pièce, le développement d'un rôle, quand il s'agissait d'en mieux faire sentir la savante gradation répondant, pour certains personnages (1), au progrès même des situations qu'ils traversent : c'est là, en effet, dans cet art de présenter et de développer un rôle, — plus peut-être que dans la conception même du personnage, — que se montre particulièrement le génie du poète dramatique.

A propos des personnages comme du reste, on a eu pour principe de n'avancer aucune idée qui ne se trouvât confirmée par quelque passage de la pièce, et Ton a eu soin de rappeler chaque fois en note la scène ou plus particulièrement les vers que Ton avait en vue, au risque même d'avoir à les rappeler plus d'une fois, pour des motifs différents, à des intervalles assez rapprochés. Pour ne pas surcharger ces notes, on s'est

(1) Par exemple Chimène, Polyeucte, Pauline.

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