HYMNE DES SAINTS ANGES
A Gabriel Fri^eau.
Le Dieu fort, le Dieu des Armées, Qui, d'un seul mot disséminées, Créa toutes choses ensemble, Pour que toutes lui ressemblent, Même Béhémoth qui beugle, La bête qui ne le connaît pas, Les hommes qui ne l'aiment pas, Les semences d'âmes sans yeux, Et par millions dans les cieux Les astres radieux et aveugles,
Voulut aussi près de son cœur En deçà des choses visibles Se réserver pour serviteurs Les ordres inextinguibles
COR ON A BENIGNITATIS
D'êtres en qui tout fût esprit.
Vision sans aucun mélange, Amour où ne préjudicie Rien d'extérieur et d'étrange.
Ceux-là sont ses enfants chéris, C'est la Garde dans la Nuit, Le chœur mystérieux des Anges !
C'est une armée qui salue !
C'est un peuple dans l'Aurore !
C'est l'office, qui continue Vers le Père, ininterrompu De ceux-là qui étaient d'abord !
En présence de l'Unité C'est le Nombre qui adore !
C'est l'âme entièrement sonore Et de sa source indétachée Qui regarde la vérité.
L'enfant fidèle et parfait Regarde celui qui l'a fait.
Dieu qui, chacun par son nom, Connaît tous ses petits oiseaux, A rassemblé dans sa maison
Qui est scellée de sept sceaux Ces grains ailés par millions Dont chacun diffère en espèce.
Du Séraphin à l'Ange ils sont Les types et les promesses De toute la Création, Et dans l'fcternelle Sion La Préface de la Messe.
Nul ne s'agenouille et ne prie, Nul ne donne raison à Dieu, Nul ne pleure et ne voit sa vie, Nul avec un cri douloureux Ne s'ouvre au Fils de Marie, Sans que son âme ensevelie Ne se pénètre peu à peu De l'aimable compagnie Des Anges délicieux :
O éclosion de l'Ami !
Du frère spirituel, Du guide qui nous est choisi Pour nous communiquer le Ciel Et nous fondre à la hiérarchie De ceux-là dont il est dit Qu'ils ne prennent ni ne sont pris
CORON A BENIGNITATIS
En mariage corporel !
Nul du Père n'est accueilli
Qui n'est semblable à ses petits.
Lorsque le soleil se lève,
L'œuvre de la terre commence.
Le champ propose, l'homme achève.
Et quand il a fait son labour
Le soleil reprend à son tour
La moisson qui gagne accroissance
De la nouvelle semence.
Tel, une fois dans le sentier
De l'étroite et longue science,
Maladroit, chacun de nos pieds
Suit, pas à pas, l'appel altier
Des ailes de l'intelligence !
Et quand nous avons confessé
Notre péché toujours le même,
Nous entendons, toujours le même,
Reconnaissance et soupir,
L'aveu vers le Dieu de bonté
Qui l'a fait pour ne point mourir
De l'Ange participé.
C'est pourquoi que nul ne méprise A cause qu'il ne la voit pas Cette main que Dieu a commise Pour tenir la nôtre ici-bas.
Nulle route n'est si raide Qu'un Ange ne nous précède.
Près de l'infirme et du vieux Se tient quelqu'un qui voit Dieu.
Malheur à qui le scandalise !
L'innocent ne pardonne pas.
Le Cœur obscur ne déçoit pas L'œil limpide qui le garde Du virginal compagnon Et rien ne fait attention, Comme un enfant qui regarde !
Quand entre la mort et la vie Dans l'agonie graduelle L'âme frémissante étudie L'amer commencement du Ciel, Ah ! puissions-nous, comme Tobie, Au jour de son pèlerinage, Quand il allait, modeste et sage, Vers la fille de Raguél, Voir un instant qui sourit
Fièrement et nous appelle, Parmi les ombres épaissies De notre Mésopotamie, Compatissante et fidèle, La face de Raphaël !