‹ Corneille: études sur le théâtre classiqueChapitre 33 sur 134 · CORNEILLE ET TITE-LIVB · texte numérisé non relu

CORNEILLE ET TITE-LIVB

peine d'indiquer (i) : analyser pour mieux approfondir.

Sur quels personnages portera cette analyse ? — Tite-Live* ne fournissait guère que des noms, avec quelques actions^. quelques paroles significatives. Corneille avait à composer des caractères. Il commence par choisir parmi les personnages* qui figurent dans le récit de Tite-Live. Il y a trois Horaces : Corneille n'en garde qu'un, pour dessiner fortement son caractère; les autres n'en seraient que des* doublures superflues, s'ils lui étaient semblables, — ils attireraient inutilement^ notre attention et dérangeraient notre impression, s'ils étaient différents. Et celui qu'il gardera est indiqué d'avance : c'est le vainqueur, le seul qui survive, le seul qui puisse figurer, d'un bout à l'autre, dans la pièce.— Il ne retiendra, de même, qu'un seul Curiace, le seul qui nous intéresse ici, le seul qui puisse avoir une part réelle dans l'action telle que Corneille l'a conçue : le fiancé de Camille. A côté de ces deux personnages prennent place naturellement Camille, la victime du quatrième acte, — et le vieil Horace qui reste, comme dans Tite- Live, le défenseur de son fils après le meurtre de Camille, mais dont Corneille développe largement le rôle antérieur. Enfin, à ces personnages qui figuraient dans Tite-Live, Corneille en ajoute un nouveau, tout de son invention : Sabine, dont il fait la sœur de Curiace et la femme d'Horace.

On a ainsi tous les personnages essentiels de sa pièce. Et, dès lors, il suffit d'intercaler, dans la série des divers incidents précédemment indiqués, le développement des sentiments auquel chacun d'eux donne lieu pour les différents personnages : on aura sous les yeux toute la tragédie de Corneille.

1°. — Le fait initial : les deux armées en présence sous les mursdeRome pour une bataille décisive. Il sert de point de départ et d'occasion à l'exposition : Sabine nous indique l'état de son âme au moment de cette bataille, et par là même nous fait connaître naturellement les liens qui unissent Albe et Rome,, en même temps que les relations de famille entre les Horaces-

{!) En 1G37.

et les Curiaces.— Une scène entre Camille et la confidente Julie complète cette exposition au point de vue particulier de l'amour de Camille.

T.— Nouvelle, apportée par Curiace à Camille, de la paix et de la convention conclues entre les deux villes : joie de

ie Curiace (1, 3).

Tace a été choisi comme champion de Rome : Cu-

'élicite; développement des sentiments provoqués

ouvelle chez les deux personnages (II, 1).

ri ace, apprend qu'il est désigné comme champion

î) : effet produit par la connaissance complète du

ix :

uriace et sur Horace (II, 3) ;

imille : ses efforts pour retenir Curiace (II, 4, 5) ;

.bine : ses efforts pour attendrir Horace et Curiace

t Curiace partent ensuite pour se rendre snr le «taille (II, 7, 8); Sabine, retenue dans la maison, ouvellesdu combat : développement des sentiments son cœur dans cette attente (III, t).

nivelle apportée par Julie (III, 2}: les deux armées tinées pour empêcher le combat ; on a décidé de i volonté des dieux : développement des sentiment par cette péripétie chez Sabine et chez Camille (III,

i dieux ont ordonné le combat : le vieil Horace en apporte lanouvelle à Sabine et à Camille îétat de son âme (III, 5).

7» — Nouvelle de la fuite d'Horace, apportée par Julie : effet de cette nouvelle sur le vieil Horace (III, 6; —IV, 1).

8'. — Le vieil Horace apprend la victoire définitive de son fils : sa joie ; consolations qu'il adresse à Camille ; sentiments de Camille (III, 2. 3, 4|.

9°. —Camille en présence d'Horace qui revient du combat : meurtre de Camille (IV, 5).

10°. — Conséquences de ce meurtre pour le jeune Horace : son jugement ; il est acquitté [V° acte).

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