‹ Corot, souvenirs intimesChapitre 15 sur 79 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

avaient fait ce miracle; son jugement était respecté, venant d^un homme grave, habile, et qui ne devait pas se tromper.

A partir de ce moment, Fauteur de la belle Étude du Colisée^ fut considéré comme étant un artiste de valeur et d’avenir. Soutenu par Fexemple et les conseils d’Aligny, qui fut le révélateur de son talent et lui donna la confiance, ce grand ressort qui soutient la vie, il consacra une partie de son temps à faire des dessins d’après nature. On reconnaît facilement ceux qui sont de cette époque à la préoccupation qui le tient de rendre ce qu’il voit d’une façon juste et vraie, à la fermeté et à l’exactitude; ils sont très-serrés d’exécution, rien n’y est laissé à la fantaisie qu’on trouvera plus tard dans un certain nombre de ses ouvrages; et comme marque spéciale, il y a des traits d’encre afin de mieux arrêter les contours.

Corot fut profondément touché de l’approbation d’Aligny, de celui qui le premier avait

I. La Chronique des Arts^ du 27 mars iSyj, annonce qu’elle a été léguée au Louvre par Corot. Cette étude est sur bois : h. 0,23 c. ; 1. 0,34. Datée : Décembre iSaj.

COROT

découvert les germes de son talent et lui avait fait entendre des paroles fortifiantes. 11 garda toujours pour cet artiste sérieux une grande estime, et Fattitude qufil gardait devant lui, même dans ces dernières années, marquait encore une nuance visible de respect. M. H. Hanoteau, qufil conduisit un jour à son atelier de la rue Monsieur-le- Prince, nous a dit combien il avait été surpris de le voir timide et pour ainsi dire petit garçon en présence de celui qufil regardait comme son véritable maître ; il vantait , souvent d^une façon spéciale le tableau de Saül qufil trouvait superbe, et n’a jamais parlé légèrement de ses autres ouvrages honnêtes, bien construits, aux belles lignes, ayant parfois un bel accent de la nature, — ses études, par exemple, — et auxquels il aurait fallu seulement dans la facture un grain de charme.

Le souvenir d’Aligny était resté si vivant dans son cœur qu’en 1874, lorsque l’inhumation de son ancien camarade de Rome, mort à Lyon après la guerre (1871), eut lieu au cimetière Montparnasse, dans son tombeau définitif, il ne manqua pas de s’y rendre. C’était en hiver.

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