HYMNE DE SAINT BENOIT
f PAX.
Benoît, quand il sort de l'enfance, entend cette parole de blâme
Que nous adresse Jésus-Christ :
« Tous les biens de ce monde à l'homme, s'il perd son âme,
Sont des choses de nul prix » ; Si ses rêveries au hasard, ses passions et ses pensées,
Comme les chèvres qui vont paître, De çà de là, par haut par bas, rebelles et dispersées,
Sont les maîtresses de leur maître.
Pour la laisser ainsi se rompre et s'éparpiller, Avons-nous donc une âme de rechange?
Eaux adultères ! coupe en amertume tournée !
N'est-il source en nous que de fange?
— Et c'est pourquoi Benoît se met en marche, crosse en main,
Poussant ses ouailles indociles, Par la voie invisible et sûre, ce chemin
Étroit, qui est le plus facile, Car le désert est grand, et le marécage est immense.
Mais la route est mince et unique.
Qui l'a une fois quittée ne trouve que l'obstacle sans récompense,
Et le sable au sable identique.
Adroite, à gauche, âme en marche, renonce à ce double désert !
Renonce, est-ce donc si dur ?
A la faim, à la soif, à la mort, à l'enfer!
Qu'il est doux de se sentir sur !
Sûr de son pied, sûr du chemin et de ce qui est au bout,
Sûr de cette croix solide, Sûr de nos frères et de toute l'Eglise en marche autour de nous,
Sûr du Père qui nous guide !
Heureux qui a planté la croix au centre de son carrefour !
Heureux qui loge Dieu dans son cœur,
CORON A BENIGNITATIS
Et dont toutes les pensées vers Lui reviennent sept fois par jour,
Ainsi que les moines au chœur !
Heureux cet homme régulier, cette âme associée de la chair,
Qui changea sa geôle en clôture, Ce soldat noir qui ne perd jamais, bouclier double et scapulaire,
Contact avec sa sépulture.
Plutôt que de revenir à Dieu, il est plus simple de ne pas le quitter.
Mon fils, écoute Saint Benoît.
On est plus sûr du pardon quand on tâche de le mériter.
On va plus vite en allant droit.
Et pourquoi tant se tourmenter à cause des choses de la terre,
Quand il est simple de ne rien avoir?
Pourquoi tant discuter et parler, quand il est si facile de se taire ?
Nous serons tous morts ce soir.
Mange ton Dieu et tais-toi ! Marche, travaille, obéis !
Ma grâce sur toi repose.
Et quand Dieu lui-même parle et dit que cela suffit,
Pourquoi demander autre chose?
Plutôt que de vaincre Satan, il est plus simple de s'en garder.
L'acte vaut mieux que le sermon.
Plutôt que de lutter contre le monde, il est plus simple de ne pas le regarder,
Et de tirer son capuchon.
Puisque Dieu lui-même y demeure, et nous, pourquoi sortir de son temple?
Pourquoi regretter le Chaos? Et puisque notre bonheur dans le Ciel sera de chanter tous ensemble,
Pourquoi ne pas commencer aussitôt?
Si le bonheur dans le Ciel est d'aimer, pourquoi maintenant la guerre?
Pourquoi, frères, nous séparer?
Apportons l'un à l'autre nos voix, l'une par l'autre nécessaires
A l'accord réintégré.
Heureux les fils de Saint Benoît qui sont tous ensemble avec lui !
Heureux le disciple secret, De qui sans paroles émane, comme quelqu'un qui dit oui,
Le consentement à la paix !
CORON A BENIGNITATIS