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mais aussi de l'œuvre, une sorte d'allégorie de la poésie. Elle est, d'une certaine façon, l'ultime compagne du poète dans ses derniers jours d'atrocité obscure, en l'absence de Youki, la femme aimée. Enfermé à Compiègne après son arrestation et avant sa déportation vers Auschwitz le 27 avril 1944, Robert Desnos invite, le 6 avril, la belle Rrose dans un sonnet*. L'interpellation, dans une forme classique, de l'irrévérencieuse rebelle montre le chemin parcouru par le poète. La fusion qui s'opère ici entre l'incarnation de l'innovation et la forme classique est émouvante, parce qu'elle est chargée d’une nouvelle force. Cette force doit corriger l'horreur sans nom du présent historique. Elle est celle de toutes les possibilités de la poésie, à la fois ardeur de l'avant-garde tapageuse et gardienne de la tradition du rythme (Éditions Gallimard, Quarto) :
€ Printemps
Tu, Rrose Sélawy, hors de ces bornes erres Dans un printemps en proie aux sueurs de l'amour, Aux parfums de la rose éclose aux murs des tours, à la fermentation des eaux et de la terre.
Sanglant, la rose au flanc, le danseur, corps de pierre Paraît sur le théâtre au milieu des labours.
Un peuple de muets d'aveugles et de sourds applaudira sa danse et sa mort printanière.
C'est dit. Mais la parole inscrite dans la suie S'efface au gré des vents sous les doigts de la pluie Pourtant nous l’entendons et lui obéissons.
Au lavoir où l’eau coule un nuage simule * À la fois le savon, la tempête et recule l'instant où le soleil fleurira les buissons. }}
Rrose Sélavy est également évoquée dans la dernière lettre de déportation de Desnos à Youki, du camp de Flôha, le 7 janvier 1945 : «Pour
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le reste je trouve un abri dans la poésie. Elle est réellement le cheval qui court au-dessus des montagnes dont Rrose Sélavy parle dans un de ses poèmes et qui pour moi se justifie mot pour mot.» Hasard du mot, rencontre amoureuse de toutes les composantes de la langue, Rrose Sélavy s'offre finalement à tous comme plaisir et puissance de la délivrance poétique. Puissance rattrapée et fauchée finalement par l'horreur nazie.
à VOUS...
1. Dans ses Entretiens, André Breton estime que les aphorismes de Rrose Sélavy sont «d'un type lyrique tout à fait inédit». En vous appuyant sur la définition du lyrisme et sur votre lecture de Rrose Sélavy, vous commenterez l'analyse de Breton.
2. Choisissez deux aphorismes de Rrose Sélavy : un qui vous semble très obscur, un qui au contraire vous séduit particulièrement. Pour chacun d'eux, décrivez ies manipulations de signifiants qui permettent la naissance de l'énoncé.
3. Proposez une lecture analytique du poème «Un jour qu'il faisait nuit».
4. Expliquez les principes qui commandent à l'écriture des poèmes «Le bonbon», «Au mocassin le verbe» et «Cœur en bouche». En quoi peut-on dire que leurs titres sont programmatiques ?
5. Commentez dans L'Aumonyme et dans Langage cuit l'utilisation de la partition et de la note de musique.
6. Quels rapports entretiennent les deux poèmes « Langage cuit» | et 11?
7. Robert Desnos a ajouté à la fin de Langage cuit «C'était un bon