‹ Corona benignitatis anni DeiChapitre 10 sur 65 · HYMNE DU SACRÉ-CŒUR · texte numérisé non relu

HYMNE DU SACRÉ-CŒUR

A la fin de ce troisième mois après l'Annonciation qui est Juin,

La femme à qui Dieu même est joint Ressentit le premier coup de son enfant et le mouvement d'un cœur sous son cœur.

Au sein de la Vierge sans péché commence une nouvelle ère.

L'enfant qui est avant le temps prend le temps au cœur de sa mère,

La respiration humaine pénètre le premier moteur.

Marie lourde de son fardeau, ayant conçu de l' Esprit-Saint,

S'est retirée loin de la vue des hommes au fond de l'oratoire souterrain,

Comme la colombe du Cantique qui se coule au trou de la muraille.

Elle ne bouge pas, elle ne dit pas un mot, elle adore.

Elle est intérieure au monde, Dieu pour elle n'est plus au dehors,

Il est son œuvre et son fils et son petit et le fruit de ses entrailles !

Tout l'univers est en repos, César a fermé le temple de Janus.

Le sceptre a été ôté de David et les prophètes se sont tus.

Voici, plus nuit que la nuit, cette aurore qui n'a pas de Lucifer.

Satan règne et le monde tout entier lui offre l'encens et l'or.

Dieu pénètre comme un voleur dans ce paradis de la mort.

C'est une femme qui a été trompée, c'est une femme qui fraude l'enfer.

O Dieu caché dans la femme ! ô cause liée de ce lien.

Jérusalem est dans l'ignorance, Joseph luimême ne sait rien.

La mère est toute seule avec son enfant et reçoit son mouvement ineffable.

Maintenant Vous êtes devant nous sur la croix, étendu comme un livre ouvert.

Et tout est vraiment consommé : exceptez que Vous n'avez pas assez souffert.

Il est vrai que Votre mère elle-même ne reconnaît plus Votre face effroyable !

Il est vrai que depuis la plante de Vos pieds jusqu'au sommet de Votre tête

Nous ne voyons plus une place sur Votre corps où la volonté de l'homme ne soit faite :

Mais il nous reste encore Votre cœur à percer !

Fils de Dieu, voici tant de siècles qu'on Vous traîne, la corde au cou !

Les prostituées elles-mêmes ne peuvent Vous voir sans dégoût.

La Ressemblance qui était Votre face, nous avons su l'effacer.

Les sages qui Vous voient secouent la tête et se détournent un peu pour sourire.

Ils savent mieux que Vous ce que Vous avez voulu dire,

Qui est chose fort ordinaire et banale, et rien que Vous n'ayez pris à un autre.

Ils ne nous ont rien laissé de Vous, ni parole, ni visage.

Ils ont tiré Vos vêtements au sort et les ont retaillés à leur usage.

On ne la leur fait pas, avec Vos bonnes femmes et Vos Apôtres 1

Vous êtes mort et le soleil s'est éclipsé. Sur la croix évidente c'est un cadavre qui est exposé.

CORON A BENIGNITATIS

Ami, si Vous nous défaillez, que nous reste-t-il encor ?

Vous avez fait ce que Vous avez pu, ce n'est pas un reproche que nous Vous faisons.

Mais le mystère du sein paternel n'était-il assez profond

Pour que Vous assumiez notre néant et que Vous ajoutiez la mort?

Eh bien ! si Vous nous manquez vif, nous Vous aurons trépassé !

Le Centurion qui Vous a vu mourir, cependant n'en a pas assez,

Et se jetant sur Vous, lance aux mains, il Vous a ouvert et crevé !

La lance entre sous la côte et ressort sous la mamelle.

Car le païen Vous frappe au hasard, mais Vous attendez mieux de vos fidèles :

C'est à nous seuls qu'appartient la blessure profonde et réservée.

« L'amour m'a désarmé et mon Père ne m'est plus un rempart.

« Connaissez enfin ce cœur que vous avez percé de part en part !

« D'où sourde ce sang pour Vous sur l'autel qui renouvelle le calice. »

— Seigneur, Vous avez eu assez de peine et nous voudrions ne plus Vous faire aucun mal.

Ah ! par cette plaie qui ne se fermera plus, délivrez-nous du mal !

Fallait-il donc frapper si fort pour que le sang et l'eau jaillissent?

O blessure vraiment royale ! ô sève de Dieu qui s'épanche !

O coup si fièrement asséné entre la côte et la hanche

Qu'il perce jusqu'au nœud de la Trinité !

Et c'est Vous que l'on appelait le Fort et l'Inaccessible !

Le Ciel et la Terre interdits considèrent cette débauche indicible,

COR ON A BENIGNITATIS

Ce scandale d'un Dieu ivre d'amour et blessé !

Ah! puisque Vous l'avez voulu, revêtant l'homme animal,

Connaissez donc à Votre tour le tourment de l'amour inégal,

La station du cœur transpercé qui fond comme de la cire !

Fermerons-nous Votre plaie, quand c'est Dieu même qui s'ouvre ?

Quelle consolation Vous faire, quand c'est l'Infini qui souffre?

Quel amour Vous rendre, ô mon Dieu, quand c'est l'Infini qui désire?

A cette rose en son sixième mois qui fleurit avec une odeur excellente,

Au monde à son sixième mois tout entier qui s'ouvre sous la lumière insistante,

Ah ! je l'avais bien deviné qu'il était un cœur douloureux 1

Toute rose pour moi est peu au prix de son épine!

Peu de chose est pour moi l'amour où manque la souffrance divine!

Au prix de Votre cœur, que me sont tous les cieux ?

Ah ! puisque l'on rit de Vous et que voici l'enfer,

Venez et cachez-Vous avec moi, principe du Verbe fait chair,

Comme jadis Marguerite-Marie Vous reçut dans son pauvre couvent.

Que je Vous contienne seulement, comme Marie Vous contint dans son cloître !

Et que me fait de ne point Vous entendre, si je sens Votre cœur battre ?

Car J'en jure par Moi-même, dit le Seigneur Dieu, Je suis vivant !

CORON A BENIGNITATIS

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