LA BONNE FOI ET LA SCIENCE DE 6. CORNIL
Précisons le rôle de G. Cornil dans toute cette affaire.
J'ai lancé mon accusation de plagiat le 23 avril dernier. Du 23 avril au 26 juin 1896, fut engagée dans la presse entre M. Vandervelde et moi, une polémique violente et acharnée.
Que fait 6. Cornil durant ce temps ?...
Tandis que la bande de la savonnerie congolienne cherchait à blanchir Vandervelde en m'insultant, lui, Cornil, le vrai plagiaire, en noble chevalier, se dérobait et se cachait.
Il attend que Vandervelde, acculé, livre son nom.
Et quand il est démasqué, que fait-il ?
Je vais vous le dire.
Le 22 juin, l'arbitre M. de Borchgrave me fait venir chez lui en vue d'un échange d'observations. Je m'y rends, pensant me trouver en présence de M. Vandervelde. Mais M. Vandervelde a cru devoir retirer son épingle du jeu. Il a adressé à l'arbitre une lettre par laquelle il se décharge sur Cornil de toute responsabilité. L'arbitre me lit la lettre de M. Vandervelde. Aussitôt, je réclame qu'il m'en soit donné acte : la capitulation de M. Vandervelde me suffisait. Incapable de fournir la preuve des sources communes, M. Vandervelde abandonnait la lutte. Pleine satisfaction m'était ainsi accordée.
J'avais accepté le débat avec le chef du parti socialiste, mais je ne pouvais consentir à discutailler avec son « secrétaire volant », avec ce personnage que le citoyen Anseele eût appelé pour le moins le t domestique » de M. Vandervelde.
Pourtant, Cornil, « la nymphe Egérie » de Vandervelde est là. J'aurais peut-être dû me retirer. Néanmoins, le désir de lancer à la face du personnage quelques vérités me retint. Là, le 22 juin, à 5 heures de l'après-midi, dans le cabinet de M. de Borchgrave, en présence de celui-ci, j'ai dit à la face de G. Cornil ce que je pense de lui et ce que j'écris ici.
J'en appelle au témoignage de M. de Borchgrave, qui dut même me rappeler au calme.
Toutes mes attaques, Cornil les accepte, les avale, les digère.
Et par un procédé qu'il m'est interdit de qualifier ici, Cornil, l'impudent, a l'audace d'écrire au Soir une lettre publique, disant que « mis en sa présence, j'avais été immédiatement
CONVAINCU DE L'iNANITÉ DE MON ACCUSATION DE PLAGIAT, ET
guE je m'étais empressé de renoncer a l'arbitrage de m. de Borchgrave. » [Voyez « Le Soir », de Bruxelles, n<> du vendredi 3 juillet 1896 — l re page, 5 e colonne].
Menteur inconscient !
Ce fait-là seul permet de mesurer la bonne foi et la loyauté du personnage.
Une seule fois dans sa vie, au mois d'avril 1896, Cornil se rend chez moi. Il en sort féministe, possédant dans le cerveau, grâce à un phénomène télépathique, l'empreinte de toutes mes épreuves, avec les erreurs, une omission de ma pensée, une contradiction de mon raisonnement, etc.
Une seule fois dans sa vie, Cornil est collaborateur de Vandervelde, et rédige un travail pour lui, et cela précisément au mois d'avril 1896.
Une seule fois dans sa vie, Cornil publie sous un faux nom, celui de Vandervelde, un écrit féministe portant un faux titre, et cela précisément, au mois d'avril 1896.
Cornil nous apparaît ainsi comme un visiteur... d*occasion, devenant aussitôt collaborateur d'occasion de Vandervelde, féministe d'occasion et plagiaire... d'occasion.
Ici, se vérifie une fois de plus l'adage que l'occasion fait,., le plagiaire.
Mais si, au point de vue féministe, le cerveau de Cornil est le néant, G. Cornil ne serait-il peut-être pas un esprit original, prime-sautier, brillant même, capable de concevoir en un
instant, par quelqu'éclair de génie, toute une théorie juridique qu'un spécialiste a mis quatre ans à édifier !...
U a, il est vrai, une réelle valeur scientifique. Lui qui donne à l'Université de Bruxelles une partie du cours de droit romain, en partage avec son papa, n'a-t-il pas eu l'imprudence d'avouer en présence de l'arbitre qu'il ne « savait ce que je voulais dire » quand je lui parlais du renversement de la présomption mucienne ?
— « Je plains vos pauvres élèves, lui ai-je répondu. Votre place dans ce cas est à l'Université de Pontoise. »
Cornil s'est distingué encore par un trait de génie, que la postérité ne pourra jamais lui contester.
Dans son merveilleux ouvrage sur « le Contrat de travail », cette grossière compilation, qui fait déjà la joie des marchands de pruneaux (pour l'emballage le papier est excellent), Cornil s'est signalé par une découverte qui n'a, il est vrai, aucun caractère juridique ou social. Il s'agit d'une découverte géographique. Cornil transporte aux Etats-Unis la province canadienne de Québec que, de sa propre autorité et pour la circonstance, il élève au rang d'ETAT de l'Union américaine. [Voy. Cornil, Le Contrat du Travail, pp. 143 et 397].
Avec son inconsciente vision de télépathe, il renseigne ainsi comme fait accompli l'annexion du Dominion canadien aux Etats-Unis.
Toutes mes félicitations, Cornil !...
Homme de science, G. Cornil!...
D'abord, celui qui a le moindre sentiment de sa valeur, ne s'abaisse pas à commettre un acte que réprouve la plus élémentaire probité scientifique.
6. Cornil est, il est vrai, chargé de cours à l'Université... Mais qu'est-ce que cela dit ? Encore faut-il savoir comment il a pénétré dans le sanctuaire de la Faculté de Droit.
Le 10 mars 1890, il présenta une thèse d'agrégation : Etude sur la publicité de la propriété dans le droit romain, thèse qui fut tout particulièrement remarquée par sa faiblesse et son insignifiance.
Plus tard, il fut amené à remplacer son père malade. La Faculté et le Conseil d'administration lui firent faire antichambre
durant plusieurs années, avant de lui conférer un menu titçe. 6. Cornil, loin de manifester la moindre impatience, s'empressa même de signer la fameuse déclaration, par laquelle il reconnaissait la légitimité du Conseil d'administration. En somme, les mérites, la science, la valeur et la probité du père servirent de titres au fils, qui, lui, ne put offrir que son insuffisance, qui est incontestée.
Les étudiants, ces juges impartiaux de la valeur des maîtres, ont compris ce que valait Cornil fils, quand, dans leur Revue, ils l'ont ainsi chansonné :
Extrait de la Revue des Etudiants en Droit, 1895. Couplets sur G. CORNIL
Air : Le Fils de Famille.
C'était un enfant de quinze ans Qui avait reçu d' ses parents Une éducation exemplaire.
Son père qui était professeur Trouvait qu' c'était un grand bonheur •
Que son fils fût un piocheur.
Il faisait la joie de son père De son père.
C'était surtout en droit Romain Que le garçon montrait une intelligence extraordinaire.
Il faisait des raisonnements Qui étonnaient les plus savants.
Chacun disait que cet enfant Marcherait sur les traces de son père De son père.
ni
En voyant ses rapides progrès Un jour son père conçut l' projet DTintéresser dans ses affaires.
Il donna l'cours d'obligations Et d'vint après deux ans d'ieçons Professeur... par usucapion.
Il dicte le bouquin de son père Do son père.
La morale de cette chanson Est qu'lorsqu'on a une position Il faut la rendre héréditaire.
Car dans notre Université Pour se fair' nommer agrégé Il faut être bien protégé ; Il faut être fils de son père De son père.
En ce qui me concerne, le phénomène télépathique dont j'ai été victime, ne m'a plus surpris de la part de Cornil, depuis que j'ai lu une appréciation bien désintéressée parue à son sujet.
Cornil prit part en 1895 à un concours de l'Ecole de Droit de Paris. M. Fernand Faure, professeur à la Faculté de Droit de Paris, a donné son appréciation sur le mérite de chacun des concurrents.
Au sujet de Cornil, le rapporteur s'exprime ainsi :
« Quant à l'ouvrage de M. Cornil, on comprendra que nous
considérions comme un devoir de faire les réserves les plus expresses touchant ses doctrines et ses tendances générales.
« Les traits caractéristiques du socialisme sont bien connus : C'est d'abord un appel énergique, continu, immodéré aux passions de l'homme. Il y en a un second : c'est une attaque tantôt directe, tantôt indirecte, mais toujours continue aux principes mêmes de la propriété individuelle.... Il y a dans les doctrines
COMME DANS LES EVENEMENTS UNE LOGIQUE INFLEXIBLE. Que
M. Cornil nous permette de le lui dire, CE QU'IL NE FAIT PAS, D'AUTRES SE CHARGERONT DE LE FAIRE POUR LUI... »
M. Fernand Faure s'est montré bon prophète, sauf en un point : Cornil n'a pas chargé d'autres de le faire pour lui ; il l'a fait, lui, pour d'autres.
A force de prêcher le mépris de la propriété individuelle et mû par l'un de ces sentiments dont parlait M. Fernand Faure, Cornil en est arrivé à réaliser en petit « l'expropriation collectiviste. »
Il a plagié pour Vandervelde. C'est la première fois que, dans l'histoire des lettres, on voit un geai arracher les plumes du paon, non pour s'en parer, mais pour en orner la queue d'un renard.
Aussi, au milieu de sa confusion, accablé sous le poids du ridicule, Cornil, « phénomème télépathique » ; Cornil, « le liseur de pensées » ; Cornil « de Québec » ; Cornil « le père nourricier des prétendues idées de M. Vandervelde » ; Cornil « le châtelain de Sénenne » ; Cornil, « la fameuse source commune » ; Cornil, « le secrétaire volant » de M. Vandervelde, Cornil enfin aura au moins une consolation, celle do pouvoir» se dire que, dans l'histoire littéraire et scientifique, il portera désormais un titre immortel, celui de :
P. S. — Hier, mardi 9 février 1897, je descendais l'Avenue de la Toison d'Or, occupé à lire les épreuves de cette brochure, lorsqu'on face de la rue des Chevaliers je fus rencontré par le dit Cornil qui, l'insulte à la bouche, m'assaillit Je me défendis de toute mon énergie.
A la suite de cette aggression, je me rendis chez M. le D r Lebœuf, qui constata dans un rapport les blessures que je portais au cou et à la main.
Trois fois dans ma jeunesse, je me suis battu en duel et j'ai été poursuivi de ce chef. Je n'ai jamais hésité à descendre sur le terrain pour répondre à un honnête homme. En cette dernière occurrence, j'ai déposé une plainte au Procureur du Roi.
liras., impr. A. Vromant et C'«, 8, rao do la Chapelle.
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