‹ Corot, souvenirs intimesChapitre 76 sur 79 · DOCUMENTS ET POST-SCRIPTUM · texte numérisé non relu

DOCUMENTS ET POST-SCRIPTUM

par là même, soit un homme, et que la plus précieuse qualité de Fartiste soit aujourd'hui la simplicité dans la force, j^allais dire la rusticité?

« Corot fut, comme tous les vraies génies, d^une abondance inépuisable. Nul ne fut plus laborieux et fécond et n'aima mieux son travail et son art. Nul ne respecta davantage les sources divines et l'impartialité étrangère aux soucis vulgaires de la foule. Ce peintre pastoral, harmonieux, vif et doux, nous a exprimé l'âme de la nature, plutôt que le menu de ses réalités ; il adorait les champs, mais c'était pour en entendre les voix, les bruits et les chansons, les frémissements de la feuille, et pour saisir les légers brouillards chers aux nymphes et les lueurs fugitives des crépuscules. Dans ce sens, et sous sa monotonie apparente, pas un n'aura fourni une œuvre plus variée, plus adorable et plus complète.

« Hier Corot était encore dans la lutte obstinée, ou plutôt dans le triomphe, triomphe tardif, mais éclatant. Demain la justice impérissable, la gloire commencera pour son nom.

DOCUMENTS

Aujourd’hui^ messieurs, dans cet instant funèbre, où son cercueil est encore sous nos yeux, et le souvenir de l’homme dans notre mémoire à tous, nous devons autant que l’artiste honorer l’homme de nos regrets. Sa longue vie fut heureuse dans sa sérénité, et son cœur fut un cœur d’or. Jamais l’envie n’efîleura sa bonne âme, toujours gaie et toujours riante, et sa charité fut de tous les instants et intarissable.

(( Son nom a été, à coup sûr, le plus populaire entre tous ceux des maîtres de notre école actuelle, et Corot a bien joui de cette popularité jusqu’à la dernière heure de sa longue carrière. Toute la jeunesse l’adorait et avec raison, car il aimait la jeunesse, et son talent, à lui, était fait de jeunesse éternellement nouvelle. Puissent les futures générations de nos peintres se transmettre cette vénération ; car ainsi ils vénéreront la droiture, la bonté, la probité, la générosité, l’esprit de travail, la poursuite imperturbable de ce que l’on juge le beau, le mépris des bas succès et des critiques passagères, — vertus qu’ont pratiquées si fièrement Corot et Millet, ces deux

ET POST-SCRIPTUM

^ patriarches, interprètes supérieurs de la nature

idéale, Vun qui ne lisait que la Bible pour y chercher Taustère et puissante silhouette de ses laboureurs et de ses bergers, l’autre le bonhomme qui a loué, dans des œuvres im- ' mortelles, les deux, les oiseaux et les arbres

du bon Dieu. »

: Vi -*

Page 1