‹ Corot, souvenirs intimesChapitre 16 sur 79 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

le matin, à huit heures ; il faisait à peine jour et la neige tombait pour fondre aussitôt qu^elle ‘avait touché la terre; le ciel était blafard et lugubre comme la scène qu’il éclairait; il y avait peu de monde, et tout contribuait à augmenter la tristesse de la cérémonie. M'"® Aligny voyant Corot qui grelottait, vint à lui et le pria de s’en aller, mais il ne voulut pas y consentir. — Dans le tantôt de ce même jour, il m’a raconté ces détails. Nous venions de quitter ensemble son atelier, et un rayon de soleil perçait la brume : « Ah! dit-il, il fait meilleur à présent que ce matin au cimetière, mais c’était pour moi un devoir, une dette sacrée. )> Pouvait-il exprimer mieux, d’une façon plus délicate et plus simple, qu’un demi-siècle écoulé lui laissait une mémoire fidèle, et n’avait pas affaibli sa reconnaissance pour le suffrage reçu aux jardins de César ^ ?

Edouard Bertin, aussi connu comme directeur du Journal des Débats que comme peintre.

I. On s’occupe présentement de placer le buste d’Aligny au musée de Ne vers ; il est né aux environs de Saint-Pierrele-Moustier (Nièvre). Corot avait offert de concourir à la réalisation de ce projet.

COROT

était à peu près dans la même voie qu^Aligny^ et Corot a pu bien des fois apprécier la bonté de son goût.

« Combien, disait-il^ à propos des dessins de Bertin, ses conseils m’ont été utiles! Quelle manière simple et grande de voir la nature ! C’est aussi à lui que je dois d’être resté dans la voie du beau; et quel instinct! Quand nous allions tous trois, avec Aligny, cherchant un motif dans la campagne de Rome, Édouard était toujours le premier à l’ouvrage et à la bonne place ; il n’y avait pas à dire, c’était le bon endroit qu’il avait choisi ; enfin, ajoutait- il dans son langage pittoresque, c’était de nous trois celui qui savait le mieux s’asseoir ^ » Peut-être, mais des trois amis qui parcouraient l’Italie à la recherche du style et de la grandeur, c’est Corot qui a su s’élever le plus haut.

Ce qui constitue sa première manière, où il est plutôt sec que vaporeux, a son point de départ dans les études qu’il fit alors ; tous ses efforts tendaient à allier la noblesse de la

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