‹ Corona benignitatis anni DeiChapitre 43 sur 65 · SAINT NICOLAS · texte numérisé non relu

SAINT NICOLAS

Voici l'hiver tout-à-fait et Saint Nicolas qui marche entre les sapins

Avec ses deux sacs sur son âne pleins de joujoux pour les petits Lorrains.

C'est fini de cet automne pourri. Voici la neige pour de bon.

C'est fini de l'automne et de l'été et de toutes les saisons.

(O tout cela qui n'était pas fini, et ce noir chemin macéré, hier, encore,

Sous le bouleau déguenillé dans la brume et le grand chêne qui sent fort !)

Tout est blanc. Tout est la même chose. Tout est immaculé.

La terre du ciel a reçu sa robe superimposée.

Tout est annulé, mal et bien, tout est neuf et recommence de nouveau.

L'absence de tout est en bas et les ténèbres sont en haut.

Mais dans un monde blanc il n'y a que les Anges pour être à l'aise.

Il n'y a pas un homme vivant dans tout le diocèse,

Il n'y a pas une âme éveillée, pas un petit garçon qui respire,

A l'heure où tu viens vers lui dans la nuit, puissant Évêque de Myre !

O pontife ganté dans la nuit ! Espérance des petits garçons

Qui sont tellement braves depuis hier et qui savent depuis deux jours leurs leçons,

Saint Nicolas à qui Dieu d'un seul pas a donné le pouvoir de tout changer,

Et qui sais faire d'un seul coup de ce monde mal arrangé,

Avec force étoiles naïves et pompons et pendeloques roses et bleues,

Un étrange paradis faux et une grande salle de jeux,

Laisse-nous les yeux fermés trois fois de suite taper au milieu de ta baraque,

Apporteur des choses futures qui tiens toute la Création dans un sac !

Que d'autres prennent les soldats et les chemins de fer et les poupées !

Pour moi, donnez-moi seulement cette seule boîte bien fermée :

Il suffit que j'y fasse un trou et j'y vois des choses vivantes et toutes petites :

Le Déluge, le Veau d'or et la punition des Israélites,

Tout un monde intérieur avec un soleil qui marche tout seul,

Une scène où deux hommes se battent à cause d'une femme en deuil,

Et jusqu'au fond de cette maison future qui est la mienne, pleine de lumières et de meubles et de petits enfants :

Je regarde par la cheminée d'avance tout ce qui se passe par dedans.

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