LA PRESENTATION
Quand Marie se met en marche, et, les Quarante Jours complétés,
Monte au Temple de Jérusalem pour y mettre son Fils premier-né
Entre les bras du Grand Prêtre qui est qualifié pour représenter toute l'Expectation antique,
A part ce très-vieux homme, à part Anne la dévouée dans un coin de la basilique,
Qui espère l'Espérance encore et qui est-ce qui lit les Prophètes?
C'est en vain que Daniel a prédit le temps, et Michée le lieu, et que l'histoire complète,
Avec le nom même de Jésus à chaque ligne, se trouve dans David et dans Isaïe,
Tout ça, c'est des histoires de bouquins et des superstitions de sacristie.
COR ON A BENIGNITATIS
C'est bien plus intéressant de lire le journal et de faire de la politique contre les Romains.
Aussi convient-il à ce temps de l'An qui croît et à ce froid crépuscule du matin
Que cette transmission de pouvoirs qui se fait de la Synagogue à l'Église
Ait quelque chose de rapide et presque de clandestin.
Je vois Marie sans forme ni visage sous son capuchon et son manteau tout trempé de laine grise,
Tel à peu près qu'en portent aujourd'hui les Petites Sœurs des Pauvres et les Clarisses.
Je vois le ciel noir avec à l'Est une seule raie couleur de citron,
Je vois Joseph avec (le prix est dessus encore) les deux colombes dans une cage de jonc,
Et le vieux prêtre d'or, avec l'enfant dedans, sur le seuil, qui chante le Nunc dimittis.
Lumen ad revelationem gentiumt la lumière pour la révélation des gens !
Non point le soleil propre à tout qui sur tous reluit indifféremment,
Mais le feu confidentiel et fragile d'un cierge pur
Qui nous sert moins à voir qu'à faire voir notre figure.
Faites qu'aujourd'hui, Seigneur, nous recevions en grande pureté
Cette espèce d'ange portatif qui nous guide au travers de l'année,
Image du Verbe splendide, le Fils indivisible du Père,
La Sagesse qui est issue avant l'étoile lucifère !
Cette longue semence blanche que nous recevons en grand secret
Du feu, à la messe basse de sept heures, quand apparaît
Aux fenêtres la face pâle et menaçante de l'hiver
(Il y a un enfant malade à la maison et j'attends de mauvaises nouvelles de mon père,)
Cette semence du jour futur et de l'éternel Désir
Que nous recevons dormante et ensevelie dans la cire,
Qu'elle s'enracine jour à jour à la fois dans notre corps et dans notre âme,
Réduisant le corps à la cendre, aspirant l'esprit dans la flamme !
CORON A BENIGNITATIS