‹ Corona benignitatis anni DeiChapitre 39 sur 65 · CHANT DE LA SAINT-LOUIS · texte numérisé non relu

CHANT DE LA SAINT-LOUIS

Les mailles du filet sont dissoutes et le filet lui-même a disparu.

Le filet où j'étais retenu s'est ouvert et je n'y suis plus.

Je n'ai plus pour prison que Dieu et la couleur sublime de la terre.

C'est toujours la même moisson et c'est le même désert.

Aucun chemin n'y conduit, il n'y a pas de carte de la contrée,

Mais le travail à la même place dans la boue, dans la pluie et dans la durée.

CORON A BENIGNITATIS

Aucun chemin n'y conduit, mais le temps et la foi dans le mois d'août.

Et nous n'avons point changé de place, la voici radieuse autour de nous.

Bénis soient l'entrave jusqu'ici et les liens qui me tenaient lié !

Il les fallait forts et sûrs avant que la prison soit arrivée.

Ma prison est la plus grande lumière et la plus grande chaleur,

La vision de la terre au mois d'août, qui exclut toute possibilité d'être ailleurs.

Comment aurais-je du passé souci, du futur aucun désir,

Quand déjà la chose qui m'entoure est telle que je n'y puis suffire?

Comment penserais-je à moi-même, à ce qui me manque ou m'attend,

Quand Dieu ici même hors de moi est tellement plus intéressant?

Ce champ où je suis est de l'or, et là-bas audessus des chaumes,

Cette ineffable couleur rose est la terre même des hommes !

La terre même un instant a pris la couleur de l'éternité,

La couleur de Dieu avec nous et toutes les tribus humaines y sont campées.

Ineffable couleur de rose et les multitudes humaines y sont vivantes !

Une mer d'or et de feu entoure nos postes et nos tentes.

C'est le jour de la Saint Louis, Confesseur et Roi de France.

Je tiens l'étoffe de son manteau dans mes doigts, les gros épis rugueux de blé qui en forment la ganse.

De toutes parts je vois les meules qu'on bâtit et les rangs de gerbes entassées,

Et les profondes fumées grelottantes des avoines qui ne sont pas coupées.

L'étoffe est d'or et la bordure est de velours bleu presque noir,

Comme la double forêt qui était autour de Senlis hier soir.

Quelle tristesse peut-il y avoir quand chaque année le même mois d'août est fatal?

La tristesse n'est que d'un moment, la joie est supérieure et finale.

La lumière a tout gagné peu à peu et la nuit est exterminée.

De grosses compagnies de perdreaux sous mes pas éclatent sur la terre illuminée.

Je sais et je vois de mes yeux une chose qui n'est pas mensongère.

Je suis libre et ma prison autour de moi est la lumière!

La terre rit et sait et rit et se cache dans le blé et dans la lumière !

Pour garder le secret que nous savons, ce n'est pas assez que de se taire !

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