‹ Corona benignitatis anni DeiChapitre 44 sur 65 · CHANT DE MARCHE DE NOËL · texte numérisé non relu

CHANT DE MARCHE DE NOËL

Allons, il est l'heure de partir, y sommes-nous tous, les enfants?

Avez-vous bien tout ce qu'il faut, car il fait choc! dehors, les galoches et les manteaux, les voiles, les cache-nez et les gants ?

Alors soufflez la lampe et venez, car moi, je marche par devant.

J'ai fait le chemin, c'est moi qui vous conduirai, qu'aucun autre ne fasse l'important.

On a éteint, voici notre petit groupe tout noir à la clarté du feu qui meurt,

Ceux qui me sont unis par le sang, ceux-là qui me sont unis par le cœur,

Et le vieux avec sa vieille, les servantes et les jeunes gens, et la mère avec ses enfants,

Et le juste qui a porté le poids du jour avec l'ouvrier de l'onzième heure.

COR ON A BENIGNITATIS

Il fait trop sombre pour se compter, on dirait que nous sommes plus nombreux que tout à l'heure.

S'il y a des morts qui se soient joints à nous, soyez les bienvenus, chers parents !

N'ayez pas peur de nous, nous nous sommes tous confessés ce soir, prenez place entre les innocents.

Tous à l'exception de ceux-ci qui croient et qui doutent encore à moitié,

Et qui, s'étonnant un peu, cependant m'accompagnent par amitié.

Qui, prenant mon grand bâton, passe devant comme un ménétrier,

Chantant notre chant de marche de Noël à plein gosier va-comme-je-te-pousse,

Un seul vers si je n'en trouve qu'un dans mon sac, et d'autres qui viennent tous ensemble par secousse.

Quand il n'y a pas de rime, il faut, ma foi, s'en passer.

Si mon vers ne va pas tout droit, ce n'est pas qu'il y manque des pieds,

Précédant de peu ma pensée, comme l'aveugle qui tâte avec son bâton.

Mais le chemin aussi n'est pas commode, cette neige n'est pas du coton.

Allons tout de même en avant, de par Dieu ! à cœur joyeux tout est bon.

Si ma chanson ne vous va pas, je la chanterai cependant tout du long.

Le quadruple Alléluia avec neume, et non pas croac ! et Requiem !

Car c'est la grand'nuit que par toutes les routes les chrétiens sont en marche vers Bethléem,

Et nous, combien que peu nombreux nous faisons notre peloton.

La porte pas plus tôt ouverte, voici tout le ciel qui nous saute aux yeux !

Un million d'étoiles piquantes avec la Voie Lactée au milieu.

Ministre de la solennité, le ciel énarre la science aux cieux.

Le firmament dans son immense ornement raconte la gloire de Dieu.

Un seul éclair ! c'est toute l'armée des cieux qui dégaine, rangée sur nous avec ses capitaines, spécialement cinq ou six,

L'immense peuple entremêlé d'une seule voix chantant Gloria in excelsis !

Spécialement cinq ou six étoiles, et voyez celle-ci la plus belle !

COR ON A BENIGNITATIS

O Globe spirituel suspendu sur la sainte Etable!

Vase de la lumière consacrée que nous apporte un ange indubitable.

Pour toi, ville de David et de Booz, ô Bethléem Ephrata,

Certes tu n'es pas la plus mince entre toutes les cités de Juda,

Puisqu'à ton flanc cette nuit doit naître le Sauveur des hommes !

Chacun est venu du plus loin t'apporter ce nom dont il se nomme.

Que de lumières dans tes rues ! que de tapage et que d'affaires !

César Auguste aujourd'hui recense toute la terre.

L'Enfant Prodigue, qui traite le Mauvais Larron et les employés du Comput,

Se divertit chez le rôtisseur avec les joueuses de flûte.

Il y a un feu pour chacun, excepté pour le Roi du Ciel.

Pauvre Jésus, quand tu te présentes, il n'y a jamais de place à l'hôtel !

Joseph, avec l'humble Marie sur le petit âne, s'en va de porte en porte.

L'aubergiste, quand il voit cette femme enceinte, appelle au secours et main-forte !

Et refoule avec sa serviette sur le perron et sous la branche de sapin

Saint Joseph qui n'a point son auréole sur la tête, mais une vieille casquette en peau de lapin.

C'est pourquoi, nous, n'ayant point de l'argent pour faire ici la débauche,

Nous laisserons la ville à droite et prendrons ce chemin sur la gauche,

Qui conduit vers le désert et les communaux comme l'indique

Le pas fréquent de ces animaux agréés par le Lévitique.

Tournons à ce coin maintenant et là-bas où sont la herse et l'araire,

Sous le grand chêne d'Abraham, voyez-vous ce trou dans la terre ?

C'est là.

CORON A BENIGNITATIS

Restons tous en repos un moment attendant que minuit sonne.

Quelques minutes encore et notre longue attente est finie !

Les semaines de Daniel ont terme, Noël commence aujourd'hui.

Hodie lux illuxit noHs, cœli fadi sunt melliflui.

En ce point même l'éternité prend sa source, aujourd'hui

Le Verbe commence en nous comme il a commencé avec Dieu dans le Principe !

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