‹ Corona benignitatis anni DeiChapitre 36 sur 65 · LE JOUR DES CADEAUX · texte numérisé non relu

LE JOUR DES CADEAUX

C'est vrai que Vos Saints ont tout pris, mais il me reste mes péchés !

Quand je serai sur mon lit de mort, Seigneur, fort jaune et bien mal rasé,

Quand je repasserai ma vie et ferai mon examen général,

Je suis riche ! et si le bien est rare, il me reste tout le mal.

Je n'ai pas mis un jour à Vous préparer, Seigneur, de quoi me pardonner.

Ce n'est dans aucun mérite que je m'assure, mais dans mes péchés.

Chaque jour a le sien, les voici, et j'en sais le compte comme un avare.

S'il Vous faut des vierges, Seigneur, s'il Vous faut des braves sous Vos étendards,

S'il y a des gens à qui, pour être chrétiens, les paroles n'aient pas suffi,

Et qui aient su que s'il est beau de Vous suivre, c'est qu'il y va de la vie,

Voici Dominique et François, Seigneur, voici Saint Laurent et Sainte Cécile !

Mais si Vous aviez besoin par hasard d'un paresseux et d'un imbécile,

S'il Vous fallait un orgueilleux et un lâche, s'il Vous fallait un ingrat et un impur,

Un homme dont le cœur fût fermé et dont le visage fût dur,

Et tout de même ce n'est pas les justes que Vous êtes venu sauver mais ceux-là,

Quand Vous en manqueriez partout, il Vous restera toujours moi !

— Et puis il n'est homme si vulgaire qui ne Vous ait gardé quelque chose de nouveau,

Et qui n'ait fabriqué pour Vous, en dehors de ses heures de bureau,

Espérant que l'idée un jour Vous viendra de le lui demander,

Et que peut-être ça Vous plaira, quelque chose d'affreux et de compliqué,

Où il a mis tout son cœur et qui ne sert à quoi que ce soit.

CORON A BENIGNITATIS

Ainsi ma petite fille, le jour de ma fête, qui s'avance avec embarras,

Et qui m'offre, le cœur gonflé d'orgueil et de timidité,

Un magnifique petit canard, oeuvre de ses mains, pour y mettre des épingles en laine rouge et en fil doré.

ANN1 DEI

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