‹ CorotChapitre 8 sur 8 · I.K BEI II! ii I DE DOUAI · texte numérisé non relu

I.K BEI II! ii I DE DOUAI

(Musée 'lu Louvre.)

sa dette à la Parque, qui fauchait quelques semaines seulement plus tard le grand Millet, et qui n'épargnait Daubieny et Daumier, enterrés tous deux à côtés de lui au Père- Lachaise, que trois ou quatre ans encore, le charme permanenl el la forer toujours égale de sou talent masquaient la grâce de longévité dont ce! élu du destin avail bénéficié. La postérité, trompée par ce privilège, continue de le rajeunir en associant sa mémoire à celle de ses illustres émules, que je viens de nommer. Cependant, tandis que Corot appartenait parsa naissance au \\ [uesiècle, son confrère de Barbizon, dont le nom est si souvent de nos jours rapproché du sien, venu au monde en 1814 seulement, quoique décédé la même année que lui, entrait à peine dans la vie vers 1830, lorsque, lui, il abordait déjà la lutte artistique, après son apprentissage d'Italie. Rousseau, dont on ferait non moins à tort un de ses contemporains et de ses amis, se rattache au contraire à Millel par I âge et par les affinités. Corot et lui n'étaient ni du même temps, ni du même bord. Je doute même qu'il existai entre eux des liens de sympathie. L'un et l'autre se formèrent à Fontainebleau, mais chacun à son heure et chacun à sa façon, sans rien de commun dans les habitudes ni dans les tendances. Jules Dupré. né en 181 1. un an avant Rousseau, et qui devait lui survivre une quinzaine d'années, n'étant morl qu'en 1889, n'es! pas davantage

un artiste allant de pair avec Corot. Son admiration pour son devancier, déjà parvenu à la maîtrise à I heure de ses propres débuts, se traduisit, on le sait, par l'acquisition du

fameux « Concert rustique », le jour où ee morceau fui mis eh vente après la morl de son auteur. Il rendail ainsi hommage à l'homme dont 1 art autanl que la personne 1 avaieril séduit et charmé. Cependant leurs rapports personnels étaient restés dans les limites d'une confraternité banale, sans intimité véritable. Il en allait de même pour Diaz, ardemment passionné pour l'œuvre de I lorot, mais rarement appelé à se rencontrer avec lui. Daubigny, seul parmi les grands pavsagistes du xixe siècle, fut l'intime du maître que ni la naissance, ni l'éducation ne prédestinaient à marcher sur la même route que lui. Le hasard les ayant conduits un beau jour à travailler l'un auprès de l'autre dans une campagne de l'Isère, ils s'étaient plu ef s'étaient liés en dépit de la grande différence d âge qui les séparait. Daubigny, enfant de l'année 1817. est l'un des plus jeunes de la bande glorieuse souvent décorée du titre « d'école de 1830 ». impropre en ce qui concerne la plupart de ceux qui la constituent. Deux années seulement le séparaient de nuire cher Harpignies, dont la robuste figure demeure encore debout parmi nous, comme un vivant témoin de l'époque héroïque «lu paysage.

A ces « petits amis ». dont celui-là était aussi, Gorol ne marchandait pas lesconseils de son expérience, déjà longue à l'heure où ils abordaient la carrière. » Conscience, confiance en soi et persévérance» : telles étaient, je l'ai déjà dit. les trois vertus primordiales qu'il exigeait îles débutants, les ayant mises en pratique lui-même. Il ne leur cachait pas la dureté de la lutte et la dil'licullé de la réussite, sachant

COROT. H;j

par expérience qu'à moins de posséder dos rentes, on risque de rester en route. « Avez-vous de quoi vous amuser sans compter sur autrui? » disait-il à quiconque le consultait sur une vocation artistique. Si la réponse était négative, « Eh bien, répondait-il. mon ami, ne faites point de peinture. En courtisant celle dame-là, vous risquez de mourir de faim.» Pour ceux que cette dangereuse maîtresse avait subjugués et à qui la fortune refusait ses sourires, son cœur s'ouvrait d'ailleurs tout grand, et il leur tendait, à l'occasion, une main secourable. .Nous savons, par la confidence qu'il en faisait à un ami dans une de ses lettres, que, pendant son séjour à Rome, il s'exposa à la colère paternelle et provoqua sur son compte les soupçons les plus défavorables pour rendre service à son camarade Léon Fleury, incapable, sans son concours pécuniaire, de l'accompagner dans les montagnes delà Sain ne. Après avoir exposé le t'ait, le candide bienfaiteur ajoutait : « Quel est le jeune homme qui en aurait fait autrement ? » ( )n ne se montre pas généreux avec plus de simplicité. Déjà si empressé à partager son bien avec autrui lorsque ce bien demeurait fort modique, il prodigua ses libéralités sans compiler le jour où l'état de son patrimoine le lui permit. Pour dissimuler ses aumônes, sa bonté' inventait de louchants stratagèmes. Parfois il simulait un enthousiasme spontané pour quelque méchant tableautin dénué d'intérêt, afindepouvoirlaisser surle Chevalel d'un commençant ou d'un vieux confrère dans la gêne le sourire de quelques billets bleus. L'amitié lui imposait encore d'autres sacrifices. <m le vil

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faire antichambre dans un ministère en vue de solliciter une

commande, non point pour lui certes, mais pour tel camarade que cette libéralité administrative devait aider à vivre quelque temps. Daubigny, qui connaissait le fond inépuisable de cette bienfaisance impatiente de se manifester, lui contait un jour que Daumier, retire à Valrnondois dansune masure de paysans, y \ égétail dans un dénûmentlamentahle. Malade et incapable de subvenir à ses besoins, il se voyait en outre à la veille d'être chassé par un propriétaire dont les loyers ne rentraient plus. Corot, dont les yeux s'étaient mouilles d'émotion, ne laissait pas son ami achever son récit. Le lendemain, la maisonnette était à lui, et Daubigny en portait de sa part la clef à Daumier qui, faute de trouver, pour exprimer sa reconnaissance, des termes assez éloquents, chargeait un de ses « avocats » de le représenter auprès de son amical bienfaiteur. L' a avocat » prit place au chevet de Corot, et j'ai ouï dire qu'alité à son tour quel-) ques mois plus tard, et en proie à la maladie qui devait l'emporter, le brave homme de grand artiste regardaitavec complaisance le petit orateur délégué par son confrère, et disaitàplusieursreprises : « Cettepeinturedàmefaitdubien. » C'était la voix de la conscience satisfaite qui parlait de la sorte.

Daumier n'était pas pour Gorol un camarade, de jeunesse, comme on pourrait le croire en apercevant, dans le musée de la ville de Paris, le nom du paysagiste et la. date 1833 au bas d'un portrait catalogué comme celui du fameux raricaturiste. Cette toile, qui n'est sans doute pas plus 1 image

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(Musée du Lou\ rc !

de Daumier que l'œuvre < 1 « * Corot, tend à accréditer non

seulement une fausse conception du talent de ce dernier c(mii me portraitiste, qui n'a rien à voir avec cette page d un académisme impersonnel, mais encore une erreurdans la chronologie de ses amitiés. Ce n'est qu'après \H'.)2 que le peintre de Ville-d'Avray. introduit par Daubigny dans la société artistique de l'île Saint-Louis où celui-ci élail chez lui, se lia avec Daumier en même temps qu'avec le sculpteur Geoffroy-Dechaume, son inl ime. Geoffroy-Dechaume avait déjà appris à connaître celui que Daubigny appelait familièrement « le père ( lorot » par certains passades des lettres que ce dernier lui avail adressées de Crémieu, théâtre de leurs communs exploits. Jl avait reçu de son correspondant quelques lignes illustrées d'un croquis humoristique représentant « le patron » — pour me servir de son expression à la fois déférente et familière, — en train de fumer pipette dans son lit, el projetant sur le mur une ombre fantastique. Ces lignes disaient: « Le père Corot est. en

somme, un excellent lioillllie. ijui entremêle (le très lions conseils toutes ses plaisant cries. Nous avons fait des parties de rire à nous en tenir les boyaux. » Le houle-eu-train, dont les cheveux étaient déjà blancs, m;iis dont l'âme n avaii pas pris une ride, cessait de plaisanter lorsque la peinture était en jeu. C'est ce qui taisait dire, en ce tempslà, àun critique, après une visite à son atelier : <• Il a la crosse joie d'un barbier de village el la candeur d'un ministre protestant. » Le caricaturiste du Journal pour rire, qui lui donnait sa place dans une revue facétieuse des celé-

brités de la palette s abstenait de toute parole irrespectueuse et mettaiteomme légende, en bas de sou dessin, un hommage plein de déférence. « Corot, écrivait Nadar: un des noms les plus justement vénérés de 1 école moderne. Quand même l'admiration que nous professons pour ceta- Icn! si élevé ne uous in.terdirail pas ici toute tentative de plaisanterie, nous serions encore rappelé au respect par la dignité de ce caractère el 1 estime fervente qu'il inspire à toute la jeune génération. » Le fail esl que", sous son aspect tir « barbier de village » ou de « roi d'YvetOl », pour emprunter la comparaison tombéede la plume de Théophile Silvcstre après celle inventée par Ghampfleury, cet artiste «à la cordialité joyeuse ». «à la face enluminée », habituellement eoifte d'un « bonnet de coton à mèche tricolore » et « vêtu d'une blouse bleue » de paysan, cachait, sous des dehors plutôl vulgaires, un grand fond de sérieux et l'âme la plus ardemment éprise de sa profession M. Frédéric llenriet, l'excellent historiographe de son ami Daubigny, dépeignant naguère les mœurs du groupe de peintres auquel celui-ci appartenait et dont il faisait lui-même partie, comparait la gravité des vocations artistiques de ce temps-là à celle des vocations religieuses. A l'entendre, l'homme qui sedonnait alors à la peinture lui appartenait sans partage: c'était une sorte d'entrée en religion. Eh bien. Corol fut par excellence un de ces illuminés chez lesquels brûle 1 ardente (la m nie que la foi allume au fond des neurs. Sa figure, semblable en cela à celle d'Ingres, est véritablement celle d'un pontife de l'art. Son pontificat à lui. s'éxçr-

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çait dans un fayonnemenl d'aimable enjouement, voire dé « folàtrerie » enfantine, prolongée jusque dans l'arrièresaison de la vie. -Mais «•es dehors frivoles masquaient le plus ferve'nl des apostolats. Sou esprit. h;anlé par la peinture, se refusait à concevoir la vie privée de cette divine enchanteresse; Lui parlait-on des destinées possibles de L'humanité après L'achèvement de sa carrière terrestre, aucune félicité ne le tentait sans le prolongement des .louées fictions qui berçaient sou rêve. In jour, chez des anus où ta conversation avait pris un tour philosophique. Comme il étail question de la vie future et que Les causeurs émettaient leurs hypothèses sur ce grave problème, Lui, fronçant Le sourcil, entre deux bouffées de sa pipette, proférait avec une moue comique: « Ah! ça, j'espère bien quèdans votre Paradis on fera encore de la peinture ! »

La peinture fut pour Corot L'amie bien-aimée à Laquelle son cœur sacrifia tout, el pour Laquelle, comme un prêtre, il garda le célibat. Ce fui aussi la fidèle el bienfaisante consolatrice «les jours sombres. Au lendemain des deuils les plus cruels, elle le conduisail dans la sérénité champêtre, où le souille du zéphir séchail les larmes de ses veux, «'t où sa rêverie, bercée par le cantique des oiseaux après avoir erré parmi la radieuse nature, trouvait sans effor| le chemin des cieux. L'atelier, à son tour. s'étail peuplé de douces visions agrestes el l'on sait comment, enfermé à Paris pendant le siège, le sensible vieillard parvint a oublier, parmi les buissons enfantés par sa mémoire, 1rs douloureuses transes de son patriotisme meurtri.

Cependant, ce rêveur n'était rien moins qu'un espril en l'air et, pour trancher le mot, un bohème. L'hérédité avait, au contraire, fortement marqué le fils <le commerçant, destiné par les siens à L'atmosphère resserrée d'une boutique, qui, bien qu'échappé de cet horizon étroit, n'oublia pas ailleurs les habitudes d'ordre et de labeur patient contractées au sein de la ruche où il était éclos. Ce n'est pas faute d'application et de méthode si le succès fut long- à couronner ses etforts, et si le public, pendant vingt-cinq ans, lui tourna le dos. Son apprentissage d'Italie avait été une école sévère, acceptée avec courage par cette nature sensible, à qui il en coûtait de se séparer de tout ce qui lui était cher pendant trois grandes années. « 11 faudra beaucoup de plaisir et de bonheur à mon retour, écrivait-il de là-bas, pour balancer les peines et les fatigues d une absence aussi longue. » Son [tins grand désir était de plaire et d'échanger contre de beaux écus sonnants les produits de son travail, comme un honnête ouvrier qui a fait de bonne besogne. Ne croyez pas que. pour se sentir à l'abri du besoin, pour avoir reçu des siens « de la soupe et des souliers-bottes ». il dédaignait celle satisfaction d'amour-propre. Malgré la conscience intime de sa valeur, attestée d'ailleurs par l'approbation de ses pairs, son sang de bourgeois lui montait à la face et la rougissait de honte quand il comptait les toiles rebutées par les amateurs. Alphonse Karr, dans ses Guêpes, s esl amusé à imaginer un dialogue entre le grand incompris et un de ses amis, qui s'entête à prendre pour une mystification! annonce

de la vente d'une étude qu'il réclame. L'ami, convaincu à la fin par la production des billets de banque H des louis d'or, s'en va publiant partout : « Dites donc, une drôle de chose 1 Corota vendu un tableau. » El partoutonlui répond: « Allons donc? », où » Ali! haïr? », ou encore « Pas possible. » L'humoriste riail de la sottise du public, qui laissait à Corol ses paysages. Mais Corot en souffrait profondément en secrel et, au fond, ne trouvai! point la chose si risiblr que cela. Ecoutez sur quel ton il s'empresse de répondre aux ouvertures qui lui sont faites par un des premiers amateurs ayant manifesté le désir de posséder un échantillon de ses productions. « Monsieur, écrit-il à cet amateur, qui se trouve être un confrère, j'ai reçu votre très gracieuse lettre, par laquelle vous me communiquez votre intention d avoir quelque chose de moi. Je suis très flatté de cette distinction de votre part, et je m'empresse de vous remettre, selon vos indications, une petite toile. Je désirerais savoir s il vous conviendrait d'avoir une étude d'après nature ou une composition. Les objets que je vous destinerais seraient du prix de 200 francs. Les études sont de 12 à 1 .") pouces. » Cette lettre d'affaires, par laquelle débutèrent les relations, par la suite si affectueuses, de Corot avec Constant Dutilleux, montre, par le contentement naï! (in elle reflète, combien la vente de ses œuvres tenait au rieur de cet homme cependanl si désintéressé.

Ne fût-ce que pour 'hunier plus de prix aux cadeaux qu'il en faisait à profusion, son amour-propre s'impatienta longtemps de ne point « placer o sa peinture avec la même

facililéque, restédans lé commerce, il eûl écoulé des aunes de drap. Aussi, lorsque ses radieux paysages furent devenus, après trop d'années d attende;, une marchandise cotée et disputée, ce ne fut pas sans orgueil qu'il encaissa par surcroit le fruit matériel de son labeur, lotit en moissonnant l»'s lauriers de la gloire. Le commerçant manqué se souvenait de ses origines el regardail d'un œil complaisant l'or affluer dans son escarcelle. Il jouissait naïvement de ce pouvoir de battre monnaie dont son pinceau disposait désormais et se plaisait, à l'occasion, à en faire quelque peu parade. Mais un mouvement généreux déterminait le plus souvent ces manifestations innocentes. Ainsi, certain jour, en présence d'une mauvaise peinture qu'un pauvre hère soumettait à son approbation, il saisissait ses pinceaux, les promenait sûr la petite toile et en faisait un Corot, authentiqué par une magistrale signature". Après quoi: «Tenez, faisait-il. à présent je crois que vous vendrez cela plus facilement ! • ■

Que d'infortunes bénéficiaient, sous une forme ou Sous une autre, de sa charité toujours prête à se multiplier ! Son cœur contenait d inépuisables réserves de tendresse que. faute d'avoir fondé une famille, il ne trouvait pas I occasion de déployer à son foyer. Ses amis el leurs enfants en bénéficiaient : le « vieux papa » leur partageait son inépuisablebonne grâce et ses douces prévenances, Les neveux et nièces, que lui avait donnés sa sœur, recueillaient aussi leur large part de son affection avide de se répandre. El puis. l'Humanité anonyme el ses souffrances, que repré-

sente le dévouement d'une sœur de charité, «'veillaient à son lour son active sympathie. Chaque fois qu'une cornette apparaissait au seuil de son atelier, < 1 < • s bénédictions l'accueillaient. L'émissaire des pauvres s'en allait les mains pleines cl ( !orot coupait coi n'i à ses remerciements en disant: « Toutes les fois que vous venez, ma sœur, c est pour nie faire faire un bon tableau. Vous m'apportez l'inspiration d'en haut. » Est-ce à dire que le bonhomme fûl ce qu'on est convenu d'appeler un dévot"? Mon Dieu, non. Un camarade d'Italie, dont la vocation avaitavorté, et qui sedédommageait de ses déboires artistiques par une piété militante, lui adressa même un jour une pièce de vers de sa façon pour déplorer sa tiédeur religieuse. Le versificateur, parodiant Corneille, disait avec emphase, en parlant de lui :

" Il a trop 'le talent pour n'être pas Chrétien. 9

évidemment, le christianisme de Corot n'était pas celui qui satisferait un esprit étroit. Une fois que des personnes pieuses s'entretenaient en sa présence des châtiments éternels de l'autre monde. << Ali! lit-il, vous avez une drôîe de conception du lion Dieu! » Ce doux rêveur, qui n'était rien moins q u'u n esprit fort, et qui, tout en conservant une grande indépendance d'idées, sursautait à la pensée de se voir confondu avec ces dogmatistes à rebours qui s intitulent « libres penseurs ». cet artiste qui disail ingénument : « Si je fais quelque chose de bon, c'est que le Seigneur aura envoyé son petil ange ». Le Divin Maître — n'en déplaise au censeur revèche dont j'ai rappelé les doléances — l'eût revendiqué

comme le meilleur de ses disciples. Mais, en cela comme dans le reste, le bonhomme gardait ses coudées franches. Sur sa table de nuil. qui lui servait de bibliothèque, on voyait, tour à tour, ce bréviaire de la sagesse antique qui s'appelle le Manuel d' Epictète et le code du renoncement évangélique qu'est l'Imitation de Jésus-Christ. Les pages de ce poème d'amour mystique, qu'il déclarait « fameuses » entre toutes, transportaient d'enthousiasme son âme de septuagénaire candide, et lui suggéraient des idées d'ardent dévouement humanitaire. Sous cette influence, il s'était pris d'une admiration jalouse pour saint Vincent de Paul. C'esl ainsi qu'un jour où quelqu'un vantait devant lui le bonheur d'un artiste de sa trempe, capable de faire vibrer autrui à l'unisson de ses propres émotions, il repartait sur-le-champ : d Oui, sans doute, je n'ai pas à me plaindre de mon lot; mais j'envie tout de même saint Vincent de Paul ! » La parole est sublime etle vœu d'une noblesse sans égale. Me trompé-je en déclarant que Dieu l'a exaucé ? Du sein des musées, où son art resplendit, Corot répand sur les générations affamées d'idéal la manne substantielle dérobée au Ciel par son génie. C'est le saint Vinrent de Paul des cœurs épris de beauté sublime.

TABLE DES MATIÈRES (l)

Introduction. ■">

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