UN DISTIQUE DE CATULLE
souyiens l,5 ODI, “je hais”; COEPI, “je commence ” ; NOVI, “ je sais.” Ce dernier a la forme d'un par fait de nosco, “je connais”; mais il y a une différence de sens. Je peux dire nov Corneliam, parce que je vous connais depuis longtemps ; mais si vous me présentiez votre amie Rachel, que je n'ai Jamais vue, je devrais dire nosco Rachel (les noms bibliques sont indéclinables.) En un mot, nosco signifie “ je commence à connaitre” et novi “je connais déj à.”
Vous voyez que le futur ne a le sens d'un futur, le parfait celui d'un présent, le plusque-par fait celui d’un imparfait.
Un berger d'une églogue de Virgile dit, en parlant d'un air qu'il a “entendu chanter: Numeros memini, si verba tenerem !/ 1 “Je me souviens de l'air (des nombres) ; si (seulement) je retenais les paroles !?
Le poete Catulle, contemporain de Jules César, a écrit ce distique passionné et douloureux :
Odi et amo. Quare id faciam, fortasse requiris : Nescio ; sed fieri sentio et excrucior. ?
1 Virgile, Bucoliques, ix. 45, 2 Catulle, Poèmes, Ixxxv,
D Se.
Odi et amo, j'aime et je hais. Requiris fortasse, tu demandes peut-être; quare faciam id, pourquoi je fais cela. Nescio, je ne sais ; sed sentio fieri, mais je sens (cela) se faire ; et excrucior, et je suis tourmenté.
“ J'aimeet je hais en même temps. ‘Comment cela ?* demandes-tu. Je l’ignore, mais je le sens, et je suis au supplice.”
Le président Hénault, mort en 1770, est l'auteur d’un bel hexamètre que l’on attribue souvent à Horace:
Indocti discant et ament meminisse periti.
“Que ceux qui ne savent pas apprennent et que ceux qui savent aiment à se souvenir.”
Dans l'Enéide, lorsque le père d'Énée, Anchise, reçoit son fils aux Enfers et lui révèle les grandes destinées qui attendent ses descendants, les Romains, il termine sa prophétie par ces vers admirables, qui font contraster le génie politique de Rome avec le génie artistique et scientifique de la Grèce :
Tu regere imperio populos, Romane, memento ;
Hae tibi erunt artes, pacisque imponere
morem
Parcere subjectis et debellare superbos.!
1 Virgile, Énéide, vi. 850-852