DIXIÈME LETTRE
Ma chere Cornélie,
Les grammaires, même les plus simples, ont le tort d'enseigner la syntaxe latine en tenant trop g orand compte de la syntaxe française et des manières de parler propres à notre langue, qu'on appelle gallicismes. Ainsi l’on nous apprend que “ le livre de Pierre” se dit Ziber Petri, mais que “la ville de Rome” se dit wrbs Roma, parce que de, lorsqu'il signifie “ qui s'appelle,” ne se rend pas en latin. C’est bon pour les écoliers qui doivent faire des thèmes ; mais vous, qui devez seulement lire et traduire, je ne crois pas qu’il vous vienne à l'esprit de rendre wrbs Roma par “la ville Rome” ; vous savez trop bien le français pour cela. Vous ne feriez pas non plus comme ce candidat au baccalauréat qui, ayant à traduire rex Prusias — vous savez, ce Prusias roi de Bithynie.qui joue un si triste rôle dans le Micomède de Corneille écrivit bravement: “le roi de Prusse.” Il n’y a que les garçons pour commettre de ces étourderies-là !