‹ Cornélie, ou, Le latin sans pleursChapitre 153 sur 155 · LA SENSIBILITÉ DE JUVÉNAL · texte numérisé non relu

LA SENSIBILITÉ DE JUVÉNAL

T'urpe mori post te solo non posse dolore Perfruitur lacrimis et amat pro conjuge luctum

sont parmi les plus beaux que puisse prononcer une bouche humaine. ‘Trouverait-on mieux dans aucune littérature ?

Cet héroïsme cornélien de la morale romaine nous porte parfois à méconnaître, dans les poètes latins, üne sensibilité profonde, une pitié sans emphase dont Virgile, le plus chrétien des païens, n’a pas été seul à donner l'exemple. "Témoin ces vers exquis de Juvénal, qui sait étre tendre comme il sait s'irriter et instruire :

Mollissima corda Humano generi dare se natura f.tetur Quae lacrimas dedit : haec ncstri pars op'ima sensus . .

Naturae imperio gemimus cum furnus adultae Virginis occurrit, vel terra clauditur injans Et minor igne rogi . . . .1

Natura fatetwr, la nature témoigne ; se dare corda mollissima generi humano, soi (elle) donner des cœurs très compatissants au genre humain ; quae dedit lacrimas, (elle) qui (lui) a donné des larmes ; haec pars nostri sensus optima, cette part de notre sensibilité est la meilleure. Geminus

1 Juvénal, Satires, xv. 131, 138 et suiv.

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