‹ Corps et biensChapitre 85 sur 96 · MOUCHOIRS AU NADIR · texte numérisé non relu

MOUCHOIRS AU NADIR

Dans le ronronnement de tes rouages d’acier Hors du champ tumultueux fouillé par les lunettes!

Vieux Nadir 6 pavé au col pur des amantes

Est-ce dans ta volière au parc des étincelles Qu’aboutissent les vols de mouchoirs et la menthe L'herbe d’oubli dans tes gazons resplendit-elle ?

: pret : ee à on 1. Lunettes : il peut s’agir soit de fenêtres rondes soit d’un accessoire permet de protéger : de corriger la vue. Ce peut être aussi un instrument d’optique permettant d’observer le ciel.

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De silex et de feu

Éraillé béant abritant peste et démence

Il arrive 1l pénètre au port le paquebot

Hors de son flanc comme l’intestin d’une panse La cargaison étonnement des cachalots

Est partie à la dérive au sommet du mât

Flotte un pavillon noir Écartez-vous voilures Tout l’équipage mort moisit dans les hamacs Proie de l’épidémie aux yeux de pourriture

Sur l’épaule inclinant le manche de sa faux Tout à l’heure à midi des bureaux sanitaires L'épouvante danseuse étique! aux bijoux faux Paraîtra saluée par les cris des fonctionnaires Déjà le feu pétille il est trop tard trop tard

Le ciel contemple les gestes des sémaphores Cependant que le flot ronge le coaltar”

Au flanc des bâtiments Qu’apparaisse l’aurore où les ancres levées aux sanglots des sirènes Tous ces bateaux prendront la mer en liberté Qu'ils soient croiseurs, chaluts ou trafiquant d’ébène

1. Étique : adjectif, d’une extrême maigreur. eu 2. Coaltar : nom masculin. Goudron obtenu par la distillation de la rouille.

ou frégate fantôme aux ordres d’Astarté!

Mais je crains qu’à leurs proues les moules par milliers Ne se fixent avant leur départ vers les rades

où l’anneau les attend aux pierres des piliers

où l’on boit le tafia avec les camarades

Que m’importe après tout le sort des matelots Qu'ils crèvent que le port durant dix quarantaines Soit affamé tant pis pour le méli-mélo

Tant pis pour les marins et pour les capitaines Mais au gré des courants flotte la cargaison

La vague la balance et le cap la repousse

La glace et le soleil au gré de la saison

Font péter les caissons où s’accroche la mousse Où flottent maintenant le poivre et la cannelle

Le café la confiture et les bois précieux

Où sont les essences de fleurs et les flanelles

Les barriques de vin la soie brodée de dieux Quels poissons ont mangé les viandes et le pain Et les médicaments et les clous de girofles

La saumure? a rempli la gourde des copains

Des épaves se sont échouées au bord des golfes Mais là n’est pas la mer avec tous ses cadavres Avec ses tourbillons ses huiles et ses laines

Ses continents déserts ses récifs et ses havres

Ses poissons ses oiseaux ses vents et ses baleines Non ce n’est pas la mer ni l’eau ni le ressac

Ni l’horizon que brise une explosion d’étoiles

Ni même un naufrageur qui repêche des sacs

ni la reprise mystérieuse sur la voile

il. De : déesse phénicienne de la Fécondité mais aussi des Sources et des aux.

2. Saumure : eau fortement salée dans laquelle on plonge des aliments pour les conserver.

DE SILEX ET DE FEU

La mer ce n’est pas même un miroir sans visage Un terme de comparaison pour les rêveurs

Un sujet de pensées pour l’engeance des sages Pas même un lavoir propre à noyer les laveurs

Ce n’est pas un grimoire où dorment des secrets Une mine à trésor une femme amoureuse

Une tombe où cacher la haïne et les regrets

Une coupe où vider l’ Amazone et la Meuse

Non la mer c’est la nuit qui dort pendant le jour C’est un écrin pillé c’est une horloge brève Non pas même cela ni la mort ni l’amour

La mer n’existe pas car la mer n’est qu’un rêve

Et moi qui l’appelais à l’assaut de la digue

je reste au pied des rocs jonchés de goémon!

Tandis que le soleil ouvert comme une figue saigne sur les tourteaux errant dans le limon?

Jamais plus la tempête en sapant les falaises N’abîmera la ville d’Ys* les icebergs

Ne dériveront plus à moins qu’il ne me plaise De recréer les flots les voiles et les vergues

Déjà sentant la mort et la teinture d’iode Dans la putréfaction qui comblera les mares

. Goémon : algue marine, varech. : , . Limon : particules de terre emportées par les fleuves, et qui se déposent sur

leurs rives. ; : FR ‘#5 É . Ys : ville bretonne légendaire qui aurait été engloutie par l’océan au 1V* ou au

ve siècle.

Une flore nouvelle apparaît comme une ode Vers le ciel impalpable où s’éteignent les phares

De Marenne à Cancale y a un long chemin L'ai fait à fond de cale Sur un lit de jasmin

De Marenne à Cancale

y a de bons marins

Des solides des mâles

Et cinq doigts à leurs mains

De Marenne à Cancale y a du sable fin

y a du vent qui hâle La gueule des gamins

De Marenne à Cancale Y a morts et vivants

des moribonds qui râlent Du soleil et du vent

De Marenne à Cancale on boit beaucoup de vin qui donc qui nous régale Tout le long du chemin

De Marenne à Cancale Vogue un fameux lapin Un fier luron sans gale qui saoula les marins

Où donc est ma négresse Dit le premier marin

On fit avec sa graisse Quatre grands cierges fins

Découpée charcutée

on l’a mise en un four Les moines l’ont mangée Pendant quarante jours

Où donc est ma gonzesse Dit le second marin

L’est encore à la messe

à prier tous les saints

Je lui ferai connaître

Mon saint Jean, mon saint Louis Car suis-je ou non le maître Dans ce sacré boui-boui

Où donc le gui Madame Dit le dernier marin

qui n’avait pas de femme Et pas de bague aux mains

Le gui le gui silence vous reviendrez un Jour à l’heure de la danse chanter au gui l’amour

DE SILEX ET DE FEU

J'étais aveugle et je croyais qu’il faisait nuit Est-ce bien toi que je nommais la ténébreuse Ô nuit sonore et lumineuse quand s’enfuit L'aigle du cauchemar aimé des nébuleuses

Byron! voyageant en Espagne Habita longtemps à Tolède

Il y rêvait dans la campagne

aux plus belles et aux plus laides Il y fut aimé d’une folle

Il fut aimé d’une espagnole.

Il fut aimé d’une espagnole

La plus belle de la cité

Mais près du lord la tendre folle Sentait son cœur la tourmenter Elle mourut d’amour la belle Comme on fermait la citadelle.

Comme on fermait la citadelle

On l’emporta dans son linceul

Et le lord en rêvant aux belles Derrière elle marchait tout seul

Le long des rues le peuple en foule Regardait passer la dépouille

Regardaient passer la dépouille Les lanceurs de malédictions Et les bigots au cœur de rouille Et les traîtres à leurs passions

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