UN PRÉCEPTE DE JUVÉNAL
imperio naturae, nous gémissons par ordre de la nature ; cum occurrit, lorsque se présente (à nous); funus virginis adultae, le convoi d’une vierge adulte ; vel infans clauditur terra, où qu’un enfant est enfermé dans la terre ; et minor igne rogi, et trop petit pour le feu du Lûcher (à Rome, les tout jeunes enfants étaient inhumés, jamais incinérés).
“ La nature, par le don des larmes, témoigne qu'elle a doué le genre humain d’un cœur compatissant ; c’est la meilleure part de nous-mêmes . . . C'est par ordre de la nature que nous gémissons lorsque nous rencontrons le convoi funèbre d’une jeune fille adulte, on quand la terre reçoit le corps d’un enfant trop petit pour le bûcher.”
Je ne vous ai rien dit des grandes colères de Juvénal, dont les éclats semblent aujourd’hui un peu factices; mais voici un conseil de conduite qu'il nous donne et dont je ne voudrais pas vous priver
Summum crede nefas animam praeferre pudori Et propter vitam vivendi perdere causas.1
Crede nefas summum, crois (que c’est) le crime (limpiété) suprème ; praeferre animam pudori, de préférer la vie (anima, vie; animus, âme) à l’honneur (pudor, à la fois honneur et pudeur, le souci de la dignité chez l’homme comme chez la femme); et perdere propter vitam, et de
1 Juvénal, Satires, vi. 83-84.
perdre pour (l'amour de) la vie ; cœusas vivendi, les raisons de vivre.
“ Regarde comme le crime suprème de préférer l'existence à l'honneur et de renoncer, pour vivre, aux biens qui font le prix de la vie.”
Remarquez cette belle expression concise: vivendi perdere causas, intraduisible littéralement dans une langue moderne. La sagesse romaine perd la moitié de sa force persuasive pour qui n’en reçoit pas directement les leçons.
Mais il est temps de finir :
Et jam tempus equim fumantia solvere colla.
“IL est temps de délivrer (du joug) le col fumant de nos coursiers.”
Je veux seulement, chère Cornélie, vous dédier ce qui précède en citant un dernier vers de Virgile que je me permets très discrètement de modifier :
Accipe et haec, manuum quae sunt monumenta mearum ! ?
1 Virgile, Géorgiques, ïi. 542. Equäm pour equorum. 2Id., Énéide, ii. 486 : “ Reçois aussi ces (présents), qui sont un ouvrage de mes mains.”
PAGES Lerrre I.—Facilité du latin, p. 1.—Dificulté du latin, p. 2.—I1 faut apprendre des phrases, p. 3.— Muémosyne mère des Muses, p. 4.—Principes de la versification latine, p. 5.—L’hexamètre, p. 6.—Quantité des syllabes, p. 7.— Syllabes longues, brèves et communes, p. 8.
—L'élision, p. 9.—Le pentamètre ; distique d’ Ovide, p. 10.—Le vers iambique ; vers de Sénèque, p. 11.—La prononciation du latin,
p. 12.—L'accent et la quantité, p. 13 . . 1-13
LerrRe II.—La déclinaison latine, p. 14.—Un précepte de Lucain, p. 15.—Les cas et les venres, p. 16.—Première déclinaison : rosa, p. 17.—Deuxième déclinaison: dominus, puer, templum, p. 18.—Noms en er et en ir, . 19.— Troisième declinaison : Labor, p. 20.— Substantifs pairs et impairs ; déclinaison d’ avis et de corpus, p. 21.—Quatrième déclinaison: manus, p. 22.—Cinquième déclinaison :
dies, p. 23.—Irrégularités, noms composés, p. 24.— Tableau d'ensemble des déclinaisons, p.