‹ Corona benignitatis anni DeiChapitre 21 sur 65 · SAINT ANDRÉ · texte numérisé non relu

SAINT ANDRÉ

Pierre se réserve la rame et cette fois laisse à son frère l'épervier.

Ce n'est pas peu de chose à la mer qu'un frère qui sait son métier.

Il est puissant, il est debout, il est nu, et ne fait qu'un avec le bateau,

Et soudain, comme un grand nuage de tous côtés, sur la paix rase de l'eau,

Le filet savamment replié à son bras part, s'épand, s'épanouit,

Tombe, file, fond comme un aigle à pic et comme un orage de plomb,

Boit d'un seul trait sa corde et rabat son envergure invisible vers le fond.

La barque évite, il n'y a plus qu'à attendre et à surveiller

COR ON A BENIGNITATIS

La ligne, aussi raide que du fer, qui s'enroule aux grosses mains endommagées.

Mais, grand Dieu ! que c'est lourd, cette fois, à remonter ! Il tire.

Son frère l'aide, la prise est grande, et tous deux n'y peuvent suffire.

Et soudain la poche énorme apparaît, pleine' de choses vivantes qui bouillent,

Le bruit gras, bien cher au pêcheur, du poisson qui reluit et qui grouille !

Et bien que le bord touche l'eau et qu'on soit près de chavirer,

« Vive Dieu, si je ne les garde tous, dit l'Apôtre, et si j'en rejette un seul à la mer !

« Et sans doute qu'ils aimaient mieux leur ténèbre et le fond vaseux, mais tant pis !

« Ils sont à moi, c'est la guerre! dit l'Apôtre, et je ne demande pas leur avis. »

Ils ouvrent de gros yeux, palpitent et ne parlent pas.

C'est une grande chose qu'un poisson, quand Jésus en fait son repas,

Un poisson dans la barque d'André et de Saint Pierre de Rome,

Quand le plus petit quelquefois suffit à rassasier cinq mille hommes !

Pierre, André ! c'est la mer toujours ! levez-vous au nom de Dieu, et jetez le rets à droite.

Et sans doute la nuit fut stérile et l'espérance très étroite.

Mais voici présentement le matin et le ciel qui blanchit depuis l'Europe jusqu'en Amérique !

Lève-toi, au nom de Dieu, pêcheur d'hommes, et jette le grand filet Œcuménique !

La moisson dans la profondeur est là et la chose innombrable qui va paraître.

Jette le filet au nom de Dieu, Pêcheur, et donnenous des prêtres !

Prends-les de toutes parts dans ton filet, tire-les de force au jour supérieur,

Comme un être qui pense mourir, et qui palpite, et qui voudrait être ailleurs !

Car pour l'absolution et le sacrifice bon gré mal gré il nous faut des prêtres et des évêques,

Des prêtres qui nous donnent l'âme et le corps de Dieu à manger et les leurs avec !

Va ton chemin sans t'inquiéter vers le port, Patron, la barre est bloquée,

Vois ton frère à jamais sur la roue qui fait la Croix de Saint André,

Crucifié sur le Compas et sur la Rose des Vents,

Comme il convient à un marin et passeur du Dieu Tout-Puissant,

Circonvenu de tous côtés par la Croix, selon qu'il est écrit

Dans le Martyrologe de Novembre et les Actes de ceux d'Achaïe !

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