I.A LINGERE
De tout loin je vous ai reconnue.
FLORICE
Vous vous cloutez donc bien pourquoi je suis venue! Les avez-vous reçus, ces points coupés nouveaux?
LA LINGE RE
Ils viennent d'arriver.
ELORICE
Voj'ons donc les plus beaux.
LA LIXGÈRE
KIi bien! qu'en dites-vous?
FLORICE
J'en suis toute ravie.
Et n'ai rien encor vu de pareil en ma vie. Vous aurez notre argent, si l'on croit mon rapport. Que celui-ci me semble et délicat et fort! Que cet autre me plaît! que j'en aime l'ouvrage ! Montrez-m'en cependant quelqu'un à mon usage.
LA LIXGÈRE
Voici de quoi vous taire un assez beau collet.
FLORICE
Je pense, en vérité, qu'il ne serait pas laid ; Que me coùtera-l-il ?
LA LINGÈRE
Allez, faites-moi vendre Et pour l'amour de vous je n'en voudrai rien prendre Mais avisez alors à me récompenser.
LE MAITRE HE MuLIERE. 12;)
FLORICE
L'offre n'est pas mauvaise et vaut bien y penser. Vous me verrez demain avecque ma maîtresse.
Florice n'est pas seule. Elle est accompagnée d'un personnage nommé Aronte qui, clans la liste placée au-devant de la pièce, est qualifié écnijer. Il en est un peu de ces écuyers comme des suivantes dans le théâtre comique de Corneille. Leur fonction est loin d'être nettement définie. Ils sont moins, beaucoup moins que des confidents, sans tomber toutefois dans un rang entièrement inférieur. Cet Aronte, qui a ses motifs pour se maintenir en bons termes avec Florice, veut lui faire un petit présent avant de quitter la Galerie, et jette un coup d'œil sur la boutique du mercier. Par malheur, celle-ci ne lui offre rien qui le séduise et il passe dédaigneusement. La lingère, nous l'avons vu, ne brille pas précisément par une humeur charitable. La déconvenue de son voisin la réjouit fort. Elle en triomphe indiscrètement, et la querelle, un instant interrompue, recommence.
Ainsi, faute d'avoir de bonne marchandise.
Des hommes comme vous perdent leur chalandise.