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PANNEAU

Peint par Corot, chez Decamps. Dessin d'Alfred Robaut.

LES ARTISTES CÉLÈBRES

paysan, avec une femme qui donne du grain aux poules; ou bien l'intérieur d'une cuisine et son mobilier rustique, sa cheminée fumeuse où quelques tisons achèvent de se consumer.

Tous ces coins ignorés, toutes ces choses vulgaires à côté desquelles nous passerions indifférents, Corot nous oblige à les regarder, à les voir par ses yeux, à goûter la poésie dont il sait les revêtir, parce qu'elle est en lui et qu'il la communique à tout ce qu'il touche. Chaque année, dès la pointe du printemps, il gagnait les champs; il était ému par cet éveil charmant de la végétation ; il en voulait suivre les progrès quotidiens. Au sorir de l'atelier, il avait des joies d'enfant à humer cet air vivifiant, à récréer ses regards de toutes ces harmonies délicates et fugitives. Voici' que l'hiver est passé et, sous un ciel clair, les champs étalent leurs sillons ensemencés aux premières caresses du soleil. Les chaumes commencent à reverdir et la nature entière tressaille, pénétrée de la sève nouvelle. Dans le Ruisseau ( n° 6 du Catalogue), le printemps a éclaté. Parmi les gazons drus et lustrés, des troncs d'arbres grisâtres, à l'écorce moirée, étendent leurs branches dontles bourgeons se gonflent, prêts à éclater. Un nuage de tendre verdure flotte autour des saules, tandis que d'autres arbres plus tardifs, encore inertes, dessinent sur le pâle azur le fin lacis de leurs rameaux dépouillés. Avec des horizons plus ouverts, V Artois 2 nous offre une autre acception du printemps, de ses colorations amorties, de ses ombres indécises courant sur la campagne, de ses ciels subtils dans lesquels flottent quelques nuages blancs . L'air est rempli de bruits et de senteurs ; tout est joyeux , frémissant , tout annonce la prochaine expansion de la vie partout répandue. C'étaient là pour Corot des moments privilégiés, et dans toutes ces études, avec une technique plus affinée et des colorations plus tendrement nuancées, on sent l'allégresse du bon peintre et l'entrain de son travail. Quand, vers la fin de sa vie, il dut compter avec ses forces et ne plus s'accorder qu'avec précaution ces pures jouissances, il ne pouvait regarder sans émotion les études qui les lui rappelaient. « Derrière le tronc de ce peuplier blanc, disait-il en me montrant l'une d'elles, il y avait un merle qui chantait à tue-tête, pendant tout l'après-midi. Je l'entends encore et j'ai essayé de le faire entendre. Mais cette saison est terrible à rendre. Le peintre ne peut donner l'idée de tous ces parfums, de tous ces chants répandus dans l'air pour annoncer la venue du printemps. »

Sans dévier jamais, Corot avait paisiblement poursuivi sa route, avec une douceur opiniâtre. L'originalité de son art lui valait, sur le tard, parmi ses collègues, des admirations ferventes. Affectueux comme il l'était, il savourait la douceur d'être enfin compris et se montraittouché des témoignages de sympathie qui de plus en plus lui étaient donnés. Un paysagiste fort épris de son talent, mettant quelque réserve à lui exprimer ses éloges : « Allez donc, lui disait le maître, ne vous gênez pas. Je n'ai pas été gâté par les louanges. Si j'en reçois un peu aujourd'hui, ça ne fera jamais que le compte. » « Corot est un véritable artiste, écrivait Delacroix, à la suite d'une visite faite à son atelier (14 mars 1847). Il faut voir le peintre chez lui pour avoir une idée de son mérite. J'ai

1. Exposition de cent tableaux à la Salle Petit. Juin 1 883 ; n° 2 du Catalogue.

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