‹ Corps et biensChapitre 6 sur 96 · LL > \ . Ê · texte numérisé non relu

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Les putains de Marseille ont des sœurs océanes Dont les baisers malsains moisiront votre chair. Dans leur taverne basse un orchestre tzigane Fait valser les péris! au bruit lourd de la mer.

Navigateurs chantant des refrains nostalgiques, Partis sur la galère ou sur le noir vapeur, Espérez-vous d’un sistre? ou d’un violon magique Charmer les matelots trop enclins à la peur?

La légende sommeille altière et surannée

Dans le bronze funèbre et dont le passé fit son trône Des Argonautes qui voilà bien des années

Partirent conquérir l’orientale toison.

1. Péri : nom masculin et féminin. Génie ou fée dans la mythologie arabo-persane.

2. Sistre : instrument de musique antique à percussion, d’origine égyptienne, sorte de hochet dont on tire des sons en agitant le manche. Utilisé dans de très nombreuses civilisations, attesté comme instrument de liturgie dans l’Ancien Testament. Les pêcheurs de Nouvelle-Guinée s’en servent pour attirer les requins.

Sur vos tombes naîtront les sournois champignons Que louangera Néron dans une orgie claudienne” Ou plutôt certain soir les vicieux marmitons Découvriront vos yeux dans le corps des poissons.

Partez! harpe éolienne, gémit la tempête.

Ils partirent un soir semé de lys lunaires.

Leurs estomacs outrés tintaient tels des grelots. Ils berçaient de chansons obscènes leur colère De rut inassouvi en paillards matelots…

Les devins aux bonnets pointus semés de lunes Clamaient aux rois en vain l’oracle ésotérique Et la mer pour rançon des douteuses fortunes Se parait des joyaux des tyrans érotiques.

— Nous reviendrons chantant des hymnes obsolètes Et les femmes voudront s’accoupler avec nous

Sur la toison d’or clair dont nous ferons conquête Et les hommes voudront nous baiser les genoux.

Ah! la jonque est chinoise et grecque la trirème Mais la vague est la même à l’orient comme au nord Et le vent colporteur des horizons extrêmes, Regarde peu la voile où s’assoit son essor.

1. Néron et Claude : empereurs romains. Claude (10 avant J.-C.-54) épousa en secondes noces Agrippine, la mère de Néron (37-68), qui put ainsi accéder au trône. Néron est resté célèbre pour ses frasques et ses excès, alors que le nom de Claude symbolise une période relativement stable de l’Empire romain.

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