CHAPITRE DEUXIÈME
en hauteur^ bien rempli par des arbres au feuillage léger^ une rivière^ et, au fond de la perspective, vers la gauche, par les monuments d'aune ville superbe ; mais ce qu^il y a de plus extraordinaire dans cet ouvrage, ce sont les figures ; il y en a neuf, sans compter Fange qui plane dans le ciel; elles sont de grandeur naturelle, bien groupées, dans de belles attitudes et faites de telle façon qu’elles pourraient être signées par un peintre dliistoire. Des artistes ont pensé qu’il avait eu, pour les faire, un collaborateur ; on pouvait être porté à le croire et à ce sujet le doute semblait permis, mais des esquisses de figures se rapportant à cette composition ont été retrouvées à l’atelier, et le panneau est signé en toutes lettres : a C. Corot », sans date; à l’église on ne sait rien.
La composition de droite, Jésus guérissant les aveugles de Jéricho^ qui fait face à celle-ci, est de M. Desgoffe, qui l’a exposée, en 1852, au Palais-Royal. On l’avait attribuée à Aligny, par suite d’une certaine parenté de style, mais c’est à Saint-Étienne du Mont que cet artiste a décoré la chapelle des fonts baptismaux.
COROT
La peinture de Corot, presque unique dans ce genre, n^en est pas moins une révélation de sa puissance et de son aptitude pour le grand art qui comporte tous les sujets, et tel que Font compris le Titien, Poussin et les véritables grands maîtres, y compris Rembrandt, Le paysage, d’ailleurs, n’était pas autant qu’on semble le croire le seul but des recherches de Corot, et, plus d’une fois, il a abordé des compositions historiques, nous le verrons dans la suite, mais, à l’exception du Christ au Jardin des Oliviers, jamais il ne les a traitées avec plus d’ampleur et de sûreté que dans le panneau de cette chapelle ; il a prouvé là, un jour, qu’il pouvait marcher dignement dans le chemin des grands peintres, car l’œuvre est belle et le classe dans l’ordre le plus élevé. Il resterait à savoir pourquoi il l’a entreprise, si c’est une commande de la ville ou de l’Etat qui ne se sont pas montrés prodigues dans l’emploi de son pinceau, ou tout simplement si c’est un don fait par lui à l’église, qui, parmi ses paroissiens, comptait son grand-père, — celui-là même qui avait quitté son village de Bourgogne, Mussy-la-Fosse, où il était né.