HEURES ME PARAISSAIENT BEAUCOUP
Pour copier aussi mal, aussi bêtement; pour accomplir un tripatouillage aussi grotesque, deux heures, c'était trop.
En vue de sa défense, il a présenté trois arguments :
1° la construction juridique de nos deux projets n'est pas la même;
2° mon travail serait un travail banal;
3° la source commune serait le projet Goirand.
Passons en revue chacun des points du système de défense du plagiaire Corail :
1° La construction juridique des deux projets n'est pas la même.
Mon travail compte 115 pages; le sien en a deux. Ma proposition a 14 articles ; la sienne en a deux longs.
J'ai accusé Cornil non pas d'être un copiste ; je ne lui ai pas reproché de m'avoir copié et reproduit textuellement ; mais je l'ai accusé de m'avoir « chipé » la substance même de mon travail et de mes recherches ; d'avoir fait un résumé maladroit, hàtif et informe de mon projet.
Quand le « citoyen de l'hymne à la Vierge » emprunte au Dictionnaire Larousse la matière d'un de ses discours parlementaires, il plagie Larousse, bien que son discours ne compte pas dix-sept volumes.
De même, en résumant mon ouvrage, en essayant d'en comprimer la quintessence en deux pages, Cornil a néanmoins commis le plagiat.
2° Mon travail serait un travail banal, copié lui-même sur un projet français.
On la connaît dans d'autres domaines, cette éternelle histoire du chevalier de la rampe, qui, pris la main dans le sac, cherche à s'esquiver en criant « au voleur » î
Malheureusement pour Cornil, mes recherches et mes travaux sont originaux ; mes pensées le sont également. Et les formules que je précise, fondées sur des observations personnelles, sont nécessairement nouvelles.
Mon travail sur les « Salaires de la femme » est original; mes recherches sont personnelles, n'en déplaise au plagiaire Cornil. Et puisqu'il m'accuse d'avoir copié moi-même un projet français, je vais lui apprendre ce que les- Français pensent du travail qu'il m'a plagié :
La presse française qui a lu et commenté mon travail sur les « salaires... » s'est préoccupée des critiques violentes que j'ai dirigées contre le projet Goirand, que Cornil m'accuse d'avoir plagié!!!...
Voici notamment ce qu'écrivait à mon sujet l'un des organes les plus importants de la presse parisienne.
« ... Le monde des revendications féminines en France, s'est ému d'un travail qui vient de paraître en Belgique. C'est une étude émanant de M. Louis Frank, avocat, vice-président de la
Fédération Féministe Universelle. M. Louis Frank, très bien renseigné sur tout ce qui touche au mouvement féministe français, s'occupe de la proposition Goirand, premier triomphe de L'Avant-Courrière...
< Ce qui est grave, c'est que M. Louis Frank examinant ce projet de loi, le trouve entaché d'une véritable hypocrisie et le prouve... »
Suit une colonne de mes critiques contre le projet Goirand.
L'Eclair a fait demander aussitôt l'avis de M me Jeanne Schmahl, qui, avec M lle S. Monod et la duchesse d'Uzès, dirige L' Avant-Cour rière.
« Le projet Goirand, dit M mo Schmahl, manque de bon sens et de logique. Si le projet de loi était voté tel qu'il est, ce serait une loi frappée de stérilité, une réforme illusoire, un vrai trompe-
l'œil, CAK LES CRITIQUES DE M. LOUIS FRANK NE SONT QUE TROP
fondées. Aussi, est-il à désirer que le Sénat français tienne compte des violentes observations de M. Frank, et que moins enfiévrée et moins agitée, la Chambre haute, plus à sa besogne d'étude et de réflexion, consacre les revendications féministes par une loi sage et franche... »
Ainsi s'exprimait L'Éclair de Paris, du 3 septembre 1896, dans un long article de fond, qui m'était consacré.
Dans le même sens, à propos de mes critiques, voyez la Bévue Encyclopédique de Larousse, numéro féministe du 28 novembre 1896, p. 905, etc., etc.
A la suite de mes premiers projets de lois féministes, toutes les personnalités marquantes du monde féministe français, se sont empressées de m'adresser des témoignages d'adhésion et de sympathie.
Ici encore, le hasard semble avoir donné à tous mes amis français une sorte de mot d'ordre en vue de confondre le plagiaire Cornil.
J'extrais quelques lettres de mes dossiers :
Bennes, 28 août 1896.
Mon cher Confrère,
Bien merci pour l'envoi de vos ouvrages qui m'ont vivement intéressé... J'y ai reconnu vos qualités habituelles, cette pensée nette et franche,
qui vous fait honneur. Ils sont richement documentés. Enfin, je partage
vos idées féministes, ce qui me procure en vous lisant un plaisir de
plus...
Votre tout dévoué,
Raoul de la Grasserie,
Juge au Tribunal civil de Rennes,
(l'un des publicistes les plus distingués
et les plus féconds de France).
Orsennes (Indre), 11 septembre 1896.
Cher Monsieur,
J'ai reçu dans le Cher, où j'ai passé le commencement de mes vacances, vos intéressants travaux féministes. Je les ai lus du début à la fin avec toute l'attention qu'ils méritent et je vous félicite bien sincèrement des recherches consciencieuses, du talent et de la verve dont ils sont la
preuve...
H. Pascaud,
Conseiller à la Cour de Chambéry,
Correspondant de l'Institut de France, etc.
Remiremont, 3 septembre 1896. ê Cher Monsieur,
... J'ai fait venir de chez Lamertin votre projet « Les salaires >... Je ne reviendrai pas sur la façon si gracieuse, si élogieuse, dont vous citez mon rapport Je vous dirai seulement à quel point je trouve votre projet de loi infiniment supérieur, infiniment préférable au nôtre.
Notre projet Goirand n'est encore une fois qu'une demi-mesure. En principe, je n'aime pas les demi-mesures qui ne sont trop souvent qu'un leurre, et qui par le fait même deviennent dangereuses. Le public s'aperçoit un beau jour que ce qu'il avait pris pour une « conquête >, n'en est pas une; que tout est à recommencer. Quant aux législateurs, lorsqu'ils doivent revenir à la charge, ils trouvent qu'ils ont déjà accordé suffisamment : d'où, perte de temps et succès trop souvent compromis.
Je crois vous avoir dit, en janvier dernier, que je n'étais pas enthousiaste le moins du monde de la loi Goirand; mais je n'en ai encore vu nulle part les inconvénients présentés avec votre netteté.
Vous avez absolument raison de dire que cette loi constitue un engagement à la dépense, au gaspillage... Comme vous le dites très bien, l'alinéa 2 de l'article 1 er détruit toute l'économie de la loi... (suivent 2 pages d'aperçus relatifs à mes critiques.)
Votre passage relatif à la moralité — p. 94 — est excellent aussi. Il
est à faire valoir au premier chef. Il prouve qu'au lieu d'attenter au mariage, votre loi nouvelle le consolidera.
Enfin, cher Monsieur, jk déplore que notke loi soit si différente db