‹ Cornilius Nepos: ou, le premier plagiaire collectivisteChapitre 18 sur 25 · L'APPARITION DE CORNILIUS NEPOS · texte numérisé non relu

L'APPARITION DE CORNILIUS NEPOS

Preuves canfirmatives du plagiat.

Chaque phrase, chaque ligne, chaque mot de la proposition Vandervelde montre le plagiat et en confirme les preuves.

Après deux mois de polémique et d'injures ; après m'avoir traité avec une hauteur dédaigneuse, digne de ses inclinations de démocrate ; après avoir opposé à mes affirmations catégoriques et précises, de vagues et cauteleuses dénégations et s'être servi d'habiles, mais vains subterfuges ; sommé de montrer ses prétendues « sources communes » et d'indiquer dans laquelle il aurait puisé son système juridique, acculé et incapable de répondre, après m'avoir menacé d'un procès en diffamation, M. Vandervelde en était arrivé à ne plus railler « ma ridicule paternité ».

Arborant non plus la belliqueuse bannière rouge, mais l'humble drapeau blanc des vaincus, il avait demandé à parlementer*

Il propose un arbitrage. J'accepte.

Il désigne lui-même pour arbitre M. de Borchgrave, son collègue et ami. J'accepte encore l'arbitre qu'il choisit.

Mais, sur le terrain, après deux mois de polémique, M. Vandervelde se dérobe.

Il se refuse à assumer désormais toute responsabilité dans cette grave affaire. «

Lui qui a affirmé « avoir puisé de première main aux sources », il reconnaît bravement avoir signé le travail d'un autre.

Amené à faire la preuve de ses dénégations, il démasque l'au-

teur du coup, et livre enfin le nom du coupable, le nom du vrai plagiaire, le nom de G. Cornil.

Or, ce nom, je le connaissais de longue date ; je le connaissais dès le premier jour ; mais j'attendais que M. Vandervelde me le livrât.

Mes soupçons s'étaient portés sur Cornil, dès le premier instant.

J'eus communication confidentielle du manuscrit de M. Vandervelde : le texte était de l'écriture de 6. Cornil. Je reconnus d'autant plus aisément cette écriture que, peu de temps auparavant, ledit Cornil avait rédigé à mon adresse quelques notices d'éloges sur son Contrat de Travail, que je fis insérer à titre amical dans divers journaux.

Mes soupçons et mes indices de la première heure furent confirmés par une indiscrétion de M. Léon L..., professeur à l'Université, commise en présence de deux témoins; ces soupçons, indices et indiscrétion devenaient aujourd'hui des faits acquis par la capitulation de M. Vandervelde et l'aveu tardif et contraint de Cornil lui-même.

Cornil était le plagiaire.

Son attitude seule dévoilait à mes yeux sa culpabilité. Car, en présence de l'âpreté du conflit Vandervelde-Frank, qui durait depuis deux mois, s'il n'y avait pas eu quelque chose de louche dans sa conduite, il aurait accompli son devoir qui était de se faire connaître spontanément ; de déclarer qu'il était le rédacteur du projet. Au lieu d'agir avec la loyauté et le courage que les circonstances imposaient à tout homme n'ayant rien à se reprocher, lui, ledit Cornil s'était fait couvrir par Vandervelde. Pendant deux mois, il s'était dérobé et caché.

Cornil est bien le plagiaire ; de fait, nous allons maintenant trouver dans ses écrits des preuves confirmatives de son plagiat.

1°) Le titre : L'Epargne de la Femme mariée.

Sa proposition de loi a pour objet de reconnaître à la femme

mariée le droit de disposer de ses salaires. Il emploie, comme

nous l'avons démontré, un faux titre : L'Epargne. Titre inusité

impropre et illogique. Or, ce titre s'explique d'autant moins de

la part de Corail que, dans la Table Analytique des Matières de son ouvrage sur le Contrat de Travail, parmi les 566 expressions, têtes de rubrique du volume, paru en 1895, le mot épargne ne figure pas. Bien plus, dans les 408 pages de l'ouvrage, le mot Épargne est introuvable. Et ici, dans la proposition 172, à dessein il emploie comme titre de son ouvrage, un terme impropre et incorrect, qu'il ignorait en 1895.

Pourquoi ?....

Uniquement pour dissimuler son plagiat.

2°) Le mot : Salaires. J'ai montré plus haut le soin apporté par le plagiaire Corail à éviter, avec une prudence minutieuse, l'emploi du terme propre « salaire » qu'il remplace constamment par une périphrase.

Corail ne pourrait ni invoquer un souci particulier du style, niexciper de son ignorance du mot « salaire ».

En effet, le souci du style exigeait l'emploi constant du terme propre, du mot français salaire, expression technique consacrée par la science économique. (Voy. Cornil, Contrat de Travail. Paris, 1895, p. 12 et 38).

Il devait employer le mot salaire et il ne le fait pas.

Est-ce par ignorance du mot salaire ?

Ouvrez son ouvrage, Le Contrat de Travail, p. 12, 38, 40, 101, 122 à 143.11 enseigne lui-même qu'on appelle « salaires » la rémunération du travail. Il sait le mot propre, et ne craint pas do l'employer dans l'ouvrage qui porte son nom : De la page 122 à la page 143, en 21 pages, il emploie le mot salaire 117 fois, tandis que dans la proposition do loi, n° 172, en plagiant mon ouvrage « Les salaires... » il fait disparaître littéralement le mot « salaire » pour le remplacer par des circonlocutions destinées à masquer son plagiat.

De telle sorte que, au terme propre « salaires » qu'il connaît; que, en 1895, il applique 117 fois en 21 pages, il substitue dans son plagiat des périphrases et un titre impropre (épargne), mot qu'il ignorait en 1895r Et pourquoi cette inversion injustifiable ?

3°) Cornil a publié une massive et indigeste compilation sur le Contrat de Travail. Il m'y renseigne comme autorité et comme

source pour la question féministe. 11 a bien soin d'omettre mon nom dans sa proposition 172, alors que, s'il avait entendu faire un travail consciencieux du problème, il aurait commencé par indiquer la bibliographie de la question et m'aurait cité, attendu que je suis le seul auteur ayant écrit en Belgique un ouvrage complet ayant ce titre : « L'épargne de la Femme mariée. »

4°) Cornil est si peu féministe et connaît si mal la question que, dans son ouvrage sur le Contrat de Travail, paru en 1895, il n'a même pas songé à réclamer pour la femme mariée le droit de disposer de ses salaires! Il ignorait donc, en 1895, les premiers éléments de la question pour laquelle il apparaît subitement, en 1896, comme un spécialiste novateur !....

5°) Une dernière preuve convaincante et décisive du plagiat commis par Cornil résulte de l'omission de la clé de voûte du système.

J'ai montré le plagiaire Cornil, utilisant l'épreuve de mon travail, et commettant la même omission que moi, erreur énorme que, heureusement, une circonstance fortuite m'a permis de rectifier. Il oublie — comme moi dans mon épreuve — de demander pour la femme mariée de pouvoir louer ses services librement, sans nulle autorisation. Il se borne à plagier mes cinq idées et omet ainsi la clé de voûte du système.

Or, le côté le plus piquant du plagiat, démontrant que Cornil n'a point fait un travail personnel, est celui-ci :

Dans son ouvrage sur le Contrat du 'Travail, Cornil reconnaît que la femme mariée doit pouvoir librement louer ses services ; que c'est même la première revendication du mouvement féministe.

A cette occasion, il me cite comme autorité et comme source (page 35).

Or, cette excellente idée fondamentale qu'il avait en 1895, qu'il exprime dans son ouvrage, il l'oublie en me plagiant, parce que moi-même je l'avais oubliée dans mon épreuve.

En sorte que, dans l'élaboration de son plagiat, par une ironie plaisante du hasard badin et cruel, Cornil, hypnotisé par ma pensée, s'appropriant mes cinq idées à moi, dans sa précipitation et sa bêtise, perd et oublie sa propre idée, son idée à lui, la seule qui, en 1895, lui fût quelque peu personnelle !...

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